‹ L'impromptu de Versailles (volume 2)Chapitre 96 sur 134 · ACTE III, SCENE XII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE XII

qu'on i^est pas. Je suis né de parenSj sans doute, qui ont tenu des charges honorables. Je me suis acquis dans les armes l'honneur de six ans de services, et je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable ; mais avec tout cela je ne veux point me donner un nom où d'autres en ma place croiroient pouvoir prétendre, et je vous diray franchement que je ne suis point gentilhomme.

Monsieur Jourdain.

Touchez là, Monsieur. Ma fille n'est pas pour vous.

Cleonte.

Comment?

Monsieur Jourdain.

Vous n'estes point gentilhomme, vous n'aurez pas ma fille.

Madame Jourdain.

Que voulez-vous donc dire avec vostre gentilhomme? Est-ce que nous sommes, nous autres, de la coste de saint Louis ?

Monsieur Jourdain.

Taisez-vous, ma femme, je vous voy venir.

Madame Jourdain.

Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie ?

Monsieur Jourdain.

Voila pas le coup de langue !

Madame Jourdain.

Et vostre père n'estoit-il pas marchand aussi bien que le mien?

iz8 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

Monsieur Jourdain.

Peste soit de la femme ! Elle n'y a jamais manqué. Si vostre père a esté marchand, tant-pis pour luy; mais, pour le mien, ce sont des malavisez qui disent cela. Tout ce que j'ay à vous dire, moy, c'est que je veux avoir un gendre gentilhomme. Madame Jourdain.

Il faut à vostre fille un mary qui luy soit propre, et il vaut mieux pour elle un honneste homme riche et bien fait qu'un gentilhomme gueux et mal basty.

Nicole.

Cela est vray. Nous avons le fils du gentilhomme de nostre village qui est le plus grand malitorne et le plus sot dadais que j'aye jamais veu.

Monsieur Jourdain.

Taisez-vous, impertinente ! vous vous fourrez toujours dans la conversation. J'ay du bien assez pour ma fille, je n'ay besoin que d'honneur, et je la veux faire marquise.

Madame Jourdain.

Marquise !

Monsieur Jourdain.

Oùy, marquise.

Madame Jourdain.

Helas ! Dieu m'en garde !

Monsieur Jourdain.

C'est une chose que j'ay résolue.

Madame Jourdain.

C'est une chose, moy, où je ne consentiray point. Les alliances avec plus grand que soy sont

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