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ordre de recherches nouvelles, et, se joignanl à Monet et à Renoir, interpréter à sa façon la théorie du « pleinair )), la marquer de sa grilTe puissante, sans adopter le principe de la fragmentation du ton, mais en poussant très loin 1 étude des complémentaires et en rappliquant à la figure et à la composition. Le Jardin. peint en 1870, mais exposé seulement en 1872, fut son premier essai. Il le montra en même temps que le (lomhat du Kcarsagé et de VAlabama, admirable marine que Barbey d'Aurevilly salua d'un article enthousiaste. Le Bon hocl;, le Liseur, le beau portrait de Berthe Mozizot, furent ses derniers gages à son ancienne manière. A ce moment la maison Durand-Ruel achetait une importante série de ses toiles et s ouvrait aux premiers impressionnistes : le Bon bock, ce morceau digne de Hais, eut un grand succès, presque général, et devint populaire. Mais déjà .Manet était irrésistiblement entraîné vers l'étude de la lumière, et il était résolu à livrer une nouvelle bataille sur ce nouveau terrain. Tandis que Degas commençait ses séries de courses et de danseuses en s'attachant surtout au dessin du mouvement et au caractère réaliste de l'époque. Manet, gagné par les idées de Claude Monet, sans renoncer à ces préoccupations de sa première période, se tournait vers l'étude de l'atmosphère avec Renoir et Pissarro. A ce moment il tenta de faire comprendre à ses amis la nécessité de s imposer aux Salons, d'y faire entrer de force leurs idées. « Expose donc avec nous, disait-il
en riant à Degas, tu auras une mention. » Au fond, c'était sa conviction que le devoir dun artiste qui a trouvé sincèrement quelque chose est de se présenter Jjravement au grand public. Dans la môme pensée, et non dans un but mesquin d'ambition personnelle com.mc on l'a dit, Zola A^oulut faire entrer à l'Académie ]^ naturalisme sous son nom. Les amis de Manet refusèrent: presque tous avaient des caractères ombrageux, redoutaient les discussions, s'elTrayaient des polémiques tout en étant très audacieux dans leur art. ils se contentaieni d'exposer dans les galeries particulières et renonçaient aux Salons, par mépris non moins que par timidité, ils se groupèrent à l'écart, et Manet resta seul, souffrant de se séparer d'eux, il allait d'ailleurs, par son courage à rassembler sur lui toutes les attaques comme jadis, leur rendre un grand service et leur ouvrir l'avenir. En 18-5, il présentait avec V Argenteuil le résumé de ses nouvelles recherches. Le jury l'admit malgré de vives protestations : on avait peur de Manet, il s'imjiosait par sa puissance de volonté et de Iravail, le prestige de sa force captivait. Mais en 1876 le portrait de Desboutin et le Linrje (un des chefs-d'œuvre de l'impressionnisme) furent refusés. Manet alors recommença l'expérience de 18G7 en ouvrant son atelier au public, rue de Saint-Pétersbourg, avec un registre oii chacun était libre d'inscrire son opinion. Ce registre serait d'une lecture édifiante aujourd'hui ; il se couvrit autant déloges que de grossièretés anonymes, souvent inscrites
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au-dessus de signatures innocentes. L'elTet fut pourtant si favorable qu'en 1877 le jury admit le portrait du chanteur Faure dans Hamlel, mais refusa la Naiia inspirée par le célèbre roman de Zola, toile d'une fraîcheur charmante, d'une couleur délicate, avec de puissants morceaux de nu. En 1(878, le portrait à' Antonin Proust fut bien accueilli, mais Che: le père Lathuile, scène au restaurant, dans laquelle le réalisme nerveux et lumineux de Manet ressemble si étrangement à l'art des Concourt, provoqua encore des colères. En 1879, ce furent \di Serre et En bateau : en 1881, le portrait de Rochefort et celui du tueur de lions Pertuisct. A cette occasion un groupe de jeunes membres du jury enleva de vive force le vote dune seconde médaille pour Manet. Il faut retenir leurs noms : c'étaient Bin, Carolus- Duran, Cazin, Duez, Feyen-Perrin, Gervex, Guillaumet, Guillemet, llenner, Lalaune, Lansycr, Lavieillc, Emile Lévy, de Neuville, Roll, Vollon et F. de Vuillefroy. Tel était encore l'acharnement qu'on fit circuler anonymement une liste de leurs noms adressée « aux électeurs du jury de peinture », et plusieurs durent à leur vote de n'être point réélus l'année suivante. En décembre 1881, Manet fut décoré par M. Antonin Proust, son ami d'enfance, devenu ministre des Beaux- Arts. En 1882, parut au Salon le Bar des Folies-Bergère. œuvre magnifique, une des plus belles que Manet ait jamais faites. Un portrait de jeune femme appelé (( Printemps » l'accompagnait. Mais le 3o avril i883
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Manet, épuisé par le travail et les luttes, mourut d'ataxie loconiotrice, après avoir subi vainement l'amputation d'un j)iedpour éviter la gangrène.
Ainsi se termina prématurément celte existence d'artiste, une des plus nobles, des plus admirables qui aient jamais été, une de celles qui mériteront le plus d'être étudiées. 11 en sort une grande force d'exemple, elle enseigne l'inlassable énergie, la probité, la sincérité absolue, l'amour du travail. Elle a été usée littéralement, heure par lieure, sans un répit. Manct n"a jamais connu d'autres récompenses que celles de sa conscience et de son effort devant la nature. Modéré, mais brave, il a été constamment prêt à affronter les préjugés. Refusé, accepté, refusé encore, il donna l'assaut avec un courage et une foi inlass^ablc, à un jury qui représentait la routine. Combattant devant son chevalet, il combattit encore devant le public, sans iaiblir, sans transiger, seul, à l'écart mémo de ceux qu'il aimait et que son exemple avait formés. Ce grand peintre, un de ceux qui honoreront le plus véritablement l'ume française, eut le génie de créer à lui seul un impressionnisme qui lui restera persoimcl, après avoir témoigné de dons de premier ordre dans la tradition des maîtres du réel et du vrai. On ne peut le confondre ni avec Monet, ni avec Pissarro ou I\enoir : sa .compréhension de la lumière est spéciale, sa technique jne se conforme pas au système des taches colorées, (/'elle oljserve la théoiie des complémentaires et de la
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division des tonalités sans se départir d'un style large, i d'une allure toute classique, d'une sûreté superbe. [ Manet n'a pas été l'inventeur de l'impressionnisme, qui coexistait auprès de son œuvre dès 1867, lïiûis il lui a rendu des services immenses, en assumant toutes les colères adressées aux novateurs, en faisant dans l'opinion publique une trouée où ses amis ont passé derrière lui. Il est probable que sans lui tous ces artistes fussent restés inconnus ou du moins sans influence, car tous étaient des délicats ayant liorreur de la polémique, résignés d'avance à être incompris. L'exemple magnifique de l'existence de lutte d'Edouard Manet les a pour ainsi dire électrisés, et Manet eut la générosité robuste d'assumer les reproches non seulement de son œuvre, mais de la leur. On doit considérer ses vinot années de lutte ouverte, soutenues avec une abnégation digne de toute estime, comme un des phénomènes les plus significatifs de l'histoire des artistes de tous les temps.
Cette œuvre de Manet, si discutée, produite dans de telles conditions de tourmente, apparaît avant tout considérable par la puissance et la franchise. Dix ans en développent la première manière, tragiquement limitée par la guerre de 1870, treize années en développent la seconde évolution, parallèle aux efforts des impressionnistes. Dans la période de 18C0 à 1870, c'est une référence logique à liais et à Goya : de 1870 à i883, le modernisme de l'artiste se complique de
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l'élude de la lumière. Sa personnalilé y est plus originale encore, mais on peut à bon droit considérer que les plus admirables Manet sont peut-iHre ceux de sa manière classique et plus sombre. Picturalemcnt, il eut les dons qui font la gloire des maîtres, un dessin ample, vrai, large, un coloris d'une puissance saisissante, des noirs, des gris qu'on ne trouve cliez personne depuis Velazquez et Goya, une connaissance profonde des valeurs. Il a touclié à tous les genres : portraits, paysages, marines, scènes de mœurs, naturesmortes, nudités ont tour à tour sollicité son ardent désir de création. Il eut de la vie contemporaine une compréhension bien plus fine que le réalisme ne semble l'admettre : il suffit de le comparer à Courbet pour voir combien, en étant aussi vrai, aussi robuste, il fut plus nerveux et plus intelligent. Ses toiles resteront des documents de premier ordre sur la société, les mœurs, les costumes du second Empire. Il n'eut pas le don de la vie psychique : évidemment le C/irisl aux Anges, le Jésus insulté ne sont que des morceaux de peinture sans idéalité. C'était, comme les grands virtuoses hollandais, comme certains Italiens, un regard plutôt qu'une âme. Mais pourtant le Maxinùlien, les dessins pour le Corbeau de Poe, certaines esquisses montrent qu'il eût pu réaliser de curieuses œuvres psychologiques, s'il n'avait été avant tout absorbé par la réalité immédiate et par le désir de la belle peinture. Un beau peintre, voilà ce qu'il fut avant tout, voilà le plus pur