PETIT-ROMALV , IN DOUZE
IN-DOUZE, il entre en colère, et s^ arrête en apercevant Petit- Romain.
Ah ! vous voilà, monsieur l'Imprimeur, vous êtes un joli garçon.
PETIT- ROMAIN
Il est possible que vous me trouviez joli, mais je ne suis pas garçon.
IN-DOUZE
Vous faites le plaisant, je crois.
PETIT-ROMAIN, sourîant, Qu'avez-vous donc, gros père.
IN DOUZE
Tu quoque,
PETIT-ROMAIN
Qu'entendez-vous par tu quoque.
IN-DOUZE
Et vous aussi vous donnez dans le romantique: je viens de voir placarder à votre porte han d'Islande ,• corani populo,
PETIT-ROMAIN
Que voulez- vous; le Château du Tenare, les Démons amoureux , la Fille de V Enfer ^ tout cela se vend le diable.
IN-DOUZE
Et tout cela devrait y aller.
Air ; du Château de mon oncle.
Mon cher, nous sommes perdus, Les genres sont confondus ,
Un Vampire est prôné.
J'en reste tout consterne ; On imprime Ivnnohé , On imprime Ipsiboé ,
Et la noire Ourika Que plus d'un blanc critiqua ; Oui, c'est une rage , Rien ne décourage ; On imprime un Damné , Qui meurt avant d'être né , Quand le Solitaire , Par certain libraire , Se porte, sans témoin , Chez un épicier du coin.
Les neuf Muses sont en ])leurs, Ah ! messieurs les imprimeurs!
Imprimez , croyez-moi , Des auteurs de bon aloi , Molière , Régnard , Boileau , ,
Et Lafontaine , et Rousseau , Vous aurez des succès :
I Voilà des auteurs français !
PETIT- RO MA IX
Et ces aufeurs-là ne vendent plus leurs manuscrits... c'est tout bénéfice pour les lil)raii'es.
IN DOUZE
Oui, monaini, vivent jesniorls, voilà les gens qui nous font vivre, et voilà le vrai classique ! à 'propos, je vous ai écris ce malin que j'avais un mari pour voire fillç... mais après ce que je vois...
Dites toujours.
IN-DOUZE
C'est un garçon bien nourri.
PETIT-ROMAIN
Tant mieux , je veux pour gendre un bon vivant qui me tienne lête à table.
IN-DOUZE
Vous ne me comprenez paS;, je dis qii'il esl bien nourri de nos classiques, et lout plein de son grec et de son latin. •
PETIT ROMAIN
Ahl bon, je n'entendais pas le latin ; et est-il riche.
IN-DOUZE
Soixante mille francs comptant.
PETIT-ROMAIN
Soixante mille fiéincs, (à part) , madame Durand , serviteur pour voire canelle, [hau/), mon ami, vous savez si j'aime le ciassicjuo.