CHAPITRE IX
avait repris assez de force pour être en état de supporter les fatigues d'un voyage, sans compromettre sa convalescence.
Pour éviter quelque incident fâcheux et quelque nouvelle scène de violence de la part de sa fille, le vieillard la fit, un matin, monter furtivement en voiture.
Le soir même ils arrivaient à sa maison de campagne de Mirebeau.
Si la jeune mère était en pleine convalescence, Tenfant, d'après une première lettre reçue de la nourrice, quelques jours avant le dépait pour Poitiers, l'enfant venait à merveille, et cent fois mieux qu'elle n'eût osé l'espérer.
L'excellente Françoise était ravie, et son bonheur rejaillissait sur son nourrisson, qui grossissait à vue d'œil.
Le rouleau de mille francs avait produit son effet sur le volage et insouciant Jean Mathieu. La vue des cinquante pièces jaunes, que le père Nithouard prenait plaisir à compter et à recompter devant lui pour le narguer, l'attirait et le fascinait plus que ne l'avaient fait les chrmes plantureux de sa blonde.
C'était lui maintenant qui craignait de perdre la fiancée si lâchement abandonnée, et de se voir congédier par elle.
Il devenait hypocrite, faisait le bon apôtre, affec-
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tait de se remettre au travail et de renoncer à la rigolade.
Il n'étalait plus cyniquement ses vices et ne se soûlait plus qu'un .jour par semaine, et encore, en compagnie de son futur beau-père.
Si le vieux paysan et la mère Nithouard hochaient parfois la tête en signe de doute sur la sincérité de cette conversion, un peu subite et plus que suspecte, Françoise le défendait contre ses parents.
— Il a une mauvaise tête, mais il a bon cœur, disait-elle. Et puis, ne faut-il pas que jeunesse se passe?
— Bon cœur! bon cœur! C'est à savoir, ripostait le bonhomme. N'empêche qu'il voulait te faire porter ton gosse à l'hospice ! Enfin, puisque tu le veux absolument, épouse-le donc !
Elle l'aimait tant, la pauvre fille ! Elle oubHait tout, elle pardonnait tout !
Elle écrivait à M. Dupuys — ou plutôt à M. Renaud — que les bans étaient publiés, et que, dans quelques jours, elle deviendrait M"^^ Jean Mathieu; qu'elle pourrait relever la tête ; que les deux poupons seraient de la noce, et qu'enfin la moitié de la somme avait été employée, selon le conseil de celui qu'elle appelait : son bienfaiteur, à acheter quelques setiers de terre.
Il va sans dire que la lettre ne fut point commu-