‹ L'imprévu, comédie en deux actesChapitre 23 sur 37 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

{Jacques court à elle. Il la serre dans ses bras, amoureux, inquiet.)

JACQUES

Ton pauvre petit cœur!... Il bat si fort que je l'entends. Pourquoi as-tu couru?... Folle! Folle! Tu sais bien qu'il ne faut pas... ça t'est défendu...

DENISE, la main à son cœur.

Qu'est-ce que ça fait!'

Tu n'as pas eu peur?

DENISE

Peur? Pourquoi?... Je pensais à toi, à la minute de l'arrivée... Pour un baiser pareil, on affronterait tout!

JACQUES, en lui enlevant son manteau, et en Venlratnanl sur la bergère.

Raconte... Pierre?...

DENISE

Il est parti... J'ai été embrasser Hélène...

JACQUES

Qu'est-ce qu'elle t'a dit?

DENISE, achevant d'enlever Vécharpe dont elle s'est couvert les cheveux.

Elle m'a grondée... Tout de même, c'est une amie incomparable!... Pauvre Hélène, c'est elle qui doit avoir une de ces peurs!... Elle ne dormira guère, cette nuit... et puis... Hop! j'ai fermé ma porte en dedans, comme l'autre fois... laissé entr'ouverte celle qui donne sur la terrasse. Jai retroussé ma jupe... j'ai couru, couru... Et me voilà!...

JACQUES, la respirant toute.

Tu sens la terre et la nuit...

DEiMSE

C'est si beau, Tombre, les arbres, le silence... On l'entend frémir, de tous les côtés... Les massifs ont des formes vivantes... Et i'iierbe qui embaume... comme on respire!... Par exemple, on a tout de même le cœur serré... une espèce d'angoisse... {Elle porte la main à son cœur, jmis étreinl Jacques, passionnément.) Ah! mon chéri, mon chéri... qu'on est bien près de toi ! JACQUES, la contemplant longuement.

Comme tu es belle !

{Elle épanouit, sous le regard d'adoration, son buste neigeux, ses bras nus.)

DENISE

Tu trouves?

JACQUES

Oh! ces gens!... J'ai cru qu'ils ne s'en iraient jamais!... J'avais hâte d'être seul... J'attendais comme un fou... cette minute... la joie de t'avoir .. brûlante et fraîche... toute fraîche, contre moi...

DENISE, renversée sur son épaule.

J'arrivais tout juste au bord de la pelouse, quand tu as ouvert la porte...

JACQUES, la serrant dans ses bras.

A présent je te tiens!... Je ne te lâche plus ! [... Ah! sans toi... ma maison... comme elle est froide et vide !... Et ma vie, ma vie !... Moi aussi, tu sais, je ne date que de toi... Rien n'existe vraiment que depuis que tu es là, depuis que tu m'aimes... Avant, c'étaient des journées sans but, désœuvrées... Maintenant toutes sont fiévreuses et pleines!...] (1) Ne bouge pas!... tu ne partiras plus, jamais... Tu es prisonnière... Je t'ai, je te garde!...

(1) Le texte entre crochets est coupé à la représentation.

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