ACTE PREMIER
d'un bien qui aurait dû être à moi seul, et dont vous me privez, injustement...
UÉLÈNE
Mais c'est faux I vous vous trompez !
PIERRE, secouant la tèle en regardant d'Amblize. Vous aviez un accent qui ne trompe pas.
UÉLÈNE
Comment, Pierre! Vous avez pris au sérieux...
PIERRE
Vous savez bien que c'est ma façon, à moi !
HÉLÈNE
Mais c'était une boutade !.. . Ces poupées m'agaçaient... J'ai dit un peu vivement ce que j'avais sur le cœur...
PIERRE, secouant la têle.
Au fond du cœur... Moi qui croyais vous connaître!... C'est étrange à qu^l point on peut vivre côte à cote, sans se deviner... Ah ! l'envers des êtres!... Un hasard, tout à coup, vous ouvre un jour mystérieux... Il faut... je ne sais quoi... la crise, l'imprévu, qui nous révèle .. aux autres... et à nous-mêmes... Et l!on est tout surprix de ce qu'on voit alors surgir, l'être secret, notre double, notre vrai moi, qui sait?... Oui, un être nouveau, différent, qui se réaUse brusquement à cette minute, et qui, sans elle, ne se serait jamais réalisé, peut-être...
HÉLÈNE
Joli. Mais en ce qui me concerne, je vous jure... il n'y arien de mystérieux là-dedans, pas l'ombre d'un secret... PIERRE, mal convaincu, la regardant dans les yeux. Vrai?
HÉLÈNE
Vous en doutez encore?
iiO l'imprévu
PIERRE, après une hésitation.
Non...
HÉLÈNE, gaiement.
Mon pauvre Pierre, vous étiez inquiet ? PIERRE, avec un enjoiiemenl qui cache mal le trouble. Peiné, simplement.,, {Un temps,) Alors, vous n'aimez personne ?...
HÉLÈNE, un temps, détournant les yeux.
Personne.
PIERRE
Ah !... J'aime mieux çal...
{Un valet de chambre entre., apportant une dépêche sur un plateau. En même temps les groupes rentrent de la terrasse.)