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CHAPITRE II

ta conquête... D'abord, est-elle brune ou blonde?

Le jeune vicomte protesta qu'il n'avait fait aucune conquête, et comme la voiture entrait dans la cour de l'hôtel, l'entretien s'arrêta là. La générale, elle, n'avait pas besoin de questionner son fils; elle savait à quoi s'en tenir, elle aurait pu nommer l'objet de sa passion.

Inutile de demander si le jeune amoureux fut exact. Il comptait les heures, les minutes, les secondes. Il n'était point sans appréhension. L'excès de son bonheur et l'étrangeté même de l'invitation lui enlevaient, à mesure que son coupé approchait du boulevard Saint-Germain, toute sa confiance première.

La présidente avait bien choisi le moment. M. Tournays était à l'audience, qui devait se prolonger assez tard. Paule avait dû passer la journée chez la femme du procureur général dont les filles étaient ses plus intimes amies du couvent. La belle Huguette était seule.

Elle avait simulé une légère indisposition pour avoir un prétexte de recevoir le vicomte dans un boudoir attenant à sa chambre à coucher, et de se présenter devant lui dans un de ces négligés séduisants, provocateurs, qui excitent les désirs, troublent les sens et qui enflammeraient le pudique Joseph lui-même ou l'ascétique saint Antoine.

A demi étendue sur une chaise longue, avec une

nonchalance et une langueur savamment étudiées, elle avait, à première vue, quelque chose de lascinateur. De voluptueuses effluves se dégageaient de toute sa personne et se confondaient avec les parfums enivrants dont l'atmosphère du boudoir était saturée.

Dès qu'elle eût tendu la main au vicomte, M. de Villerain éprouva une sensation indéfinissable et dont il essayait vainement de se rendre compte. Il était tout bouleversé. Sans savoir pourquoi, l'innocent et naïf jeune homme rougit jusqu'au blanc des yeux.

— Vous êtes un peu souffrante, m'a-t-on dit, madame ? balbutia-t-il en cherchant à se donner une contenance et à triompher de sa gaucherie...

— Rassurez-vous, monsieur Julien ! réponditelle, ce n'est pas bien grave...

— C'est la fatigue résultant de votre ravissante soirée, sans doute ?

— Oui... Et puis je suis agacée, énervée, ennuyée, attristée, nerveuse ! Je ne sais ce que j'ai...

Et se reprenant, et d'un ton de reproche :

— Ou plutôt, hélas, je le sais trop bien !,.., Et vous devez le savoir aussi, vous, Julien... monsieur Julien?...

— Vous êtes fâchée contre moi, madame ? repritil, s' enhardissant un peu...

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