ACTE III, SCENE IX. i i
et passe brusquement comme si de sa vie elle ne m'avoit veu V
Covielle.
Je dis les mesmes choses que vous.
Cleont;-.
Peut-on rien voir d'égal, Covielle, à cette perfidie de l'ingrate Lucile3
Covielle.
Et à celle, Monsieur, de la pendarde de Nicole?
Cleonte.
Après tant de sacrifices ardans, de soupirs et de vœux que j'ay faits à ses charmes!
Covielle.
Après tant d'assidus hommages, de soins et de services que je luy ay rendus dans sa cuisine! Cleonte.
Tant de larmes que j'ay versées à ses genoux!
Covielle.
Tant de seaux d'eau que j'ay tirez au puits pour elle!
Tant d'ardeur que j'ay fait paroistre à la chérir plus que moy-mesme !
Covielle.
Tant de chaleur que j'ay soufferte à tourner la broche à sa place!
Cleonte.
Elle me fuit avec mépris!
Covielle.
Elle me tourne le dos avec effronterie !
ii4 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
Cleonte.
C'est une perfidie digne des plus grands chastimens.
COVIELLE
C'est une trahison à mériter mille souflets.
Cleonte.
Ne t'avise point, je te prie, de me parler jamais pour elle.
Covielle.
Moy, Monsieur? Dieu m'en garde!
Cleonte.
Ne vien point m'excuser l'action de cette infi-
delle.
Covielle.
N'ayez pas peur.
Non, vois-tu, tous tes discours pour la défendre ne serviront de rien.
Covielle.
Qui songe à cela?
Cleonte.
Je veux contr'elle conserver mon ressentiment et rompre ensemble tout commerce.
Covielle.
J'y consens.
Cleonte.
Ce monsieur le comte qui.vs.chez' elle luy donne peut-esire dans la veuë; et son esprit, je le voy bien, se laisse éblouir à la qualité. Mais il me faut, pour mon honneur, prévenir l'éclat de son inconstance. Je veux faire autant de pas qu'elle auchan-