‹ L'impromptu de VersaillesChapitre 2 sur 39 · H NOTICE · texte numérisé non relu

H NOTICE

soimelle contre l'auteur trop applaudi de l'École DES Femmes. Molière n'attendit pas qu elle parût; il écrivit sous une forme analogue à la Critique, mais avec plus de mouvement et de force scénique, une apologie vigoureuse qui porta l'offensive dans le camp ennemi.

L'occasion s'offrit bientôt à lui de faire tonner sa vengeance sur le théâtre élevé qui devait la rendre plus efficace et plus cruelle^ c'est-à-dire en pleine cour de Versailles^ en présence du Koi. L'Ecole des Femmes avait été dédiée à Madame Henriette d'Angleterre ; la reine Anne d'Autriche avait accepté l'hommage de LA Critique; cette fois Molière s'adresse au Koi lui-même et le prend à témoin de sa juste cause.

Le jeudi ii octobre i663, la troupe avait été mandée à Versailles; elle y représenta Dom Garcie, Sertorius, l'École des Maris, les Fâcheux, le DÉPIT amoureux, et la petite comédie que Molière venait de brocher contre Boursault, laquelle, à cause de sa nouveauté et du lieu, dit La Grange, fut appelée l'Impromptu de Versailles. Molière s'y montre au naturel, entouré de ses camarades jouant chacun leur propre personnage, et donne aux esprits attentifs et charmés le spectacle nouveau d'un homme de génie qui explique lui-même, devant le plus grand roi de l'univers, ses plans, ses rêveries, ses chagrins, ses théories littéraires et théâtrales, ses espérances et ses désirs, en même temps qu'il se retourne vers ses

NOTICE m

ennemis et ses calomniateurs, et qu'il les écrase du

pied.

/^Des commentateurs ont raconté que le roi Louis XIV^

•^ [ordonna lui-même à Molière de se défendre et de détruire par sa réponse l'effet qu avait pu produire la ' \ diatribe de Boursault. Que le Koi eut commandé un > divertissement, rien de plus sur, et Molière s'en vante en toutes lettres. Mais ces scholiastes si bien informés n'avaient pas lu l'Impromptu, où // est dit et répété trois fois que « les grands comédiens vont jouer une pièce contre Molière w^ mais qu'on ne sait pas encore le jour de la représentation à laquelle Molière promet d'assister en personne. Si le conseil fût venu du Koi, Molière ne répondrait pas àM''^ de Brie, qui le presse de jouer Boursault : « Vous êtes folle! )) Le mot se comprend du directeur à l'actrice, mais on ne repousse pas avec cette brutalité les suggestions d'un roi.

\y ) Ce qui reste d'étonnant, d'extraordinaire et d'ad-

"^ Jnirable, c'est que le Koi ait permis à ce garçon de ^aris, fils d'un de ses valets de chambre, directeur de théâtre et comédien, d'oser penser qu'il intéresserait son maître à ses affaires privées, et que la cour prendrait fait et cause pour lui contre ses détracteurs. Et quelle confiance sereine, quelle noble et familière aisance dans ce plaidoyer du com.édien, parlant pour ainsi dire de plain-pied au roi de France et à toute la cour! Car, dans cette galerie de por-

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