NOTICE XI
J'excepterai le plus célèbre d'entre eux, Molière, dont le nom dit tout. Deux comédiens seulement, également célèbres, ont représenté son personnage dans les deux reprises du présent siècle : Samson en i838, M. Coquelin aine en 1880. Je nai pas vu Samson dans ce rôle, mais je me l'y figure, et la supériorité de M. Coquelin me parait évidente. Je lui aurais voulu parfois le ton un peu plus viril et quelque peu plus noble, car Molière était, dans ses manières et son langage, un véritable homme de cour • niais l'ensemble du rôle était compris et rendu avec une rare puissance. Qu'on ne s'étonne pas d'entendre parler de puissance à propos d'une comédie en un acte; ce rôle de Molière est immense, et comporte des développements qui exigent de son interprète des moyens très étendus et très variés.
La Grange [Achille Varlet de) avait vingt-sept ans lorsque Molière le mit en scène dans l'Impromptu; j'ai peu de chose à dire de cet acteur élégant et honnête homme, à qui M. Edouard Thierry a consacré une remarquable étude; je note seulement que Molière, au moment de lui indiquer le sens du rôle, s'arrête et le salue maître en son art par ces seuls mots : « Pour vous, je n'ai rien à vous dire. » M. Delaunay n'a pas démérité de cette pure renommée, et la Comédie-Française a pu saluer en lui le La Grange du XIX^ siècle.
François Le Noir, écuyer, sieur de La Thorillière,