‹ L'impromptu de VersaillesChapitre 39 sur 39 · Acte II, se. VI · texte numérisé non relu

Acte II, se. VI

9, 17. (' Vous ne m'auriez pas dit cela // )' a dix-huit mois. » Au 14 octobre i663, date de la représentation de VImpromptu, il y avait vingt mois, et non dix-huit, que Molière était devenu l'époux d'Armande, Mais on peut raisonner autrement. Le calcul était peut-être exact au moment où ce souvenir coula de la plume de Molière, ce qui reporterait la date de la composition ou tout au moins la première esquisse de VImpromptu au milieu du mois d'août

166 3, c'est-à-dire, coïncidence remarquable, peu de jours après la première représentation de Zélinde.

11,9. « A peine ai-je été les voir que trois ou quatre fois. » Sur ce que, répondant au latin praeterquam, nisi, excepté, voir la note 8-16, p. 55, de notre édition des Précieuses ridicules, à propos de cette exclamation de M. de La Grange : « Ont-elles répondu que oui et non à tout ce que nous avons pu leur dire? »

12, 4. « J'avois songé une comédie... » Cet emploi de songer, comme verbe actif, qu'on trouve déjà dans l'Étourdi

(acte pr, se. Il) :

... C'est une foible ruse; J'en songeois une...

est fort ancien dans la langue. Charles d'Orléans écrivait, au milieu du XV^ siècle :

Nuit et jour je la sonjoye.

« Les anciens songeront songes, » (Calvin, Institut. ii5i.)

Ou si dormez, en songeant songez-la.

Cl. Marot, III, 299.

On lit encore dans Voltaire : « J'ai songé encore un autre songe. » {Bible expliquée. Genèse.)

— 1 3 . Des comédiens qui « ont été trouvés raisonnables », c'est-à-dire sufïïsants, convenables. « Je vous écris souvent des lettres d'une longueur trop excessive; je veux que celle-ci soit raisonnable. » (M'"*' de Sévigné, lettre LXIII.) — « J'ai appris à faire mes journées, à l'espaignolle, d'une traicte ; grandes et raisonnables journées. » (Montaigne, IV, 104.)

12, 18. Entripaillé paraît être de la création de Molière. Son ennemi Boursault s'en est servi après lui :

Phébus, de tous les dieux le plus entripaillé.

Boursault, Phaéton, acte V, se. iv.

Le verbe est formé du substantif tripailk, amas de tripes. Où la tripaille est frite en cent sortes de mets.

RÉGNIER, Sat. X.

« Je feus curieux de faire apporter toute ceste tripaille en ma présence, u (Montaigne, III, 2 2 3.}

On sait que Montfleury, père de l'auteur dramatique, était d'une grosseur énorme. C'est à lui que se réfère la lettre X*' de Cyrano de Bergerac « Contre un gros homme » , où l'on trouve cette phrase : u Pensez-vous donc, à cause qu'un homme ne vous sçauroit battre tout entier en vingtquatre heures et qu'il ne sçauroit en un jour échigner qu'une de vos omoplates, que je me veuille reposer de votre mort sur le bourreau ? »

1 6, 10 et 2 2. « Ce rôle de façonnière » , qui fait des façons, des simagrées, « Il a épousé une jeune nymphe de quinze ans, façonnière et coquette en perfection. » (Lettre de M™c de Sévigné du 28 octobre 1671.) Boileau écrit, en parlant des précieuses :

De tous leurs sentiments cette noble héritière Maintient encore ici leur secte façonnière.

Sat. X.

17, 7. Cette « exactitude de prononciation », marque externe du pédantisme, a pris de nos jours de fâcheux développements. L'articulation rigoureuse des lettres imprimées a détruit l'harmonie de la vieille langue française, et elle aboutit à d'étranges méprises. Combien de gens prononcent aujourd'hui Fréjus-se ou Anver-se, sans savoir que l's^ adventice dans les deux cas, est simplement une faute d'orthographe? Fréjus est l'apocope de Forum Julii et Anvers (prononcé Anver) la prononciation correcte d'Antwerp, aucun s n'entrant dans la formation de ces deux noms de villes.

18, 18. (' Prêter des charités », calomnier. Cette locution métaphorique et contournée a été employée par Racine après Molière : « Lorsque le P. La Chaise eut cessé de par-

1er, je lui dis que j'étois étonné qu'on m'eiàl prêté des charités auprès de lui. » (Lettre à Boileau.'

19, i5. Comment vous en va? Emploi qui n'est plus usité du verbe en aller, pour lequel je renvoie à la note 86-17 fp. 121) de VÉcole des Femmes dans la présente édition.

24, 27, « Vingt gens » pour vingt personnes. On la trouve, cette forme, employée dès l'origine de la langue : Pour ces trois gens qui ont pel de besîe afublee. Le Dit du Buef.

3o, I I. « Font galanterie de se déchirer l'un l'autre « ; c'est-à-dire prennent plaisir à...

32, i3. Des coffres pour servir de fauteuils. L'usage au XVII^ siècle était de s'asseoir sur des coffres où l'on enfermait le linge et les vêtements.

Et mourus sur un coffre en attendant mon maître. Tristan l'Hermite, Épigramme.

33, 4, " Serviteur à la turlupinade. » Sur les turlupinades et les turlupins, voir la note 9, i 1, p. 63, de notre édition de la Critique de l'École des Femmes.

34, 19 et 24. « Mettre quelque chose », c'est-à-dire se farder.

37, 5. « Qu'il en ail tout le soûl », c'est-à-dire qu'il (Molière) avale jusqu'à la lie la coupe amère des représailles.

Nous pouvons de la sorte Nous battre tout le soûl si le cœur nous en dit,

ScARRON, Jodelet, acte V, se. v.

'< Villars ne s'étoit pas contraint de dire, en parlant des puissances, que, s'il ne leur falloit que du plat de la

langue, il leur en donneroit tout leur saoul. » (Saint-Simon, 201-181 .)

N'ayant plus de maîtresse et n'ayant pas un sou. Nous philosopherons maintenant tout le soûl.

Regnard, le Joueur, acte IV, se. xiii.

Page 1