‹ L'incesteChapitre 57 sur 212 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

prêtres, envoyaient volontiers leurs filles dans le splendide établissement que les Dames du Sacré- Cœur possédaient et possèdent encore à Poitiers.

Aussi M. Dupuys qui, en sa qualité de subrogétuteur d'Huguette, avait le droit de donner son avis, ne s'était-il nullement opposé à ce que M"* de Tagny fût placée dans une pension cléricale.

Mais quand, après le dénouement de la catastrophe dont nous venons de suivre les péripéties, il vit la jeune fille disposée à s'enfermer dans un cloître pour le reste de ses jours, il en éprouva le plus violent chagrin.

Précisément à ce moment-là, il reçut un jour la visite inopinée de l'ancien fiancé d'Huguette, M. André Tournays.

— Monsieur, lui avait dit le jeune avocat,, ne vous méprenez pas sur le caractère et sur les motifs de ma visite... Quand, il y a quelque temps, vous m'avez, au milieu des douloureuses circonstances sur lesquelles je ne reviendrai pas, signifié un congé définitif, j'ignorais une partie de la vérité, et vous deviez croire en effet que je l'ignorais. Le soir, j'apprenais de la bouche même de M™* Dauviller la situation particulière où se trouvait M"*^ de Tagny.

— Monsieur ! interrompit sévèrement le vieillard, venez-vous me narguer, m'outrager ?...

— Non, cher monsieur Dupuys... laissez-moi

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achever. Bien loin de me refroidir, cet affreux malheur m'a inspiré pour M"^ Huguette une sympathie encore plus vive... Aujourd'hui que ma position s'est améliorée, et que je viens d'être nommé, — comme vous l'avez vu sans doute dans les journaux d'hier, — substitut du procureur général, je viens une fois de plus vous supplier de m'accorder la main de votre chère petite-fille!...

Ce pouvait être là un dérivatif, et M. Dupuys ne donna qu'une réponse évasive.

Mais dès qu'il eut transmis cette demande à la principale intéressée, Huguette ne répondit que par un geste d'horreur et de dégoût.

M. Dupuys n'essaya même plus de combattre sa résolution, et; sur sa demande, il la conduisit à Châtellerault, dans la maison religieuse où elle avait fait son éducation. Elle y entrerait d'abord à titre de pensionnaire.

Plus tard elle prendrait le voile. Elle avait besoin de se recueillir, disait-elle, de rentrer en ellemême, d^expier ses fautes : après l'amour coupable qui avait flétri sa vie, elle ne devait plus connaître et pratiquer que l'amour de Dieu.

L'idée ne lui venait même pas qu'il y avait un autre moyen d'expiation, sinon de réparation ; la pensée de la petite créature qu'elle avait mise au monde ne se dressait jamais devant elle, ou bien elle la chassait avec horreur.

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