SCENE VI
nés, il faut bien que ces dames-là s'habillent, n'est-ce pas ?
MADAME DE BÉRANGES
Evidemment, ce n'est pas parce que l'Europe est en guerre qu'il faut que l'Amérique reste en chemise. D'ailleu»s, il n'y a pas que les Américaines qui commandent des robes. Je connais quelques Parisiennes qui vont chez leur couturier, pas dans les mêmes proportions qu'avant la guerre, pas avec la même furie, évidemment, mais enfin elles y vont.
BERTHE
Heureusement, madame.
MADAME DE BERANGES
Tenez, j'ai une amie. Oh ! elle a tenu pendant tout l'automne, pendant tout l'hiver. Pas une robe, pas un cha-
gS l'impromptu du paquetage
peau, pas une fantaisie. Elle a été admirable ! mais, quand le printemps est venu, elle n'y a plus tenu, elle n'en pouvait plus. Quand elle a vu les arbres reverdir dans les Champs-Elysées malgré la guerre, elle a voulu reverdir aussi; la nature elle-même lui donnait l'exemple. C'est les maronniers qui ont commencé.
BERTHE
Votre amie a eu raison, madame, il nous en faudrait beaucoup comme elle.
MADAME DE BERANGES
Vous êtes orfèvre, mademoiselle.
BERTHE
Mais non, madame; mais on parle toujours de la reprise des affaires, il faut que chacun y mette du sien; les modes sont une industrie de Paris,