‹ L'incesteChapitre 3 sur 212 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les fuyards ne se doutaient de rien, ne soupçonnaient aucun danger. Ils croyaient avoir bien pris -leurs mesures et s'être assuré une avance de vingtquatre heures. C'était plus de temps qu'il n'en fallait pour faire le trajet de Poitiers à Paris, et, de là, gagner l'Angleterre, où ils seraient en sûreté, et où ils n'auraient plus rien à craindre.

Malheureusement pour eux, une circonstance fortuite avait déjoué tous leurs plans. Un retour prématuré et imprévu de M""^ Dauviller avait suffit pour les perdre. Ils venaient à peine de monter en wagon, quand rentrant inopinément, après une courte absence, dans sa maison désertée, elle avait eu la révélation soudaine d'une double et effroyable catastrophe qui la frappait à la fois comme mère et comme épouse.

L'anéantissement Causé par l'horrible découverte n'avait duré que quelques instants; la stupeur et le désespoir du premier moment avaient bientôt fait place à la colère. Il fallait à tout prix retrouver la trace des coupables. On savait qu'ils avaient pris le train de Paris à dix heures et demie ; à minuit, M™* Dauviller, accompagnée de son vieux père et du fiancé de sa fille, qui, soit que la passion triomphât chez lui des plus élémentaires répugnances, soit qu'il voulut simplement confondre l'infidèle et provoquer son rival, avait insisté pour être du voyage, M""^ Dauviller, dis-je, partait à son tour pour Paris.

On aurait pu, certes, prévenir l'autorité, faire jouer le télégraphe dans toutes les directions, obtenir de la justice l'arrestation des deux amants. Mais n'était-il pas plus sage, plus prudent, de ne rien ébruiter, d'étoufter le scandale dans son germe, d'éviter tout esclandre, et de laver en famille ce hideux linge sale ? Si l'honneur et le bonheur étaient irrévocablement perdus, ne valait-il pas mieux sauver au moins les apparences ?

Il fut décidé qu'on ne s'adresserait à la Préfecture de police et au Parquet qu'à la dernière extrémité. Dùt-on fouiller tous les hôtels de Paris, on finirait par déterrer l'auteur et la victime ou plutôt la complice du rapt. En matière d'enquêtes de ce genre, comme en toutes choses, on n'est jamais bien servi que par soi-même.

Le hasard les avait mieux favorisés qu'ils n'eussent osé l'espérer, les deux trains entrant en gare à vingt-cinq minutes d'intervalle, et les amoureux ayant commis l'imprudence de s'attarder, sous prétexte de bagages, au lieu de ne descendre du wagon que pour monter en voiture et se mettre en quête d'une retraite.

Quand on s'avise d'enlever une jeune fille ou une femme mariée, on ne s'amuse pas sottement aux bagatelles de la gare. On fuit d'abord, on cache son trésor volé, sans se préoccuper des menus détails de malles, de valises et de sacs de nuit ! Il est si

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