œUSTUMÏER DU PAYS || DE POICTOU.t|NOUUELLEMENT
REFORME PUBLIE ET ENIOINCT ESTRE || GARDE POUR LOIX AUDÏCT PAYS SANS PLUS EN FAIRE || PREUUE PAR TOURBE TESMOINGS NE AUTREMENT. |I ET SONT A VENDRE ES ENSEIGNES DE LA FLEUR DE II LYS ET DU PELLICAN A PARIS ET A POICTIERS. SanS date,
in-4° goth, de 88 ff. chiff., plus un f. pour le titre et 2 à la fin pour la Publication, sign. ai-m 2.
Les deux premiers ff. pour le titre et la table. Au f. m : Cousiumes generalles gardées et observées en la cote et senechaucee de Poictou publiées et accordées psens a ce plusieurs gens deglise nobles officiers du roy maire et escheuins... La dicte publication encomence a faire le lundy xvi iour doctobre lan mil cinq cens et quatorze et continuée es aultres iours ensuyvans... Suit le texte de la Coutume.
L'exemplaire de dédicace, imprimé sur vélin, qui fut présenté à François I**", porte sur une belle reliure à ais de bois la couronne, reçu de France et la Salamandre. Il a fait partie des bibliothèques Solar, Double et Firmin-Didot. (Catal. Solar, n° 288. — Catal. F. Didot, ann. 1879, n^ 178.)
Nous sommes ici en présence de la Coutume nouvellement promulguée et divisée en 381 articles. Quoique nous ne connaissions pas sa date, elle nous parait être la première contenant le nouveau texte et elle dut suivre de très près la Publication faite en octobre 1514. Elle fut sans doute rapidement épuisée, et pour satisfaire aux besoins du public, il devint nécessaire de donner promptement les deux éditions qui suivent et que nous cri^yons à peu près du même temps.
9. — (COUSTUMIER DU PAYS DE POICTOU REFORME PUBLIE ET ENIOINCT ESTRE GARDE POUR LOIX AUDH* PAYS EN LAN MIL CINQ
CENS xiiii.) Sans lieu ni date, in-8^ gotb., 25 lignes à la page.
Les deux premiers feuillets manquent à Texemplaire delà Bibliothèque nationale (Réserve, F. 2178) ; ils contenaient sans doute le titre et la table. Le volume se compose de deux parties. La première, de Ixxxviii ff. chiff., comprend le texte de la
Coutume qui commence au f . iii et dont le dernier article est coté xix.xx.i; puis viennent 3 ff. non chiff. pour la Publication. Les signatures sont ai-mii.
La deuxième partie, de xxxviii ff. chiS., comprend VExiraict de toutes les ordonnances royaulx, dont la dernière est celle de Louis xn rendue en 1504 sur les droits du guet ; puis viennent 3 ff . non chiff. pour la Table de l'abréviation de ces ordonnances depuis Philippe le Bel iusqtœs a francois premier de ce nom. Au v° du dernier f. qui est blanc, un écusson porte en chef un écu chargé d'une fleur de lis, et est accosté d'un porcépie et d'une hermine rampaots, animaux symboliques, comme l'on sait, de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Signatures de cette 2* partie, Aii-E.
Quoique rien ne nous indique le lieu d'impression de ce livre, nous croyons devoir l'attribuer à la famille Marnef, de Poitiers.
10. — OOUSTUMIER DU PAYS |i DE POICTOU REFORME PUBLIE ET H ENIOINCT ESTRE GARDE POUR LOIX KUDÎt || PAYS EN LAN. MIL. CINQ CENS. XniJ. IMPRI || ME A POICTIERS PAR SIRE ENGUILBERT DE MAR II NEF. DEMOURANT AU PELLIGAN. DUQUEL A ESTE |j MIS DE NOUUEAU CE QUI SENSUIT. LES CONCORDA || CES DES ARTICLES. LA TABLE OU REPERTOIRE DE TOU || TES LES MATIERES: LEXTRAICT DE TOUTES LES ORDONNANCES ROYAULX : NECESSAIRES AUX PRA || TICIES DES COURS ROYALLES HORS LES PARLEMENS DEPUIS LE ROY PHELIPPES lUSQUES AU ROY QUi I| EST A PRESENT. REDIGEES
PAR TiLTRES. In-8^ goth. de 2 parties, 27 lignes à la page. Sans date.
Ce titre, imprimé en rouge et noir, est suivi de la marque de Marnef, n" 974 de Silvestre, avec ces mots, Au Pellican ; le haut et les côtés de la page sont ornés d'une bordure. Au verso sensuit la table des chapitres de ce présent Coustumier. Au f . ii on trouve la Table ou répertoire du coustumier...^ et au v^ du f. vii commence le texte de la Coutume, qui est suivi de la Publication desdictes Coutumes. Cette !'• partie comprend iiii XX vij (87) ff. chiff.^ plus 1 f . sans chiffre^ sign. B-Lii ; le 1** cahier n'a pas de signatures.
La 2* partie, de xxxvi, ff. chiff., plus 1 f. non chiff., cahiers
A-D, a pour titre : Extraict de toutes les ordonnances Royaulx desquelles on se peut aider et qui sont nécessaires à ceulx qui fréquentent les cours Royalles ressortissans en Parlement reduictes a tiltres sellon la forme de plaidoirie... Et sont reveues et augmentées des tiltres des Grands jours et de la Manière de faire et payer le guet. Et sont a Tendre a Poictiers a lenseigne du Pellican. Elle se termine par une table de Tabréviation de ces ordonnances.
(Biblioth. nat., Réserve, F.2180.— Uexempl. de la Biblioth. de Poitiers contient, sous une reliure du xvi® siècle, une 2* partie avec un titre qui diffère peu de celui ci-dessus, mais avec l'adresse de Jehan Guyart, libraire à Bordeaux, et la date du 25 août 1530.)
Pour aller au-devant d'une objection possible et justifier la date approximative de 1515 que nous assignons à ces trois éditions de la Coutume nouvellement réformée^ nous sommes obligé de parler de Tédition qui les suit, bien qu'elle nous amène jusqu'en 1517 et par conséquent ne rentre pas dans notre cadre. Elle a pour titre: Coustumier du pays |1 de Poiclou[(Nouuellement reforme publie et enioinct estre gar:|de pour loix audit pays Sans plus en faire preuue|!par tourbe tesmoings ne autrement. Et sont a] i Tendre es enseignes de la fleur du lis. Et du pelli||can a paris et a poictiers. In-4<'
goth. de 4 ff. sans chiffres pour le titre, la teneur du privilège et la table, Ixvii ff. chiff. pour le texte de la Coutume et2 ff. non chiff. pour la Publication (1). Dans le privilège daté du 29 juin 1517 et accordé pour deux ans à Pierre Marchant, greflSer, fermier de la sénéchaussée et comté de Poitou, aux mains duquel était restée la minute du Coutumier réformé, il est dit : « Et ia a esté coppié plusieurs fois, mais par ce que lesdictes copies ne sont suffisantes à fournir à chascun qui appète avoir ledit Coustumier, aussi que l'escripture d'icelluy est onéreuse, ledit supliant le feroit voulentiers imprimer et feroit les frais de ladicte impression s'il nous plaisoit aussi que autre que luy ne le fist imprimer pour quelque temps... »
Si l'on prenait ces mots au pied de la lettre, il en résulterait que le Coutumier n'avait pas encore été imprimé au mois de
(1) Exempl. appartenant à M. Arthur Labbé, de Cbàtellerault.
juin 1517 et qo'il n'en circulait que des copies mannscrites. Mais il n'en fut pas ainsi et un autre témoignage vient infirmer celui-lâ.
La réformation de la Coutume ne fut pas sans jeter un certain trouble dans le Poitou ; elle fut faite très-précipitamment, parait-iL et péchait par des omissions regrettables non moins que par les formes irrégulières données â sa publication. Des plaintes s'élevèrent, et une requête en appel, contenant des critiques très vives et émanant sans doute des officiers de justice de la vicomte de Thouars, fut présentée au Parlement, Cette pièce, qui n'a pas de date, mais qui est certainement de 1515, a été publiée par la Société des Archives historiques du Poitou (1). On y lit des phrases comme celles-ci : « Item et puis naguières Ton a faict imprimer certains livres procédans par articles de ce qu'on dit avoir esté accordé... Item et peult on bien congnoistre qu'il y a eu de la malice par ceulx qui ont faict imprimer ce qui est imprymé, veu les obmissions qui ont esté f dictes... Item que par les chouses dessusd. appert qu il a esté très mal procédé tant par lesd. commissaires que ceulx qui ont droissé ce qui est imprimé... » Il ressort clairement de ces citations que la nouvelle Coutume avait été déjà imprimée avant le privilège octroyé en 1517 â Pierre Marchant ; nous pouvons donc sans crainte considérer comme antérieures les trois éditions que nous avons décrites.
Nous arrêtons ici cette nomenclature en estimant, peut-être avec plus de raison encore que pour les impressions de Jean Bouyer et de Guillaume Bouchet, qu'elle n'est pas complète. Il serait étrange en effet que jusqu'en 1515 les Marnef se fussent bornés, tant comme libraires que comme imprimeurs, à la publication presque exclusive de ces Coutumiers, quand on voit, presque immédiatement après, leur activité industrielle embrasser un domaine plus vaste et plus varié. Nous pourrions citer : vers 1516, V Instruction des cures pour instruire le simple peuple^ de Jean Gerson ; vers 1517, V Histoire et cronicque de
(1) Année 1879, t. vni, p. 383 et suit.
Clotairey de Jean Bouchet ; en 1518, le texte latin du Concordat conclu entre François !•' et le pape Léon X, etc. , etc. Peutêtre nos imprimeurs éditaient-ils des livres d'écoles et d'autres ouvrages d'un usage journalier, dont la conservation est si difficile, précisément à cause de leur vulgarité. Il est passé par nos mains plus d'un volume, revêtu de la marque d'un Marnef , qui tentait notre appétit de bibliographe poitevin ; mais à défaut d'une date et de la mention du lieu d'impression, nous avons jugé plus prudent de nous abstenir. Cette marque n'est pas suflSsante pour déterminer l'origine du livre, car les Marnef de Paris et de Poitiers ont souvent fait usage du même bois.
Il n'est pas sans intérêt de savoir où était situé l'hôtel de Jean de Marnef, dit du Liège, à l'enseigne du Pélican, devant le Palais. Sur ce point nous n'avons nulle incertitude: cette maison était celle qui porte aujourd'hui le n° 7 de la rue du Marché et est occupée en partie par le Café du Caveau. Elle se trouvait au centre du quartier qui alors comme aujourd'hui était le plus commerçant de la ville, presque en face de la petite ruelle tortueuse et grimpante qu'on appelle TEchelle du Palais et qui était autrefois l'accès principal du monument. La maison a été rebâtie plusieurs fois sans doute, mais elle a conservé les dispositions générales que nous laissent entrevoir d'anciens actes. Elle se compose d'un corps de logis percé d'une allée qui débouche sur une petite cour, puis d'un vaste bâtiment s'éclairant par derrière sur un jardin. C'est probablement dans ce bâtiment du fond qu'était installé l'atelier d'imprimerie, tandis que le logis en façade sur la rue, très diminué depuis, était divisé en plusieurs boutiques. C'est là que pendant tout le xvi® siècle les enfants de Jean du Liège imprimèrent leurs livres qui sont encore recherchés des bibliophiles. En 1853, à la suite d'un incendie, le propriétaire de cette maison fit don à la Société des Antiquaires de l'Ouest d'une pierre qui était encastrée dans la muraille et sur laquelle un
pélican est sculpté en relief avec cette inscription : au peli- QUAND. MAY 1638. En cette année 1638, date probable d'une reconstruction, le nom des Marnef n'était plus représenté dans l'imprimerie ni dans le commerce des livres ; la maison du Pélican ne retentissait plus du bruit des presses, mais en abritant une autre industrie, elle avait conservé sa vieille enseigne.
Il nous reste à nous occuper de Jean de Marnef au point de vue biographique, et là nous marchons d'un pas moins sûr. Guidé par d'autres indices , nous nous sommes rallié à l'opinioi;! de La Caille qui le dit frère de Geoffroy et d'Enguilbert, mais nous n'avons rien de plus précis à son sujet. Les Archives de la Vienne ne nous ont fourni que peu de renseignements ; si à l'aide des minutes des notaires et des registres de l'état civil de Poitiers, nous avons pu établir d'une façon certaine la filiation de la postérité de Jean, ces documents ne remontent pas assez haut pour le mettre lui-même en lumière. Nous invoquerons cependant une pièce de découverte récente , qui , rapprochée de nos autres sources, nous permettra de jeter quelque jour sur le fondateur de la branche poitevine des Marnef. C*est une lettre missive retrouvée par M. Léopold Delisle dans une reliure du XVI* siècle ; en vérité ces vieilles reliures recèlent des trésors I Voici cette lettre (1) :
f Jhesus Maria, 1515» le iij* jour de septembre.
Mon (rère Enguilebert, humblement à Tostre bonne grâce me recommende, et aussi à nostre frère Gefray, et à ma sœur. Et aussi tait mon père et ma mère, et tous ceulx de par d[eçà]. Mon frère, je ouy dire que Pierre Tostre senriteur a.... Liège. Je tous prie que, si ainsi estoit, que mandisiés à.... Amoul se j n*a point de souTenence des livres que y bai.... à madame de La Garde ; car nous en sommes en discention ; car elle ne Teut payer, et pour ce que y [me] mande ainsi comme il Ten Ta, et y me fera grant plai[sir]. Mon frère, je
(1) Bulleiin de Ut Société de l*Histoire de ParU et de V Ile-de-France, ja&Tier 1888, p. 168.
TOUS euses enToyé la cedule de maistre Pierre de la Haye ; mays pour ce qae
y yeust pran[dre] encoure des livres et de Targent, je [a]tendray en[coure] et TOUS euToyré le tout par la p....
Escrict se jour à Poicliers, par la....
Jhanne Boyseau,
(Suscrîptîon :) A Paris, à mon frère Enguilebertde Marnef au Pellican (2).
Cette lettre ne ferait qu'ajouter une obscurité de plus à tant d'autres si on n'adoptait pas le système que nous allons exposer. On ne comprendrait pas que Jeanne Boiceau pût se dire la sœur, voire même la demi-sœur de Geoffroy et d'Enguilbert de Marnef autrement que nous l'expliquons.
Jean I" de Marnef, étant déjà vieux et veuf d'une première femme, épousa en secondes noces, Jeanne Boiceau qui était beaucoup plus jeune que lui et qui devint par son mariage la belle-sœur de Geoffroy et d'Enguilbert. Il dut mourir entre 1510 et 1515 ; les termes de la lettre de Jeanne Boiceau, son silence sur son mari, cet appel aux souvenirs d'un tiers pour une affaire de commerce, laissent supposer qu'elle était veuve à cette date. Devenue libre, elle se remaria à son tour avec Jacques I" Bouchet, fils de Guillaume, dont nous avons parlé plus haut ; elle en eut deux fils, Jacques II et Guillaume, imprimeurs comme leur père. Elle était veuve de son second mari avant le 8 octobre 1558 et vivait encore dix ans après, au 3 décembre 1568.
Jean I" de Marnef avait eu de sa première femme quatre enfants au moins : 1** Jean II, imprimeur-libraire ; 2** Enguilbert , qui est nommé sur le Coutumier , n* 10 de notre liste ; 3° Perrette, mariée à Raoul de Morennes, apothicaire ; 4' et une autre fille dont nous ignorons le prénom et qui se maria avec Jacques II Bouchet.
Pour le moment nous ne poussons pas plus loin cette généalogie et nous terminons en faisant observer que la double
(2) Au-dessous de cette adresse est ûgurée une croix de saint André sur un poteau, telle qu'on la voit sur la marque de Marnef, reproduite dans le Manuel de Bronet, tome i«', col. 810.
alliance que noos venons de signaler entre les Bouchet et les Marnef explique , avec leur parenté , les relations d'intérêts qui leur firent éditer en commun plusieurs ouvrages pendant le cours du XVI* siècle.
Jean Hesnage, imprimeur.
Voici un imprimeur qui est fort peu connu et qu'aucun historien de l'imprimerie n'avait jusqu'à présent songé à rattacher au Poitou. Pourtant il a fait fonctionner ses presses à Poitiers, nous en donnerons la preuve, mais nous pensons qu'il exerça
d'abord son art à Paris et nous ne pouvons préciser la date de son arrivée chez nous.
Le premier livre sur lequel nous voyons figurer son nom a été
imprimé par lui en société avec A. Charron, ainsi qu'il appert
de la marque qui porte leurs deux noms réunis. Nous n'avons
pas fait de recherches sur cet A. Charron qui nous semble tout
à fait étranger au Poitou, nous savons seulement qu'il y avait
au XVI" siècle à Paris une famille de libraires de* ce nom, à
laquelle appartenait Pierre Charron, l'auteur du livre de la
Sagesse (1). Quoique rien ne nous indique que cette impression
ait été exécutée à Poitiers, nous allons néanmoins la citer à
cause du nom de Mesnage et aussi à cause de celui de l'auteur
qui est très poitevin.
1. — SECUNDUm UERIDICAM ET OMIBUS IMITA- || DAM PRISCIANI GRAMATICORUM GIMNASII. || PRINCIPIS DOCTRINAM QUORamOA ABIECTIS GRA || MATICOram INEPTIIS DE VERBOrum NATURIS LI-
BEL-||Lus Quam UTiLis. In-4' goth. de 12 ff. non chiff., 45 longues lignes par page, sign. aii-Aii. Sans date. Au-dessous du titre, marque aux noms de A. Charron et
(1) La Caille cite au xvi* siècle un Thibault Charron, libraire à Paris, père de deux Jean Charron, libraires et imprimeurs. SiWestre donne les marques de ces deux Jean. Mais dès le xv« siècle , un Thibault Charron (est-ce le même?) imprimait à Paris, à la date de 1492, avec une marque toute différente : Pomponii et Fenestell» Opuscula, in-4*. (Biblioth. Mazarine, Inclinables, n^ 645.)
J. Mesnage. Au 3* f. : In libro primo io&nis Tincétii metuli-||ni de Tbi natura argumentum incipit. Au 7* f . : Magistri ioannis yincentîi metulini libri scdl de II natura TerborumcQ Iteirogationibus prologus incipit. Au bas du 12* f.y recto: Explicit liber secundus magistri ioannis. ||?incentii metulini
de natura yerbonim. Tout le verso du même feuillet est occupé par la même marque que celle du titre.
(Biblioth. Mazarine, Incunables, n° 969. — Porté sur le Catalogue avec la date douteuse de 1498.)
Cette marque mérite d'arrêter notre attention. Au bas, un écu accroché à un tronc d'arbre, porte le monogramme de J. Mesnage surmonté d'une petite oriflamme, on peut même à la rigueur y trouver un A et un C pour A. Charron ; il est accosté de banderolles sur lesquelles est écrit à gauche A. Charron et à droite J. Mesnage. Au-dessus, les armes de France soutenues par deux anges. Dans la bordure extérieure du dessin on lit ce quatrain :
De ceulx ycy ayes en soYTenâce Dont la targete gist soubs la noble Armarie Et pour tous ceulx de leur bône aliance • Prie Jhesus et la virge Marie.
On ne trouve pas cette marque dans le recueil de Silvestre, mais elle est reproduite avec celle dont nous donnons le facsimilé dans les Gravures sur bois tirées des livres français du XV* siècle^ publiées par A. Labitte en 1868^ fig. 313 et 314.
Quant à l'auteur de cet opuscule de grammaire, que tous les dictionnaires et ouvrages de bibliographie s'obstinent à nommer Metulinus ou Métulin^ alors que cette épithète indique seulement sa patrie^ c'est Jean Vincent de Melle qui vivait à la fin du XV* siècle et était professeur à l'Université de Poitiers ; dans la Biographie universelle y article Eberhard de Bélhune^ M. Bouchot prétend que son vrai nom était Quillet ou Quillot. Il est beaucoup plus connu par sa glose sur le Grecismus d'Ebrard de Béthune, autre ouvrage de grammaire qui* fut longtemps en faveur dans les écoles et fut imprimé dès 1487 à Paris par Pierre Levet, et plusieurs autres fois ensuite avec le commentaire de maître Vincent.
Avec l'ouvrage suivant nous revenons aux presses poitevines.
2. — JDLIANI Pn MASERIESIS BITU- RICI EPIGRAMATICA NEGMON MORAIXA I OPDSCULA CU FACILIMIS EORUDEM BREUI Q BUSQUe ARGUM ETIS : IMPENSA JOANNIS R MANAGI PARRHISIANI BIBLIOPOLE REGENTER AG TER- R SISSIME IMPRESSA. In-4'' gOth. de 46 ff . DOn
chiff., sign. aii-h. Les cahiers sont de six feuillets^ sauf le cahier h qui n'en a que quatre.
Tout le reste de la page de titre est rempli par la marque de Jean Mesnage ; le fac-similé que nous en donnons nous dispensera d'une description. Ce n'est pas le même bois qui a servi pour la marque collective de Charron et de Ménage au volume précédent, mais c'est identiquement le même dessin avec ces seules modifications que le nom des imprimeurs a été remplacé sur les banderoUes par la devise Gemma animi Virtus et que la bordure qui contenait le quatrain a été supprimée. Sur les côtés on lit ce distique latin qui ne fait pas corps avec le bois gravé :
En flores, fnictus horto nascuntur eodem.
Délectant flores : pomaque lecta luvant.
Le verso de cette page est occupé par une épitre très louangeuse adressée à l'auteur par un principal du collège de Saint- Jean-d'Angély : Maturinus Almandinus Angeriaci || gymaasH moderator Juliano Piovati clarissimo. S. P. D. Elle se termine ainsi : Vale. Angerie. %^ Idtts Julias. 1509. Cette date de 1509, répétée ci-après^ nous donne celle de l'impression.
Le 2* feuillet contient une pièce en 18 vers latins de Julien Plus, qui donne à entendre qu'il avait déjà publié d'autres ouvrages, puis une dédicace en prose adressée Solertissimo dno Petro renerio luris utriusque doctori Pictauisque spectatisstô iudici, et ainsi datée : Ex dlue Marthe academia. ad nonum calendas lulias. anno a natali christiano Milesimo quingêtesimo nono.
Nous apprenons par ces mots que l'auteur des Opuscula était professeur au collège Sainte-Marthe de Poitiers ; nous savions déjà par son qualificatif de Maseriensis qu'il était originaire de Mézières-en-Brenne (1), de la province de Berry, mais c'est tout
(!) Mézières-en-Brenne, cheMieu de canton de l'arrondissement du Blanc (Indre), a toujours été du diocèse de Bourges. Cette paroisse est désignée dans le Pooillé soos le nom de Macerits.
ce que nous pouvons dire de lui, car ses autres ouvrages ne nous sont pas parvenus.
Il n'en est pas de même en ce qui concerne Petrus Renerius. Nous connaissons parfaitement Pierre Régnier^ né vers 1477, professeur de droit à l'Université de Poitiers en 1499, puis lieutenant général de la sénéchaussée de Poitou depuis 1507 jusqu'à sa mort arrivée le 19 décembre 1527. Il était père d'Elie, qui professa aussià l'Université de Poitiers, et aïeul de Pierre, sieur de la Planche, célèbre par ses écrits politiques.
Les Epigrammatica necnon moralia Optiscula commencent au 3* feuillet. Ce sont de petites pièces de vers latins adressées par l'auteur à ses amis et précédées chacune d'un titre ou sommaire. Nous relevons parmi ces pièces celles qui offrent un intérêt poitevin; malheureusement l'auteur, en latinisant les noms propres selon la mode du temps, les rend parfois méconnaissables , et nous , subissant une réaction en sens contraire , nous nous plaisons à les franciser.
(7* f., V®.) Exaltant Poitiers qui possède des savants aussi célèbres que l'était naguère Julien Tortereau et que l'est encore André de l'Age {de Agio), théologal de l'église de Saintr-Pierre, il montre qu'il est utile à sa propre instruction d'y exercer un emploi. Nous avons déjà rencontré Tortereau, commentant un ouvrage de François Philelphe imprimé par Bouyer et Bouchot (n'' 9 de notre liste).
(9* t., recto.) A Guy Maury ou Morel {MoriUus). — A Bertrand Prévost, André et Etienne Mestayer (Meslarei) et à ses autres élèves.
(16' f ., r*.) A Pierre Régnier, qui est déjà nommé.
(80* f., V*.) A Barthélémy Perrault {PerreUus)^ docteur en médecine.
(25* f., r*.) A Laurent Baudoin, son maître de musique.
(37* f. , r*.) A Pierre Jacquet ou de Jacques, de Vitry-le-Fran-
çois (Petrus Jacoheus Victriacensis). — C'est l'auteur du
poème latin que nous avons cité sous le numéro 18 des impressions de J. Bouyer et G. Bouchot.
(40* f., r**.) A Pierre Marot, son collègue. — A Jean Bibaut ou Bibaucius et à Christophe de Longueil. Un Guillaume Bibaucius, né à Thielt en Flandre, d'abord professeur à Gand, puis chartreux et général de Tordre, vivait au même temps et pourrait être le parent de ce Jean. Christophe de Longueil, né en 1490 à Malines, mort le 11 septembre 1522 à Padoue, professait alors le droit à Poitiers. Il y fut le héros d'une aventure qui rappelle une des scènes les plus comiques du Lutrin : menacé un jour par ses élèves mutinés qui voulaient l'arracher de sa chaire, il les accabla sous le poids des énormes volumes de V Infor liât et les mit en fuite.
Nous en passons. Mais la pièce la plus intéressante pour nous est celle qui fait le portrait de notre imprimeur Jean Mesnage, celle-ci mérite d'être citée textuellement :
Joannem Managium galice mesnage parrhisîanus bibliopolam pro modico Tidelicet errore eicusandum facere suadet multiplici nâque studio inuolvitur.
Noli pro modico crimen dare bibiiopole.
Littera nô egit sola : nec angat opus.
Vix sit. ut ingressu nûquam quis claudisset ullo.
Assiduo fortis pondère nutat equus.
Parrbisia managus nobis donatus ab urbe :
Nempe facit pueros : ceu facit arte libros.
Amputât et TÎtes : et mile négocia tractât
Imprimit : atque bibit : cantat : et inde salit. It redit usque : dies transit ; noctesque labore
Illum nulla quies : ocia nulla tenant.
Quis non multiplici studio qnque fatescet :
Oui libet in multis accidit esse minor.
Ce portrait qui représente Mesnage sous une figure passablement rabelaisienne donne une idée favorable du talent poétique de Julien Pius; il nous fournit en même temps des détails que nous prisons à une plus haute valeur. Jean Mesnage était bien imprimeur à Poitiers et non pas seulement libraire comme il est désigné sur le titre de l'ouvrage, et il nous avait été donné par la ville de Paris, ce qui signifie, à notre sens, non pas sim-
plement qu'il était Parisien de naissance^ mais qu'il avait transporté son industrie de Paris à Poitiers.
Le livre finit au r** du 46* feuillet. Il est imprimé avec deux sortes de caractères, tous les deux plus petits que ceux du Séjour salutaire qui suit. L'impression est bonne, mais hérissée d'abréviations qu'il n'est pas toujours facile d'interpréter. Il nous semble d'ailleurs que Mesnage se distingue de ce que nous appellerions l'école poitevine et qu'un œil un peu exercé ne confondrait pas ses œuvres avec celles de Bouyer, des Marnef et des Bouchet.
Ce curieux petit volume est aussi fort rare ; nous n'en connaissons que deux exemplaires, l'un est entré cette année à la Bibliothèque nationale et n'avait pas encore reçu sa cote quand nous l'avons consulté, l'autre appartient à M. A. Claudin qui est un bibliophile dq haut goût en même temps qu'un profond érudit.
3. — LE SEIOUR SALUTAIRE. || CE LIURE EST TRES UTILE ET NECESSAIRE A TOU- || TES GENS POUR OCCUPER ET EMPLOYER LE TEPS II FRUCTUEUSEMENT ET NON PAS EN EUURES IN || UTILIS (sic) ET ILLICITES COME PLUSIEURS LE FONT. ET MESME- jl MENT AUX lOUR ET NUYTEE DE NOUEL ONQUEL LIURE || SONT COTENUKE (sic) PLUSIEURS CHOSES TRES DIGNES DE SCA- || UOIR. ET NON ACOUSTU- MEES DE LYRE EN FRANCOYS. In-4° gOth. à loUgUCS ligUCS de
26 ff. non chiff., sign. aiij-fij, gros caract.
Au-dessous du titre, même marque qu'au volume précédent, sans être accompagnée des deux vers latins. Au v** du dernier
feuillet on lit : Cy tine ce petit livre intitule Le seiour salutaire || moult utile et proufitable pour le salut des âmes a|| tous ceulx qui y Youldronl lyre et estudier deuotemt;|et entendre piteusement. Lequel a este côpose et ûnyjlen la paroisse de saint poul de poictiers. Lan Mil||cinq cens et treze. Nouuellemet imprime, par Jehan] [Mesnage De paris, le iij. iour de Décembre.
(Bibl. nat.. Réserve, D. 67949.)
L'exemplaire de la Bibhothèque nationale est unique. Il est relié à la suite de la première édition de Lhistoire et cronicque de Clolairey de Jean Bouchet^ imprimée à Poitiers par Enguilbert de Marnef. Il a été acquis à la vente de M. A. Firmin-
Didoty (juin 1884, n"" 439 du Catal.)> et provenait de la biblio- Dièque de M. Pressac, de Poitiers, (ann. 1857, Catal., n° 1839). L'auteur de ce petit ouvrage de dévotion s'est si bien dissimulé que nous n'avons nul soupçon de son nom. Il habitait la paroisse de Saint-Paul de Poitiers en 1513 ; nous n'en savons pas davantage.
Nous ne connaissons pas d'autres ouvrages sortis des presses de Jean Mesnage. Nous avons lieu de croire qu'un de nos maîtres en bibliographie dont nous avons plusieurs fois prononce le nom pourra ajouter quelque rareté à cette trop courte liste, mais nous ne sommes pas autorisé à divulguer ce qui est encore son secret. Quoiqu'il en soit, nous ne pensons pas que l'atelier typographique de Jean Mesnage lui ait survécu. Il avait des enfants cependant au dire de Julien Plus : Nempe facitpueroSy mais ils embrassèrent apparemment d'autres carrières, car leur nom est aussi inconnu à Paris qu'à Poitiers dans la profession de leur père.
Nous sommes arrivé au terme de cette étude sur les premiers âges de la typographie poitevine. En dépassant la date de 1515, nous verrions bientôt d'autres imprimeurs apporter leur tribut à notre moisson bibliographique. Au xvi^ siècle, Poitiers, grâce à son Université, fut un foyer très intense d'activité intellectuelle; sous cette influence, l'imprimerie prit un grand développement et acquit une heureuse fécondité. Ses plus célèbres représentants restent néanmoins les Marnef et les Bouchot ; autour d'eux viennent se grouper Jean C!oussot, Nicolas Pelletier, Bertrand Noscereau, François Boisateau et bien d'autres. Avec l'aide de Dieu nous nous retrouverons en leur compagnie dans un avenir prochain.
T^BXiS
Les premiers incanables 6
Jean Bouyer et ses associés 22
Jacques Bezanceau, libraire 39
Les de Marnef , 41
Jean Mesnage, imprimeur 63
Achevé d*imprimer à Saint-Maixent (Deux-Sèvres) par L. Cousin, successeur de Reversé,
le 12 août 1893.
. — » Impr. Reversé.
BREVIARIUM HISTORIALE