CHAPITRE IV
— Calmez-vous, madame! répondit le magistrat. Ne vous ai-je pas dit qu'il n'était que blessé ? Qjje sa tentative de suicide a avorté ? Qu'il en reviendra ?
— Comme l'autre! pensa-t-elle; comme la drôlesse qui l'a détourné de ses devoirs, et que j'ai honte d'appeler ma fille ! Ah ! pourquoi n'est-elle pas morte ? pourquoi n'a-t-elle pas subi le châtiment qu'elle mérite ? Comme je donnerais volontiers tout son sang pour un seul cheveu de mon bienaimé Maurice!
Mais il ne s'agissait pas de perdre le temps en regrets et en malédictions. Ce qui pressait, c'était de courir auprès de lui, de lui demander pardon, de le soigner, de le rappeler à la vie, et de veiller mieux à l'avenir sur ce cœur qui lui appartenait, et dont rien désormais ne pourrait la séparer.
— J'ai été bien cruelle envers lui ! se disait-elle en se dirigeant vers l'hôpital où il gisait. C'est ma froideur et mon silence méprisant qui l'ont poussé à cet acte de désespoir!... Maurice!... Maurice ! Je sais bien que malgré ta faute tu n'avais pas cessé de m' aimer! Merci! mon bon Maurice. Merci!... Je passe l'éponge sur le passé. A l'avenir, tu seras à moi seule; tu m'appartiendras sans partage... Sois tranquille, mon chéri! je te pardonne, je te pardonne !...
Le magistrat s'était bien gardé de lui donner des
détails sur la nature des lésions produites par la balle du pistolet. Désireux de se débarrasser au plus vite de la douleur d'une, femme, et pensant qu'elle apprendrait toujours trop tôt l'horrible réalité, il ne s'était exprimé qu'en termes vagues et s'était retranché derrière les plus habiles réticences.
Les appréhensions un moment dissipées d( M""^ Dauviller allaient renaître, dès qu'elle aurait franchi le seuil de l'hôpital.
En sa qualité d'épouse du blessé, on ne pouvait lui refuser le droit de le voir sur-le-champ, de lui parler, de le consoler, de l'entourer de sa sollicitude et de sa tendresse.
Plus sa situation était grave, désespérée, plus sa vie était en danger, plus il semblait naturel que sa femme fût introduite sans délai auprès de lui.
Et pourtant, chose étrange, inexplicable, dès qu'elle se présenta, on ne lui répondit que par des paroles évasives. L'interne de service ne voulut pas prendre sur lui de la mettre en présence du malade, et son chef ne montra pas moins d'hésitations.
Qu'est-ce que cela signifiait? Pourquoi ces bizarres ménagements? N'avait- elle pas le droit de pénétrer sur-le-champ auprès de son mari ? S'il était mourant, si tout espoir de le sauver était perdu, c'était une raison de plus, une raison décisive, de ne pas retarder une entrevue suprême.