SCENE IV
vous encensent dans la prospérité et vous accablent dans la disgrâce? N'a-t-il pas ceux qui sont toujours mécontens de la Cour, ces suivans inutiles, ces incommodes assidus, ces gens, dy-je, qui pour services ne peuvent conter que des importunitez, et qui veulent que l'on les recompense d'avoir obsédé le Prince dix ans durant? N'a-t-il pas ceux qui caressent également tout le monde, qui promènent leurs civilitez à droit et à gauche, et courent à tous ceux qu'ils voyent avec les mesmes embrassades et les mesmes protestations d'amitié? « Monsieur, vostre tres-humble serviteur. Mon- « sieur, je suis tout à vostre service. Tenez-moy « des vostres, mon cher. Faites estât de moy, Mon- « sieur, comme du plus chaud de vos amis. Mon- « sieur, je suis ravy de vous embrasser. Ah! Mon- « sieur, je ne vous voyais pas. Faites-moy la grâce « de m'employer. Soyez persuadé que je suis en- « tierement à vous. Vous estes l'homme du monde « que je révère le plus. Il n'y a personne que j'ho- « nore à l'égal de vous. Je vous conjure de le « croire. Je vous supplie de n'en point douter. « Serviteur, tres-humble valet. » Va, va, Marquis, Molière aura toujours plus de sujets qu'il n'en voudra , et tout ce qu'il a touché jusqu'icy n'est rien que bagatelle, au prix de ce qui reste. » Voilà à peu prés comme cela doit estre joué.
Brécourt.
« C'est assez. »
Molière.
Poursuivez.
Brécourt.
« Voicy Climene et Elise. »
Molière.
[A mademoiselle du Parc et à mademoiselle Molière. J Là-dessus, vous arriverez toutes deux.
(A mademoiselle du Parc.) Prenez bien garde , vous , à vous déhancher comme il faut et à faire bien des façons. Cela vous contraindra un peu; mais qu'y faire? il faut parfois se faire violence.
« Certes, Madame, je vous ay reconnue de loin, et j'ay bien veu à vostre air que cenepouvoit estre une autre que vous.
Mademoiselle du Parc.
a Vous voyez, je viens attendre icy la sortie d'un homme avec qui j'ay une affaire à démesler. Mademoiselle Molière.
« Et moy de mesme. »
Molière.
Mesdames, voilà des cofres qui vous serviront de fauteuils.
Mademoiselle du Parc.
«Allons, Madame, prenez place, s'il vous plaist.
Mademoiselle Molière.
« Après vous, Madame. »
Molière.
Bon. Apres ces petites cérémonies muettes, chacun prendra place et parlera assis, hors les marquis, qui tantost se lèveront, et tantost s'assoyront, suivant leur inquiétude naturelle. « Parbleu! Che-