ACTE I, SCENE II
Helas ! helas !
Elle est cent fois, mille fois plus cruelle Que n'est le tygre aux bois.
N'est-il pas joly?
Maistre de musique.
Le plus joly du monde.
Maistre a dancer.
Et vous le chantez bien.
Monsieur Jourdain.
C'est sans avoir apris la musique.
Maistre de musique. Vous devriez l'aprendre, Monsieur, comme vous faites la dance. Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble.
Maistre a dancer.
Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.
Monsieur Jourdain.
Est-ce que les gens de qualité aprennent aussi la musique ?
Maistre de musique.
Oûy, Monsieur.
Monsieur Jourdain.
Je l'aprendray donc. Mais je ne sçay quel temps je pou"fây^eTVctreT~c1ïr~7 outre le maistre d'armes qui me montre, j'ay arresté encore un maistre de philosophie qui doit commencer ce matin. Maistre de musique.
La philosophie est quelque chose ; mais la musique, Monsieur, la musique...
Maistre A DANCER.
La musique et la dance La musique et la
dance, c'est là tout ce qu'il faut.
Maistre de musique.
Il n'y a rien qui soit si utile dans un Etat que la musique.
Maistre a dancer.
Il n'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la dance.
Maistre de musique. - Sans la musique, un Etat ne peut subsister.
Maistre a danger. Sans la dance, un homme ne sçauroit rien faire.
Majstre de musique.
Tous les desordres, toutes les guerres qu'on voit dans le monde n'arrivent que pour n'aprendre pas la musique.
Maistre a dancer.
Tous les malheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les béveuës des politiques et les manquemens des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de sçavoir dancer.
Monsieur Jourdain.
Comment cela ?
Maistre de musique.
La guerre ne vient-elle pas d'un manque d'union entre les hommes?
Monsieur Jourdain.
Cela est vray.
Maistre de musique.
Et, si tous les hommes aprenoient la musique, ne