‹ L'incesteChapitre 27 sur 212 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pour le calmer, et bien loin de lui savoir gré de son intervention, sa mère était jalouse de l'influence qu'elle exerçait sur lui, et lui fliisait expier le lendemain le service qu'elle lui avait rendu la veille.

Des scènes violentes, presque quotidiennes, éclataient dans le ménage et scandalisaient le voisinage, qui n'en comprenait pas du reste les vrais motifs.

Depuis de longues années, une vieille dame hydropique, habitant seule avec sa nièce et une servante l'hôtel voisin, avait demandé à M""*^ Dauviller, alors M'"° de Tagny, d'établir entre leurs deux immeubles une porte de communication. La cloche d'alarme commune, destinée à appeler des secours d'une maison à l'autre et qui n'avait jamais servi auparavant, retentissait brusquement presque chaque nuit; M"*Félicie desEssarts, jeune personne énergique et dévouée, qui jouissait d'une grande autorité sur tous les membres de la famille Dauviller, s'habillait en hâte, et, laissant sa vieille tante à la garde de la domestique, courait bien vile mettre la paix chez les voisins d'à côté.

— Allons ! voilà qu'on s'assassine encore là-bas! murmurait la vieille hydropique, en maugréant d'être réveillée en sursaut. Nous ne pourrons donc plus dormir tranquilles !

Fatiguée à la longue de cette existence impos-

sible et de ces perpétuelles appréhensions, elle avait décidé de supprimer la cloche d'alarme et la porte de communication et d'abandonner les Dauvillcr à leur malheureux sort, quand tout à coup une sorte d'accalmie se produisit dans le ménage. On ne se disputait plus du matin au soir, on ne se battait plus ; la femme était moins acariâtre, le mari moins dissipé et moins brutal.

En revanche Huguette devenait plus triste encore que par le passé et semblait en proie à des chagrins secrets, dont les dames Des Essarts cherchaient vainement à deviner la cause. Quand Félicie interrogeait sa jeune amie et provoquait ses confidences, celle-ci se taisait, hochait la tête, rougissait, fondait en larmes.

— Non ! je ne puis rien vous dire ! balbutiaitelle d'une voix sourde... Ah! mademoiselle, je suis bien à plaindre ! . . .

— Pourtant, votre mère ne vous maltraite plus ? Votre petit frère me l'a dit...

— Non. Elle est moins méchante, c'est vrai...

— Votre beau-père n'a pas cessé d'être bon pour vous?

Huguette tressaillit involontairement, sans que son interlocutrice remarquât son mouvement de terreur.

— Et il est plus rangé, plus rarement absent ; il ne joue plus, ne s'enivre plus?

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