CHAPITRE V
probabilité, que celle-ci avait dû ramener son mari, ou que peut-être elle allait partir avec lui par le train qu'ils allaient prendre.
A tout prix elle voulait se rapprocher de Maurice ; elle voulait le voir, au risque d'une nouvelle scène avec celle qui était à la fois sa mère et sa rivale. Huguette était jalouse, elle aussi... Sans rien dire et rien avouer à son bon vieux grand-père, elle ne consentait point à renoncer à son amant.
Ne savait-elle pas qu'il l'aimait, qu'il n'aimait qu'elle seule. L'enfant qu'elle sentait remuer dans ses entrailles, et qui avait été la cause déterminante de leur fuite, ne l'attachait-elle pas à Maurice par des liens éternels ?
C'était le produit du crime : soit 1 Elle le savait bien. Mais la passion l'emponait sur le remords.
Après tout, la fatalité d'une part, et M""^ Dauviller, de l'autre, n'étaient-elles pas les vraies, les seules coupables ?
Deux années auparavant, — Huguette avait alors quinze ans, — Maurice, qui l'adorait, l'avait demandée en mariage. Pourquoi, au lieu de la lui accorder ; au lieu d'unir ces amoureux que rapprochait une inclination mutuelle, que ne séparait aucun obstacle, et qui semblaient faits l'un pour l'autre, pourquoi M*"*^ veuve de Tagny avait-elle jeté sur ce jeune homme, qui avait quatorze ans de moins qu'elle, des regards de convoitise ?
Et si sa fille, bien que formée de bonne heure, grande, forte, n'était pas d'âge à songer au mariage, pourquoi n'avait-elle pas attendu ? Pourquoi n'avait-elle pas éloigné momentanément Maurice ?
Elle l'avait, au contraire, introduit dans son intimité et dans sa maison ; elle l'avait circonvenu, séduit, mis à sa discrétion par des services d'argent, qu'il n'avait pas eu la délicatesse de refuser.
Simple étudiant en médecine, sans fortune et sans avenir, avec des goûts de dépense et de dissipation, joueur par-dessus le marché, Dauviller s'était laissé prendre dans les filets de la riche veuve.
Au début, il avait pu croire qu'elle ne voyait en lui qu'un gendre futur, qu'elle était heureuse de lui aplanir le rude chemin de la vie. 11 avait accepté sans trop;de scrupules des avances spontanément offertes, avoué son attachement pour la ravissante enfant dont il était discrètement épris.
De bonne et honnête famille, d'ailleurs, joli garçon, distingué, spirituel, aimable, n'était-il pas un parti sortable ? N'avait- il pas le droit de s'estimer digne de l'héritière qui rougissait si fort en sa présence, et dont la main tremblait involontairement quand elle rencontrait la sienne ? S'il était pauvre, sa future position et son prochain diplôme de docteur ne constituaient-ils pas une compensation à l'absence de patrimoine ? Combien de mères