SCÈNE I i
Et le poète : « Comment! vous appelez cela réciter? C'est se railler; il faut dire les choses avec emphase. Écoutez-moi :
[Imitant Montfleiiry, excellent acteur de l'Hôtel de Bourgogne.)
Te le d:rai-je, Araspe?... etc.
Voyez-vous cette posture? Remarquez bien cela. Là, appuyez comme il faut le dernier vers. Voilà ce qui attire l'approbation et fait faire le brouhaha. — Mais, Monsieur, auroit répondu le comédien, il me semble qu'un roi qui s'entretient tout seul avec son capitaine des gardes parle un peu plus humainement et ne prend guère ce ton de démoniaque. — Vous ne savez ce que c'est. Allezvous-en réciter comme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah ! Voyons un peu une scène d'amant et d'amante. » Là-dessus une comédienne et un comédien auroient fait une scène ensemble, qui est celle de Camille et de Curiace :
Iras-tu, ma chère âme? et ce funeste honneur Te p!aît-il aux dépens de tout notre bonheur? — Hélas! je vois trop bien..., etc.
tout de même que l'autre, et le plus naturellement qu'ils auroient pu. Et le poète aussitôt : « Vous
VOUS moquez; vous ne faites rien qui vaille, et voici comme il faut réciter cela :
[Imitant M''« Beauchâteau, comédienne de IHôtet de Bourgogne.)
Iras-tu, ma chère âme..., etc.
Non, je te connois mieux, etc.
Voyez-vous comme cela est naturel et passionné? Admirez ce visage riant qu'elle conserve dans les plus grandes afflictions. » Enfin voilà l'idée, et il auroit parcouru de même tous les acteurs et toutes les actrices.
Mademoiselle de Brie.
Je trouve cette idée assez plaisante, et j'en ai reconnu là dès le premier vers. Continuez, je vous prie.
Molière, imitant Beauchâteau, aussi comédien, dans les stances du CiD.
Percé jusques au fond du coeur..., etc.
Etcelui-ci,lereconnoîtrez-vous bien dans Pompée de Sertorius^
[Imitant Hauteroche, aussi comédien.)
L'inimitié qui règne entre les deux partis N'y rend pas de l'honneur..., etc.
Mademoiselle de Brie.
Je le reconnois un peu, je pense.