‹ L'impromptu de Versailles (volume 2)Chapitre 41 sur 134 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Molière.

J'enrage de vous oùir parler de la sorte, et voilà vostre manie, à vous autres femmes. Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple j'allasse éclater promptement en invectives et en injures. Le bel honneur que j'en pourrois tirer, et le grand dépit que je leur ferois! Ne se sont-ils pas préparez de bonne volonté à ces sortes de choses? et, lors qu'ils ont délibère s'ils jouëroient le Portrait du Peintre, sur la crainte d'une riposte, quelques-uns d'entre eux n'ont-ils pas répondu : « Qu'il nous rende toutes les injuTes qu'il voudra, pourveu que nous gagnions de l'argent » ? N'est-ce pas là la marque d'une ame fort sensible à la honte, et ne me vangerois-je pas bien d'eux en leur donnant ce qu'ils veulent bien recevoir !

Mademoiselle de Brie.

Ils se sont fort plaint toutefois de trois ou quatre mots que vous avez dit d'eux dans la Critique et dans vos Précieuses.

Molière.

Il est vray, ces trois ou quatre mots sont fort ofîençans, et ils ont grande raison de les citer. Allez, allez, ce n'est pas cela. Le plus grand mal que je leur aye fait, c'est que j'ay eu le bon-heur de plaire un peu plus qu'ils n'auroient voulu, et tout leur procédé depuis que nous sommes venus à Paris a trop marqué ce qui les touche; mais laissons-les faire tant qu'ils voudront : toutes leurs entreprises ne doivent point m'inquieter. Ils critiquent mes pièces, tant mieux, et Dieu me garde d'en faire

jamais qui leur plaise, ce seroitune mauvaise affaire pour moy.

Mademoiselle de Brie.

Il n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

Molière.

Et qu'est-ce que cela me fait? N'ay-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puis qu'elle a eu le bon-heur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'éforce de plaire ? N'ay-je pas lieu d'estre satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennentelles pas trop tard ? Est-ce moy, je vous prie, que cela regarde maintenant ; et, lors qu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plûtost le jugement de ceux qui l'ont approuvée que l'art de celuy qui l'a faite?

Mademoiselle de Brie.

Ma foy, j'aurois joué ce petit monsieur l'autheur qui se mesle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à luy.

Molière.

Vous estes folle. Le beau sujet à divertir la Cour que M. Boursaut ! Je voudrois bien sçavoir de quelle façon on pourroit l'ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le berneroit sur un théâtre, il seroit assez heureux pour faire rire le monde; ce luy seroit trop d'honneur que d'estre joué devant une auguste assemblée ; il ne demanderoit pas mieux, et il m'attaque de gayeté de cœur pour se faire connoistre, de quelque façon que ce soit. C'est un

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