A POITIERS XXXVII
instant à cette modeste somme de xxx livres, qui représente la valeur du mobilier sujet à Timpôt ; elle montre que les élèves et les libraires de Jean de Gradi ne lui avaient pas apporté la fortune. Mais on retiendra surtout cette qualité de « licencié en loix », qui prouve son identité et justifie ce que nous avons avancé sur ses études de droit à l'Université de Poitiers.
Pour résumer notre discussion, ce nom de de Grad'ibus^ si rare en France qu'il est une exception, nous le trouvons sur trois scènes diiïérentes : dans le Milanais, avec le concours d'Argelati; à Poitiers, dans la souscription du Casuslongi; à Lyon, dans de nombreux ouvrages imprimés et dans des pièces d'archives. Nous comparons ces trois sources d'information^ nous les contrôlons l'une par l'autre, nous groupons les renseignements épars, nous voyons que tout se concilie parfaitement, l'enchaînement des faits, les dates, r&ge et les qualités caractéristiques du sujet en cause, et nous arrivons logiquement à cette conclusion formelle que nous n'avons d'abord présentée que comme une hypothèse : Jean de Gradi, d'origine Milanaise, a apporté d'Italie à Poitiers l'art de l'imprimerie qui y était encore inconnu ; puis, ayant quitté cette ville, il s'est établi à Lyon où il est devenu professeur de droit et où il a publié de nombreux ouvrages. Pour douter de son identité, il faudrait prétendre que deux personnes, portant ce nom fatidique de de GradibuSj ayant le même prénom de Jean, ont vécu à la même époque, et c'est inadmissible. Et si par hasard on voulait nous objecter les noms divers de Gradi, de de Gradibus et de Des Degrez, sous lesquels nous reconnaissons la même .individualité, nous sommes à môme d'opposer
Archives commun, de Lyon, CC. 58.) Nous avons été frappe de ce rapprocheroenti mais nous n'osoos en tirer aucune conséquence.
xxxviii DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE
l'exemple d'une autre transformation de nom qui est d'une analogie frappante. Jacques Le Rouge, originaire de Chablis, établi comme imprimeur à Venise dès 1472, se nomme Jacobiis Rubeus ou de Rubeis sur ses impressions latines ; puis, imprimant en 1476 Id^Storia di Firenze^ de Léonard Arétin, et la Storiafiorent'ma^ de Pogge, en langue italienne, il italianise aussi son nom dans les colophons de ces deux ouvrages et devient Maestro Jacomo {elJacopo) de Rossu
La cause nous semble donc entendue, et en dépit '^des prétentions du fantastique « Maître Jean » enfanté par le cerveau de M. Claudin, Jean de Gradi restera pour tout esprit impartial le premier imprimeur de Poitiers.
Nous avons cilé toutes les impressions authentiques sorties de la presse poitevine jusqu'à l'association de Jean Bouyer et de Guillaume Bouchet,qui apparaissent en 1491 avec la Logica velus. M. Claudin grossit cette liste de plusieurs impressions sans nom de ville, sans nom d'imprimeur et sans date, qu'il veut attribuer à Tatelier de Foi" tiers. Il s'appuie sur la ressemblance des caractères et des filigranes ; puis, à l'aide des considérations les plus subtiles, il prononce gravement l'âge de chacune de ces impressions à un an près et même moins. Et, résultat surprenant, il se trouve, comme par hasard, que les dates sorties de ce procédé divinatoire comblent justement les lacunes des années pendant lesquelles on ne connaissait aucun produit de la presse poitevine. C'est tout simplement admirable !
Nous sommes bien persuadé que l'activité industrielle