ACTE III, SCENE III. 9Î
Madame Jourdain.
Tout cela est fort nécessaire pour conduire vostre maison.
Monsieur Jourdain.
Assurément. Vous parlez toutes deux comme des bestes , et j'ay honte de vostre ignorance. Par exemple, sçavez-vous, vous, ce que c'est que vous dites à cette heure ?
Madame Jourdain.
Oùy, je sçay que ce que je dis est fort bien dit, et que vous devriez songer à vivre d'autre sorte. Monsieur Jourdain.
Je ne parle pas de cela. Je vous demande ce que c'est que les paroles que vous dites icy? Madame Jourdain.
Ce sont des paroles bien sensées, et vostre conduite ne l'est guéres.
Monsieur Jourdain.
Je ne parle pas de cela, vous dy-je. Je vous demande : Ce que je parle avec vous, ce que je vous dy à cette heure, qu'est-ce que c'est?
Madame Jourdain.
Des chansons.
Monsieur Jourdain.
Hé non , ce n'est pas cela. Ce que nous disons tous deux, le langage que nous parlons à cette heure?
Madame Jourdain.
Hé bien?
Comment est-ce que cela s'apelle?
Madame Jourdain.
Cela s'apelle comme on veut l'apeller.
Monsieur Jourdain.
C'est de la prose, ignorante.
Madame Jourdain.
De la prose?
Monsieur Jourdain.
Oùy, de la prose. Tout ce qui est prose n'est point vers; et tout ce qui n'est point vers n'est point prose. Heu! voila ce que c'est d'étudier. Et toy, sçais-tu bien comme il faut faire pour dire un U ? Nicole.
Comment?
Monsieur Jourdain.
Oùy. Qu'est-ce que tu fais quand tu dis un U?
Nicole.
Quoy?
Monsieur Jourdain.
Dis un peu U pour voir.
Nicole.
Hé bien, U.
Monsieur Jourdain.
Qu'est-ce que tu fais?
Nicole.
Je dy U.
Oùy; mais, quand tu dis U, qu'est-ce que tu fais?
Nicole.
Je fais ce que vous me dites.
- \u* /Vy Monsieur Jourdain.
Vujo-' O l'étrange chose que d'avoir à faire à des bes-
tes ! Tu allonges les lèvres en dehors, et aproches