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CHAPITRE II

— Oh ! papa ! balbutia-t-il avec embarras, je ne sais ce que vous voulez dire.

— Allons donc... Ah! mon gaillard, tu fais le cachotier ! Tu as tes petits secrets...

— Tes petits mystères ! ajouta M'"'^ de Villerain. Mais si le général était bien trop occupé à perdre une centaine de louis, selon son invariable habitude, pour observer votre petit manège, monsieur le vicomte, moi je n'avais pas mes yeux dans ma poche... Et, ma foi, j'ai vu ce que j'ai vu.

— Mon Dieu ! chère mère, je ne pense pas que vous ayez rien vu d'extraordinaire... J'ai dansé et valsé avec une foule de jeunes filles gracieuses et de femmes charmantes... Je me suis bien fatigué et bien amusé : voilà tout!...

— Fatigué , peut-être ; amusé, non ! Je l'affirme... Et parmi toutes les danseuses, tu n'en voyais qu'une seule, tu ne pensais qu'à une seule ! même quand tu valsais avec une autre. Est-ce vrai, vilain petit menteur ?

— Et si cela était, maman, après tout ?

— Eh, tant mieux, mon garçon ! reprit le vieux soldat en se caressant la moustache... Je reconnais bien là mon sang!... Ah! vois-tu, c'est qu'à ton âge j'étais un rude lapin, moi !... Aux combats de l'amour comme aux autres, j'étais toujours le premier au feu ; et sur ce terrain-là aussi je compte bien des campagnes, bien des succès...

— Et sans doute bien des défaites et des blessures? riposta avec ironie la comtesse.

— Bah ! ces défaites-là se réparent vite, et ces blessures ne sont pas longues à se cicatriser... Mais, dis-moi, Julien, est-elle jolie au moins?... Je n'en doute pas... C'est une femme mariée, je parie !... Polisson, va!...

— Monsieur le comte ! fit sévèrement M"^^ de Villerain.

— Bah ! qu'est-ce que ça fait ? Je veux que mon fils soit digne de moi et qu'il en arrive à ne pas pouvoir conter ses bonnes fortunes... Ah ! ah ! ah! Bon chien chasse de race ; et, tant pis ! messieurs les maris n'ont qu'à bien se tenir !.. . Ah! ah! ah! N'est-ce pas, Julien?...

— Faites-moi donc grâce de vos bonnes fortunes, général. J'espère bien qu'il ne suivra pas vos conseils!... Je ne veux pas qu'on me le rapporte un jour sur un brancard, avec un bon coup d'épée dans la poitrine.

— A son âge, j'avais déjà eu trois duels, et vous voyez que je ne m'en porte pas plus mal!... Les coups de torchon forment la jeunesse, madame ; et je suis humilié qu'un polytechnicien comme toi, Julien, ne se soit pas encore battu... Ah! pourquoi ta mère n'a-t-elle pas voulu que tu fusses militaire!... Ingénieur, voilà un bien joli métier, ma foi I... Mais, voyons, nous disons donc que

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