‹ L'impromptu de VersaillesChapitre 35 sur 39 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

entreprises ne doivent point m'inquiéter. Ils critiquent mes pièces : tant mieux, et Dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaise : ce seroit une mauvaise affaire pour moi.

Mademoiselle de Brie.

Il n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

Molière.

Et qu'est-ce que cela me fait? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'efforce de plaire"? N'ai-Je pas lieu d'être satisfait de sa destinée, -et toutes leurs censures ne viennentelles pas trop tard? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant? et, lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée que l'art de celui qui l'a faite? Mademoiselle de Brie.

Ma foi, j'aurois joué ce petit monsieur l'auteur qui se mêle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

Molière.

Vous êtes folle. Le beau sujet à divertir la Cour que M. Boursaut! Je voudrois bien savoir de quelle façon on pourroit l'ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le berneroit sur un théâtre,

il seroit assez heureux pour faire rire le monde; ce lui seroit trop d'honneur que d'être joué devant une auguste assemblée : il ne demanderoit pas mieux, et il m'attaque de gaieté de cœur pour se faire connoître, de quelque façon que ce soit. C'est un homme qui n'a rien à perdre, et les comédiens ne me l'ont déchaîné que pour m'engager à une sotte guerre, et me détourner par cet artifice des autres ouvrages que j'ai à faire; et cependant vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau ; mais enfin j'en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en suis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous, qu'ils les retournent comme un habit pour les mettre sur leur théâtre, et tâchent à profiter de quelque agrément qu'on y trouve et d'un peu de bonheur que j'ai, j'y consens : ils en ont besoin, et je serai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes, et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m'oppose

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