‹ L'incesteChapitre 10 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

adresse, subir une foule de formalités et peut-être de délais qui permettraient à sa femme de retrouver sa piste ? C'eût été bien pis s'il avait su toute la vérité, s'il s'était douté qu'elle était arrivée à Paris avant même qu'ils n'eussent quitté la gare d'Orléans, qu'elle les avait vus ! qu'elle allait les traquer sans relâche dès ce matin même !

En allant réclamer l'objet oublié, ne risquait-il pas de se jeter dans la gueule du loup, de se précipiter tête baissée dans un piège, de se livrer spontanément à la justice qui allait être prévenue si elle ne l'était déjà?

N'avait-il donc méconnu tous ses devoirs, débauché la malheureuse enfant dont il était le second père ; ne l'avait-il arrachée au foyer maternel, que pour venir échouer ignominieusement avec elle dans les prisons de la Seine et sur les bancs de la cour d'assises ?

Et pourtant, il n'était pas permis d'hésiter. Toute minute, toute seconde de retard rapprochait le péril au lieu de l'écarter. Le plus sûr était de l'affronter aussi bravement que possible.

Confiant Huguette de Tagny, qu'il avait présentée comme sa femme légitime, aux bons soins de la maîtresse d'hôtel; lui donnant un baiser qui risquait d'être le dernier et qui glaça la pauvre petite ; prenant furtivement dans sa valise et glissant dans sa poche, à tout hasard, un pistolet

comme ressource suprême, Maurice Dauviller remonta en voiture et se fit conduire à la gare d'Orléans, promettant au cocher dix francs de pourboire s'il brûlait le pavé.

A mesure qu'il approchait du boulevard de l'Hôpital, de sinistres pressentiments assiégeaient son esprit ; son cœur se serrait, son sang se figeait dans ses veines, sa respiration devenait plus pénible, ses yeux se voilaient. On eût pris volontiers la voiture de remise qui le portait pour la charrette d'un condamné à mort allant au supplice...

Il descend enfin, pénètre dans la gare, livide, défidt, titubant, s'adresse au bureau des objets perdus, formule d'une voix tremblante sa réclamation, et attend comme un arrêt la réponse que va prononcer l'employé.

O bonheur ! il apprend que le sac a été trouvé, qu'il est en sûreté... qu'on va le lui rendre... L'obligation d'aller devant le commissaire le tourmente bien un peu ; mais, bah ! sa fugue ne peut être connue du magistrat, puisque M""^ Dauviller elle-même ne la saura que dans l'après-midi, en revenant de sa maison de campagne à Poitiers...

D'ailleurs, n'a-t-il pas des papiers bien en règle ? Il va lui suffire de faire constater son identité !...

Il se présente devant le commissaire, que M""^ Dauviller avait mis à demi au courant de la situation. Ce fonctionnaire croyait qu'il ne s'agisr

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