‹ L'imprimerie à Poitiers et dans la VienneChapitre 49 sur 65 · D'VN MEDIC AM ENT · texte numérisé non relu

D'VN MEDIC AM ENT

APPELLE rOLYCHRESTON.

Dif^cnfé pulliquemtnt par h<jues Boijfe

Maidre ^poiiciuaire en la ville de

Loudun^ le ^.Decemhte iCi^.

Auec la Harangue fiitc Tir ce (îibieâ, pat Théo» jibraftc Renaudft DoiT'eur fo Médecine, Confciilcr & Médecin iln Rov, dcLiant Mcdîniis Ifs Dépurez des EgliTci RcfFcrmces de et Royiul&eancaibIc2ài.oudunpai pctmUIiôdcra Miaicfté*

Dcdiéc àMcflîcursdc l'AfTembUc

A LOVDVN.

Par QvENTiN MareschaLj

dic La-barrc 1619»

de ladite Assemblée. (Au bas du derûidr f., \^) : A Loudun,d6 Timpression dd la-Barre, 1620. — Pet. in-V de 12 p.

(Blbl. nat.,Lb3«, nM3:H.)

Dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale il n'y a pas de grand titre, et c'est le titre de départ que nous donnons ci-dessus. La Lettre (p. 1-5) est signée : « le vidame de Chartres, président; Chauve, adjoinct; Malleray, secrétaire; Chalas, secrétaire», et datée: « De vostre ville de Loudun, ce 16 janvier 1620 ».

Nous avons vu une autre édition imprimée sans nom de ville et d'imprimeur et sans date, en un in-8* de 12 pages.

LETTRE DU ROY, envoyée aux députez des Eglises réformées de France et souveraineté de Béarn assemblez par sa permission en sa ville de Loudun. A Louduo, par Quentin Mareschal, imprimeur et libraire, 1620. — In-8** de 8 ff. dont 2 sont blancs.

(Bibl. de Toara, n» 3689.)

Cette brochure, mal constituée, contient une lettre du roi datée de Fontainebleau le troisiesme jour d'avril iôiO [pour 1620), l'ordre, daté du 3 avril 1620, aux lieutenants généraux, gouverneurs de provinces et autres officiers, de laisser librement passer avec des armes les députés de l'Assemblée de Loudun retournans à leurs maisons, et une autre lettre du roi, du dernier mars 1620. A la page 5 cette mention est répétée : a Imprimée à Loudun par Quentin Mareschal, 1620».

On a vu que Maréchal ne s'était parfois désigné que sous le nom de Labarre ; il ne peut cependant y avoir aucun doute sur l'identité de « Quentin Mareschal, dit Labarre », dénomination qu'il a pris soin de se donner sur la Descrip-

tion du Polychreston. Nous n'avons pu découvrir d'où lui venait ce surnom, dont il ne s'est d'ailleurs revêtu qu'à Loudun.

Nous n'avons pas d'autres œuvres à attribuer ici à Maréchal, en dehors de ces minces plaquettes, dont la mauvaise exécution accuse un pauvre matériel ainsi que la précipitation avec laquelle elles étaient livrées à la presse. Toutes, on l'a remarqué, se rattachent directement à l'assemblée tenue par les Réformés. Ceux-ci» animés par leurs rancunes et leurs défiances contre la Cour^ ne se montraient nullement pressés de se dissoudre et ils tinrent leurs séances jusqu'au 18 avril 1620. Ils durent enfin obéir aux injonctions menaçantes du pouvoir royal et se séparèrent après avoir siégé pendant près de six mois. Leur départ rendit à Loudun une tranquillité relative. 11 n'y avait plus de quoi occuper un imprimeur. Maréchal s'était du reste trop compromis avec le parti protestant pour compter sur la faveur des catholiques. Â une dizaine de lieues de là s'élevait une autre ville, riche par son industrie et son commerce, où l'imprimerie n'avait pas encore pénétré : c'était Châtellerault. Maréchal prit, sans plus tarder, le parti de s'y rendre, et il y trouva le terme de ses pérégrinations. Mais avant de le rejoindre dans sa nouvelle résidence, nous poursuivrons ce que nous avons encore à dire sur Loudun.

Gilles Ghachereau.

Après le départ de Maréchal, l'imprimerie disparut de Loudun pendant de longues années. La petite ville devint tributaire des cités voisines, plus favorisées qu'elle sous ce rapport. Le procès d'Urbain Grandier, en 1634, appela

dans ses murs de nouveaux hôtes et excita une nouvelle agitation; il provoqua Téclosion de nombreux écrits, mais ne réussit pas à attirer un imprimeur. Le nombre de ces industriels nomades^ qui couraient de ville en ville après une Fortune souvent rebelle à leur appel, allait d'ailleurs en diminuant à mesure que Timprimerie s'acclimatait dans des établissements permanents. Ce n'est qu'au déclin du xvii* siècle qu'une presse recommença à fonctionner à Loudun. Un certain Gilles Chachereau paraît avoir monté une imprimerie d'où sont sortis les deux volumes suivants :

RÉCIT de la conférence du Diable avec Luther y fait par Luther même dans son livre de la Messe privée et de V onction des prêtres. Loudun, 1681. — In-12 (1).

(Catal. de ia vente de M. B. . . [Fr.-A. fiarbler, imprimear à Poitiers], Paru et Poitiers, 1861, d» 546.)

LES AMOURS de Colas, comédie Loudunaise^ en beau langage (par Saint-Long). Loudan, G. Chachereau, 1691. — 1x1-12 de 2 ff. et 36 p.

(GaUl. MéoD, D« 2389. — Gâtai, de Soleinne, ii«3970. — CaUl. de M. Salmoiii tourangeau. Paris, Potier, 1857, do 632.)

Malgré nos recherches nous n'avons pu voir ni l'un ni Tautre de ces ouvrages, et nous en étions arrivé à douter même de l'existence de Chachereau, au moins comme imprimeur, quand deux actes retrouvés dans les registres de la paroisse de Saint-Pierre-du-Marché de Loudun nous l'ont montré en possession d'état. Ils nous apprennent que, le 17 décembre 1681, avait lieu dans cette église l'inhumation de €< Marthe Roux, femme Gilles Chachereau, marchand

(I) Il y a des éditions de Paris, J.-B. Geignard, 1681 et 1684, iD.12. U ne faut pas confondre cet ouvrage, qui est de Tabbé Louis Géraud de Gordemoy, avec cet autre, qui est de Pabbé Paul Bnizeau : La Conférence du Diable avec Luther contre le saint sacrifice de la messe, Paris, Ch. Savreux, 1673, in-8*.

imprimeur », et que le !«' mars 1683, ledit imprimeur, après avoir pleuré convenablement sa première femme, en épousait une seconde qui s'appelait Jeanne Thibault.

C'est tout ce que nous savons sur son séjour à Loudun et nous n'entendons plus parler de lui après les Amours de Çolds. Mais dans notre impuissance à percer le mystère de sa fin, nous étions curieux de connaître au moins son origine, et nous souvenant d'avoir rencontré assez fréquemment ce nom de Chachereau dans des pièces concernant la ville de Thouars, nous aVbns dirigé nos recherches de ce côté. Elles ont heureusement abouti, et nous sommes à même de dire que Gilles Chachereau était originaire de cette ville et y avait travaillé avant de venir à Loudun. En voici la preuve .

Le 6 mars 1678, dans l'église de Saint-Médard de Thouars, il était parrain de François, fils de sire François Chachereau, messager, et de dame Marguerite Pouist, et il apposait sur l'acte de baptême cette signature bien reconnaissable que nous avions déjà vue sur les registres de Loudun. Il y ajoutait même sa qualité d' « imprimeur», qu'il faut entendre selon nous dans le sens de compagnon et non de maître. L'imprimerie existait en effet à Thouars dès cette époque et même avant, et nous avons ailleurs parlé d'un livret qui y était imprimé par Pierre Pedard, en 1683 (1). Gilles Chachereau nous paraît donc avoir été l'ouvrier de Pierre Pedard, et le fait d'être le parrain d'un enfant de François Chachereau (2) qui devait être son proche parent,

(1) L'Imprimerie à Thouars, daas la Revue poitevine et sainlongeaise, n* du

15 novembre 1891. — Tiré à part, in-8* de 7 p.

(2) C*ost probablement à celui-ci, de messager devenu commis de la poste de Thouars, que Cb. d'Hozier décernait ces armes parlantes, en vertu de l'édit de novembre 16^96 : d'or à un chat de sable, coupé de sable à un iièore d*or.

sinon son frère, indique clairement qu'il appartenait à une famille thouarsaîse .

René Billaolt.

Nous sommes sufOsamment pourvu de renseignements en ce qui concerne René Billautt qui vint après lui. Tout d'abord, une délibération de la municipalité de Loudun détermine la date certaine de son entrée en exercice [1] et elle donne des détails trop instructifs pour que nous ne la transcrivions pas in-extenso.

Du samedy vingt-huitiesme jour de may 1695, en l'assemblée de l'hostel et maison de ville de Loudun... A comparu en sa personne Bené Billault, imprimeur et libraire, lequel a remonstré à la compagnie que n'y ayant poiut d'imprimeur et libraire en celte ville il désireroit s'y retirer et establir pour rendre au publicq le service de son art moyennant qu'il soit exempt des impôts tant du sel que de la uille, usiincilie et autres subsides, de collecte et de logement de geus do guerre, attendu qu'il sera obligé de se mettre en grande despence pour establir une imprimerie et qu'il ne peut espérer y faire de profil t, n'y ayant point d'Dniversilé et peu d'occasions d'imprimer. Sur quoy, la matière mise en délibération et sur ce ^ ! le sieur procureur du Roy en lad. maison do ville qu'y a dit seroit Tort util pour le service du Roy et le bien du publicq :L en celle dite ville un imprimeur et libraire dont on lervir dans les occasions, Nous avons du consentement krocurc'ut du Roy receu et recevons ied. Billault aud. art ^mour et libraire en cette dite ville à la charge qu'il aura des lires et autres choses nécessaires pour l'entretien de lad. ■erie et boutique pour la librairie alin d'y vendre et débitter "es et qu'en considération de ce qu'il retirera peu de proflil tniviiil a esté arresté que Ied. Billault nepourra estre collor- > ia.\\\os, sel, ustancilie et autre subside et que son taui sent )4;ii(e solzde taille et à deux quartes de sel, et exempt du

"^h iimnicip. de loudun, BB4.

J6 Imprimeurs et libraires

logement de gens do guerre, ensemble de la contribution d'ustancille^ à la charge par led. Billault d*exercer led. art d'imprimeur et libraire et d*imprimer gratuitement touttes les publiquations pour les feux de joye, ordonnances et billetz de logements de gens de guerre en lui fournissant de papier seullement, à quoy faire et entretenir c'est led. Billault obligé avecq tous et chascuns ses biens meubles et immeubles, dont Tavons jugé, ensemble de faire homologuer ses présentes à ses frais et despens partout où besoing sera. Donné, faict et arresté en lad. assemblée les jour et an que dessus.

Voilà donc Billault reçu iniprinieur et libraire de la ville de Loudun avec les franchises et exeaiptions ci-dessus mentionnées. Pour être imprimeur on n'en est pas moins homme : un de ses premiers soins fut de se marier. Moins d'un an après, le 14 mai i696, « René Billault, imprimeur et marchand libraire, fils de^René Billault, marchand, et de deffunte Geneviève Buisneau, » épousait en Téglise de Saint- Pierre-du-Marché de Loudun Louise Boucherit, fille des défunts Antoine Boucherit et Louise Baslin. Le 15 août 1697^ il faisait baptiser son premier enfant et jusqu'en 171 4 au moins de nombreuses naissances attestent sur les registres la fécondité de son union. Mais un beau jour Louise Boucherit paya sa dette à la nature ; elle était âgée de 46 ans et 4 mois quand elle mourut et fut inhumée dans l'église de sa paroisse le 1" février 1720. Les regrets de son mari furent loin d'être éternels, car trois mois après, le 2 du mois de mai, il convolait en secondes noces avec Jeanne Pasquier, fille majeure de défunts M* Louis Pasquier, vivant grefQer au bailliage et sièges royaux de Loudun, et de Jeanne Bertrand, son épouse, et le 10 février de l'année suivante, il goûtait de nouveau les joies de la paternité. Nous tenons une partie de ces notes biographiques de notre jeune confrère et ami, M. Roger Drouault, qui a bien voulu les

relever pour nous dans ces Archives municipales de Loudun qu'il connaît si bien.

Maintenant que nous nous sommes mis en règle avec le père et l'époux, revenons à l'imprimeur. Il importe d'abord de savoir d'où il arrivait avant de « se retirer et establir » à Loudun, et c'est ce que nous allons faire connaître sans plus tarder.

A son acte de mariage figure entre autres signatures celle de son père qui s'appelait René comme lui et est qualifié de marchand. Or, M. Henri Grimaud, de Chinon, qui s'est déjà fait connaître par de très bonnes monographies locales, nous a fait savoir qu'il avait reconnu cette même signature sur l'acte de sépulture de Pierre d'Ayrem, maître imprimeur dans cette ville, décédé le 28 janvier 1697 sur la paroisse Saint-Étienne. Une fois lancé sur cette piste, M. Henri Grimaud a eu le bonheur de découvrir dans le même fonds une série d'actes qui nous intéressent au plus haut degré . C'est d'abord l'acte de baptême de notre imprimeur luimême, à la date du 16 mars 1667 (1) ; puis ce sont ceux de deux autres enfants de René Billault, marchand, et de Geneviève Buisneau, savoir, au 28 juillet 1669, Geneviève, qui a pour parrain « M* Pierre d'Ayrem, imprimeur », et au 13 octobre 1673, Nicolas, qui a pour marraine <( Jeanne Constantin^ femme du sieur d'Ayrem, imprimeur en cette ville ». Ne ressort-il pas clairement de ces constatations que Billault père, marchand à Chinon, était voisin ou ami de Pierre d'Ayrem et que son fils a dû être l'apprenti et l'ouvrier de l'imprimeur Chinonais avant de venir se fixer dans

(1) « Le seiziesme mars 1667, a esté baptisé parmoy presire soussigné René fils de René Billault marchand et Geneviève Buineau son épouse. 11 a eu pour parrain Martin Cartier, m* pinUer, et marraine Françoise Testu. (Signé : ) M. QuarUer, Bauchesne prestre. [Reg, paroiss. de Saint'Etienne de Chinon,)

la ville voisine? Après la mort de Pierre d'Ayrem^ sa veuve continua à gérer son imprimerie. Nous ignorons si René Biliaull demeura avec elle ou se mit àvoyagerpour se perfectionner dans son métier. Toujours est-il que, pour un motif que nous ne connaissons pas, ce ne fui pas àlui^ mais à Pierre Amassard, fils d'un autre imprimeur de Poitiers, que la veuve d'Ayrem céda son établissement, suivant un marché daté de 1694 que M. Henri Grimaud a aussi retrouvé et qu'il publiera dans une nouvelle édition de ses Origines de r imprimerie à Chinon.

René Billault avait 28 ans quand il arriva à Loudun, et son exercice y fut plus long que productif. Nous n'avons relevé à son actif que les deux volumes qui suivent. Bien entendu, les impressions pour les feux de joie, ordonnances et billets de logements des gens de guerre qu'il faisait pour le compte de la municipalité ne sont pas parvenues jusqu'à nous.

PSAUMES DE DA VID traduis en François selon r hébreu. A Loudun, chez René Billault, imprimeur du Roy et de la ville, par Tordre de Madame de Montespan, 1697. — In-S^ de 684 p,

(Bibl. nat., A, 11057. — CoU. A. Labbé.)

Les armes de M™ de Montespan, fascé, onde d'argent et de gueules de six pièces ^ qui est de Rochechouart, sont gravées sur le titre et répétées à la dernière page. Impression en gros caractèresqui paraît faite pour une personnedont la vue est très affaiblie. On sait que M"^^ de Montespan, déchue de son ancienne splendeur, expiait alors dans la solitude voisine du château d'Oiron l'insolente faveur dont elle avait joui à la cour de Louis XIV. En 1697, elle avait 56 ans.

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