‹ L'incesteChapitre 6 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

que vous les aviez sous la main et que vous les laissez maladroitement échapper ? Ah ! je vois bien que vous ne me servirez pas à grand'chose ni l'un ni l'autre, et que je ne dois compter que sur moimême !

— Mais, chère madame, objecta timidement le jeune homme, ne devions-nous pas, monsieur votre père et moi, songer avant tout à vous secourir?

— Avant tout, il fallait songer à me les ramener. . . Il ne manquait pas de gens pour me venir en aide... Et puis, le grand malheur quand je serais morte ! Pourquoi ne me suis-je pas tuée dans ma chute!... Et vous prétendez aimer cette malheureuse?... Tenez, monsieur André Tournays, vous n'avez jamais convoité que sa dot!... et vous jugez sans doute que son argent ne partage pas son déshonneur et sa flétrissure !

— Vous êtes bien cruelle, madame, et bien injuste ! reprit le fiancé en rougissant. Si je persiste à adorer M"*^ Huguette, si je lui pardonne une heure d'égarement, un acte de folie, c'est que, malgré tout, je la crois pure encore...

— Pure ! répliqua la mère avec un sourire de mépris et de haine, pure ! une fille qui, quinze jours avant son mariage, se fait enlever et va courir la prétentaine!... Et avec qui? Avec... oh! je ne puis pas achever... ces horreurs-là ne se disent pas !... avec... Vous ne voyez donc pas la rage, et

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le dégoût et la fureur qui s'emparent de moi à cette seule pensée ?. . . Et vous leur avez permis de s'échapper ?. .♦. Et quand vous n'aviez que vingt pas à faire pour ressaisir la drôlesse et les deux cent mille francs de dot que lui a laissés son père, vous vous amusez à ramasser une belle-mère sur le pavé ?... Ah ! vous me faites pitié !

— Tais-toi ! tais-toi ! La douleur t'égare ! murmura le vieillard en pleurant... N'accable pas cette pauvre enfant... Réserve ton indignation pour celui qui l'a perdue ! Et ne rebute pas ce brave garçon qui consent à lui rendre l'honneur. . .

— Dites : à lui vendre !. . . ce sera plus exact.

— Madame! madame! balbutia André... je vous pardonne vos outrages...

— Je ne vous outrage pas, je dis la vérité... Mais si vous tenez tant à ne pas rompre le marché, tâchez au moins de retrouver la marchandise... Epousez donc M^^*= Huguette de Tagny, si le cœur vous en dit, et si elle y consent. Vous êtes digne d'elle, et elle est digne devons... Cela m'épargnera une honte de plus, celle de la faire enfermer dans une maison de correction...

— Tu oublies que c'est ta propre fille que tu traites ainsi, malheureuse! s'écria le vieillard...

— Ma fille ? non ! Il n'est pas possible que j'aie donné le jour à une pareille créature ! Je la renie, je la repousse... Elle est moralement plus morte

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