ACTE PREMIER
HÉLÈNE
Tu es bien?...
DENISE
Oh! oui!
HÉLÈNE
Comme chez toi, heiu?
DENISE
Mieux.
HÉLÈNE, gravement.
Oui... C'est égall II reçoit un monde un peu mêh';, M. Jacques! Drôles d'amis!
Tu sais, à la campagne...
HÉLÈNE
Toi, tu n'es pas bonne, tu es faible!
DENISE
Nauroy et de Serrière ont de grandes chasses. On découple ensemble. Pourquoi ris-tu?
HÉLÈNE
Ta phrase. Je vois Serrière... découplant.
DENISE
Celui-là!... Vieille noblesse, pourtant! Serrière porte d'or, à la bande d'hermine...
HÉLÈNE
Joli ménage!
DENISE, riant.
Oui... Le mari porte, et la femme rapporte!
HÉLÈNE
Ils me déplaisent, moi, ces gens. Je ne suis pas prude. J'admets l'amour. Mais une cuisine pareille lève le cœur! Non, vrai, tu devrais conseiller à Jacques, puisque tu es la maîtresse ici...
DENISE
Hélène!
nÉLKNE, sérieuse et tendre. Bête! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire... .le t'aime comme une sœur, depuis l'enfance... J'ai toujours clierchi^ à t'excuser. Je ferais tout, oui, tout pour toi. Je t'ai plainte quand je t'ai vue malheureuse, partagée entre ton atfection pour ton mari et ta passion naissante pour Jacques, et j'ai fini par me réjouir tristement pour toi de ton bonheur, malgré ses conséquences, qui m'épouvantent... Pourquoi veux-tu que je te peine?
DENISE
C'est vrai.
{Elle Vemhrasse.)
HÉLÈNE
Chérie! D'abord ce n'est pas ce mot de maîtresse qui me serait venu aux lèvres!.,. Il n'évoque pour moi que des idées basses, quelque chose de précaire et de passager... Tu aimes Jacques si ardemment!,.. Entre vous, les convenances, les mots n'ont plus de sens ni de force. C'est bien ce qui me tourmente.
DENISE
Quel mensonge que la vie !
HÉLÈNE
Que de catastrophes, si l'on voyait les visages à nu!
DENISE
Pas le tien, Hélène!
HÉLÈNE
Non, peut-être... pas le mien. Moi, je n'existe pas. J'ai vécu... Je ne vis plus que de ta vie à toi. DENISE, avec une taquinerie gentille.
Et celle de mon mari!