SCÈNE VI
BERTHE
J'ai une amie qui travaille en bas à votre ouvroir, M°^^ Chauvelin.
MADAME DE BÉRANGES
En effet, une très brave femme.
BERTHE
Oui, elle m'a dit que vous étiez très bonne et elle m'a conseillé de venir vous trouver.
MADAME DE BERANGES
Elle a bien fait... parlez, mademoiselle, je vous écoute.
BERTHE
Voilà, madame, je suis couturière... habituellement, je suis petite main dans les grandes maisons; mais, du moment, l'ouvrage est rare et pas régulier ; dans la couture, on travaille huit
jours par ci, quinze jours par là ; enfin on chôme les trois quarts du temps.
Alors je viens vous demander, madame, si vous ne pourriez pas me donner de l'ouvrage, ou bien m'en procurer par des dames de vos amies.
MADAME DE BERANGES
C'est que je ne vois pas trop ce que je pourrais vous donner... on ne pense guère à la toilette en ce temps-ci... on use ses robes de l'aianée dernière, les deux ou trois robes qu'on a gardées du moins, parce qu'on a donné tout le reste.
BERTHE
Oui, j€ «ais 'bien... c'est désolant :
beaucoup de dames comme vous ne se commandent rien cette saison... rue de la Paix, rue Royale, on ne travaille que pour les étrangères, les Américai-