‹ L'impromptu de Versailles (volume 2)Chapitre 97 sur 134 · ACTE III, SCENE XII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE XII

sujettes toujours à de fâcheux inconveniens. Je ne veux point qu'un gendre puisse à ma fille reprocher ses parens, et qu'elle ait des enfans qui ayent honte de m'appeler leur grand-maman. S'il falloit qu'elle me vînt visiter en équipage de grand-dame , et qu'elle manquât par mégarde à saluer quelqu'un du quartier, on ne manqueroit pas aussi tost de dire cent sottises. « Voyez-vous, diroit-on, cette madame la marquise qui fait tant la glorieuse? C'est la fille de monsieur Jourdain, qui estoit trop heureuse, estant petite, de jouer à la madame avec nous : elle n'a pas toujours esté si relevée que la voila; et ses deux grand-peres vendoient du drap auprès de la Porte Saint Innocent. Ils ont amasse du bien à leurs enfans, qu'ils payent maintenant, peut-estre, bien cher en l'autre monde, et l'on ne devient gueres si riches à estre honnestes gens. » Je ne veux point tous ces caquets, et je veux un homme, en un mot, qui m'ait obligation de ma fille, et à qui je puisse dire : « Mettez-vous là , mon gendre , et disnez avec moy. »

Monsieur Jourdain.

Voila bien les sentimens d'un petit esprit, de vouloir demeurer toujours dans la bassesse. Ne me répliquez pas davantage : ma fille sera marquise en dépit de tout le monde ; et, si vous me mettez en colère, je la feray duchesse.

Madame Jourdain.

Cleonte, ne perdez point courage encore. Suivez-moy, ma fille, et venez dire résolument à

i3o LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

vostre père que, si vous ne l'avez , vous ne voulez épouser personne.

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