ACTE IV, SCENE III
Monsieur Jourdain.
Et vous l'avez connu pour gentilhomme ? Covielle.
Sans doute.
Monsieur Jourdain.
Je ne sçay donc pas comment le monde est fait.
Covielle.
Comment ?
Monsieur Jourdain.
Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu'il a esté marchand.
Covielle.
Luy, marchand ! C'est pure médisance, il ne Ta jamais esté. Tout ce qu'il faisoit, c'est qu'il estoit fort obligeant, fort officieux; et, comme il se connoissoit fort bien en étoffes, il en alloit choisir de tous les costez, les faisoit aporter chez luy, et en donnoit à ses amis pour de l'argent.
Monsieur Jourdain.
Je suis ravy de vous connoistre, afin que vous rendiez ce témoignage -là que mon père estoit gentilhomme.
Covielle.
Je le soûtiendray devant tout le monde.
Vous m'obligerez. Quel sujet vous ameine ?
Depuis avoir connu feu monsieur vostre père, honneste gentilhomme, comme je vous ay dit, j'ay tgé par toiLt.l.e monde.
148 LE BOUPXEOIS GENTILHOMME.
Monsieur Jourdain.
Par tout le inonde !
COVIELLE
Ouy.
Monsieur Jourdain.
Je pense qu'il y a bien loin en ce païs-là.
CO VIELLE
Assurément. Je ne suis revenu de tous mes longs voyages ..<jng.jie.puis quatre jours ; et, par l'interest que je prens à tout ce qui vous touche, je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du
monde. —
Monsieur Jourdain.
Quelle ?
COVIELLE
Vous sçavez que le fils du Grand Turc est icy ?
Monsieur Jourdain.
Mcy? non.
Covielle.
Comment ! Il a un train tout-à-fait magnifique ; tout le monde le va voir, et il a esté receu en ce païs comme un seigneur d'importance.
Par ma foy, je ne sçavois pas cela.
Covielle.
Ce qu'il y a d'avantageux pour vous , c'est qu'il est amoureux de vostre fille.
"' MONSfÊUR J O U RD A I N .
Le fils du Grand Turc?
Covielle.
Ouy; et il veut estre vostre gendre.