‹ L'incesteChapitre 54 sur 212 · CHAPITRE IX Itl · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX Itl

indiiîcrence, qu'il n'était pas venu la consoler depuis deux jours.

En deux mots elle le mit au courant de la catastrophe volontaire dont Maurice était la victime et de l'affreuse situation où il se trouvait. M. Dupuys resta quelques instants atterré.

— Tu le vois, père, mon infortune a dépassé toutes les bornes ! L'infâme vipère que j'ai portée dans mon sein, et nourrie de mon lait, doit être fière de son œuvre ! Mais ce n'est pas pour te parler de Maurice que j'ai couru après toi. J'ai besoin de savoir, et tu vas me dire ce que tu as fait de l'enfant, où tu l'as mis...

— Rassure-toi, balbutia-t-il avec embarras, il est en sûreté.

— Eh bien, je tiens à le voir! dit-elle froidement. J'en ai doublement le droit, n'est-ce pas? N'cst-il pas le fils de Maurice? N'est-il pas le produit d'un vol fait à ma tendresse ?

Toute cette conversation avait lieu à demi-voix. Ds s'étaient placés sous une porte cochère, pour n'être pas entendus des passants!...

— A quoi bon, ma fille?... Sois raisonnable!... Tu es déjà assez surexcitée. Laisse en paix ce malheureux petit être au sein de sa nourrice...

— Je le verrai, te dis-jel... J'ai hâte de savoir s'il ressemble à Maurice; s'il est aussi beau que son père sera désormais horrible...

Et faisant explosion, n'ayant plus la force de se contenir :

— Oh! je le hais, ce petit monstre, cent fois plus que je ne hais sa mère!... Quelle volupté j'éprouverais à l'étrangler! Un enfant du crime n'a pas le droit de vivre. Les lois et les gouvernements ne devraient pas tolérer une telle souillure...

— Ma fille, dit-il avec une fermeté indignée, tais -toi! Je ne tolérerai pas plus longtemps un langage que la démence ne pourrait excuser!... Ecoute bien ce que je veux te dire. Je t'affirme que tu ne le verras jamais! Crois-moi, restonsen là, et séparons-nous... adieu !

Et il s'éloigna rapidement, laissant M""*^ Dauvil- 1er interdite de la résolution inébranlable de son vieux père.

— Oh! nous verrons bien! murmura-t-elle en reprenant le chemin de la Pitié... Je saurai découvrir sa retraite !

A partir de ce moment, M. Dupuys et M"''^ Dauviller mirent un soin extrême à s'éviter, quand ils venaient, chaque jour^ visiter, l'un, sa petite-fille, l'autre, son mari. Le personnel de la maison ne soupçonnait guère les liens étroits qui les unissaient, ni la tragédie de famille dont le vieil hôpital abritait à la fois les héros et les victimes.

Cependant, M^^^ de Tagny se rétablissait à vue d'œil. Trois semaines après l'accouchement elle

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