SCÈNE V
point à toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde. Mais, en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'attaquoient dans leurs comédies. C'est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d'écrire pour eux, et voilà toute la réponse qu'ils auront de moi.
Mademoiselle Béjart.
Mais enfin...
Molière.
Mais enfin vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage; nous nous amusons à faire des discours, au lieu de répéter notre comédie. Où en étions-nous? Je ne m'en souviens plus.
Mademoiselle de Brie.
Vous en étiez à l'endroit...
Molière.
Mon Dieu! j'entends du bruit : c'est le Roi qui arrive assurément, et je vois bien que nous n'aurons pas le temps de passer outre; voilà ce que c'est de s'amuser. Oh bien ! faites donc pour le reste du mieux qu'il vous sera possible. Mademoiselle Béjart.
Par ma foi, la frayeur me prend, et je ne sau-
rois aller jouer mon rôle si je ne le répète tout entier.
Molière.
Comment! vous ne sauriez aller jouer votre rôle?
Mademoiselle Béjart.
Non.
Mademoiselle du Parc.
Ni moi le mien.
Mademoiselle de Brie.
Ni moi non plus.
Mademoiselle Molière.
Ni moi.
Mademoiselle Hervé.
Ni moi.
Mademoiselle du Croîsy.
Ni moi.
Que pensez-vous donc faire? Vous moquezvous toutes de moi?