CHAPITRE X
tJne seule fois, soit par mégarde, soit avec intention, le vieillard avait risqué une légère allusion. Huguette était devenue livide; ses membres avaient été pris d'une sorte de tremblement. Peutêtre était-ce précisément pour fuir ce spectre du passé, pour échapper à la poursuite de ce remords vivant, pour étouffer ce souvenir, qu'elle préférait s'enterrer entre les quatre murailles d'un cloître.
Si elle restait dans le monde, ce fantôme importun n'assiégerait-il pas sans cesse son esprit?... Pourrait-elle, sans frémir involontairement, voir passer dans la rue une jeune femme tenant dans ses bras un petit enfant ?... Elle aurait beau quitter le Poitou, voyager, s'étourdir; est-ce que partout elle ne trouverait pas des bébés blonds et roses qui sembleraient l'accuser et la réprouver?
Il y avait une autre cause, et la principale évidemment, à ses velléités claustrales. Plus elle s'interrogeait, plus elle s'avouait impuissante à triompher de sa passion pour Maurice. Il continuait plus que jamais à remplir sa pensée et son cœur...
Plus cet amour était criminel, plus elle en rougissait, moins elle réussissait à l'éteindre. Ses nuits étaient troublées par d'affreux cauchemars de volupté. Elle se réveillait en sursaut, inondée d'une sueur froide... A chaque heure, à chaque minute^ l'image de Maurice lui apparaissait... Vainement
elle tentait de s'échapper des bras amoureux qui la pressaient, de repousser ces lèvres fantastiques qui s'approchaient de ses lèvres, de s'arracher à ces transports imaginaires, de crier, d'appeler!... C'était une obsession de tous les instants...
Hélas! ce fut bien pis encore au couvent. La voix et les carresses du bon grand-père n'étaient plus là pour faire diversion aux tortures intimes du cœur et de la chair... Ce fut un véritable suppHce. Au lieu du repos et de l'oubli qu'elle avait cherchés, elle ne trouvait qu'une aggravation de tourments.
Il y avait six mois qu'elle était chez les religieuses de Châtellerault, quand un jour, n'y tenant plus, fatiguée de la lutte intérieure qui la minait, vaincue, à bout de forces, elle pria son père de la ramener à la maison.
A tout prix, et quoiqu'il arrivât, quoi qu'il lui en coûtât, quelque nouvelles catastrophes qui pussent fondre sur elle, elle voulait revoir Maurice, dont elle n'avait appris que d'une manière fort vague la tentative de suicide.
A peine réinstallée chez son grand-père, elle écrivit secrètement à M. Dauviller et lui donna un rendez-vous.
La maladie de Maurice, on le comprend, avait été bien longue. Et si, dès le premier moment, les habiles chirurgiens de la Pitié avaient cru pouvoir