SCENE VI
on ne croirait même pas qu'un ouvrier...
MADAME DE BERANGES
Mais si... on le croit très bien.
BERTHE
Alors, cette dame qui le soignait et qui s'était attachée à lui, cette dame lui a fait observer qu'un jour ou l'autre, forcément, j'apprendrais qu'il n'avait pas été tué, et qu'il valait mieux que je l'apprenne tout de suite.
D'aileurs, elle s'était chargée de me l'annoncer. Cette dame avait son idée, faut croire, puisqu'elle a ajouté : « Ça lui ferait un grand plaisir de vous revoir; mais il est bien entendu que vous n'êtes plus fiancée; il vous rend votre parole. » J'ai éclaté en sanglots et j'ai crié : — « Je ne veux pas re-
prendre ma parole, non, non, je ne la reprends pas... je tiendrai mes engagements. » Enfin ! ce que nous aurions toutes dit. Alors la dame m'a dit :
« Vous êtes sincère en ce moment, mais réfléchissez, prenez le temps de votre réflexion. Chez certaines personnes comme vous, le premier mouvement est celui du cœur. »
MADAME DE BÉRANGES
Mais il faut laisser à la raison le temps de faire ses objections.
BERTHE
Oui, c'est à peu près ce que cette dame a dit. Elle a ajouté : « Je ne lui dirai encore rien, je ne lui dirai même pas que je vous ai vue... et revenez dans huit jours, quand vous aurez réfléchi. »