SCENE VI
mère qui l'a élevé, qu'il adorait et dont il était le soutien... et qui est morte à la fin de l'hiver dernier...
d'une mauvaise grippe.
MADAME DE BÉRANGES
Voilà déjà bien du malheur.
BERTHE
Et ce n'est pas fini. Enfin, on allait se marier, lorsque la guerre a éclaté... il est parti le second jour de la mobilisation, il est chasseur à pied. Dans les premiers mois, il m'écrivait très régulièrement, très tendrement aussi, et puis, je n'ai plus eu de nouvelles. Pensez si j'ai été inquiète... on le croyait mort, disparu, prisonnier. Impossible de savoir rien de précis...
vous imaginez ce qu'a pu être ma vie.
io8 l'impromptu du paquetage
MADAME DE BÉRANGES
Oui, jeTimagine, ma pauvre enfant.
BERTHE
Enfin, il y a deux mois j'ai reçu une lettre de l'ambulance... pas de lui, mais d'une infirmière qui me prévenait qu'il était là, bien abîmé, mais qu'il était vivant. Elle me demandait de venir la voir, elle d'abord, chez elle. J'y suis allée et, alors, elle m'a raconté qu'il était arrivé, il y a trois mois, dans un état désespéré, mais qu'à force de soins on l'en avait tiré, seulement... si défiguré qu'il n'avait pas voulu me voir ni même m'écrire.
Il aimait mieux que je le croie mort; il disait qu'il ne pouvait plus m'épouser, qu'il n'avait pas le droit de me demander ce sacrifice... c'est un garçon qui a des sentiments très délicats...