‹ L'incesteChapitre 28 sur 212 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

. — Non!... Et cependant je suis plus malheureuse que jamais!... Ne m'en demandez pas davantage ! . . .

Un matin, le numéro 17 de la rue du Moulin-à- Vent fut de nouveau en émoi. On entendait des cris, des lamentations, des menaces, le bruit d'une lutte entre les deux époux. Le petit Gaston de Tagny accourut tout effaré :

— Mademoiselle, venez tout de suite! je vous en prie. M. Dauviller veut tuer maman... parce que ma sœur vient de s'enfuir. . . On a trouvé un billet sur la cheminée de sa chambre. Elle est partie chez grand-père... Elle dit qu'elle ne reviendra jamais. Mon beau-père est furieux. Il dit que c'est parce que maman martyrisait ma sœur!... Venez! Venez ! Ils n'oseront plus se disputer et se battre devant vous !...

On devine ce qui s'était passé. Tremblant de succomber aux prières, aux supplications de Maurice et aux entraînements de son propre cœur; se sentantincapable.de lutter plus longtemps contre une passion criminelle dont elle n'était pas plus maîtresse que son beau-père lui-môme ; affolée, désespérée, M"*^ de Tagny avait cherché un refuge dans la fuite.

Cette séparation dont elle avait courageusement pris l'initiative aurait dû, elle l'espérait, apaiser les désirs coupables de M. Dauviller; elle n'eut d'autre

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résultat que de les surexciter et d'exaspérer Maurice.

La vie d'autrefois recommença. Le mari se livra sans contrainte à ses emportements ; sa femme lui devint cent fois plus odieuse, et, à plusieurs reprises, le commissaire de police, averti par la rumeur publique, dut intervenir, lui adresser de sévères remontrances, le menacer de poursuites correctionnelles.

Au bout de trois mois, M'"^ Dauviller n'y pouvant plus tenir, et redoutant une catastrophe, pensa que le retour de sa fille était seul de nature à apaiser son mari. Ignorant la cause réelle et directe de son départ furtif et les obsessions qui l'avaient déterminée, elle pria Félicie Des Essarts d'écrire à Huguette, de la supplier de revenir...

Après deux refus successifs, M"^ de Tagny céda, se laissa fléchir. Ne lui disait-on pas qu'il s'agissait peut-être de sauver la vie à sa mère et d'épargner à M. Dauviller un meurtre ? Avait-elle le droit d'hésiter? Maurice ne lui avait-il pas écrit de son côté, en cachette, et ne lui jurait-il pas de ne jamais renouveler ses tentatives de séduction ?

Elle obéit ! . . . La fatalité qui pesait sur eux tous la ramena au foyer maudit qui allait être bientôt souillé.

Maurice ne fut que pendant quelques semaines fidèle à sa promesse... Sa rage amoureuse ne tarda

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