‹ L'incesteChapitre 7 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour moi que mon premier mari, son père, ne Test matériellement... Vous imaginez-vous donc que si je cours après elle, c'est pour la presser dans mes bras?... Non!... M"* Huguette de Tagny m'est devenue une étrangère, une ennemie... pire que cela encore ! ... Et si jamais je l'embrassais, ce serait pour l'étoufFer !

M. Dupuys sanglottait et se demandait si Mme Dauviller n'était pas en proie à un subit accès de démence. Il commençait presque à redouter le succès des démarches qu'il allait tenter. Résolu à se rendre immédiatement chez le préfet de police et à mettre en campagne tout le service de la sûreté, il tremblait devant le retentissement de l'affreuse aventure. Il serait mort de chagrin si l'idée qu'il était pour l'avenir l'unique protecteur, le seul défenseur et le seul appui de sa chère petite-fille ne l'avait retenu à l'existence.

— Hélas ! pensait-il, qui m'eût dit, quand je la faisais sauter jadis sur mes genoux, et quand naguère encore elle me présentait à baiser son front virginal et ses joues rosées; quand tout en elle respirait l'innocence et la candeur, qui m'eût dit que toutes mes joies allaient si brusquement se changer en larmes ! qu'un tel désastre allait fondre sur ma famille, et que nous allions être jetés dans un abîme d'infamie et de désespoir ?

Il y avait pour lui en tout ceci quelque épouvan-

table fatalité, qu'il devait être temps encore de conjurer... Il se refusait à croire que le misérable suborneur eût consommé son crime. Le moindre retard pouvait rendre le malheur irréparable.

Il allait donc transporter M""^ Dauviller dans le premier hôtel venu, l'y laisser sous la garde d'André Tournays, et il se rendrait à la préfecture de police.

Un employé, à qui l'on avait remis le bulletin des bagages en le priant de commander une voiture, entra tout effaré dans le petit salon mis à la disposition de la blessée :

— Pardon, monsieur, dit-il, est-ce que vous n'avez rien perdu ?

— Je ne pense pas, répondit le vieillard.

Et il interrogea du regard sa fille et leur compagnon de voyage.

— Non ! dit-il, rien ! Pourquoi cette question ?

— Au moment de l'accident, madame, par exemple, n'aurait pas laissé tomber un sac en cuir de Russie ?...

— Non!...

— Pourtant, insista l'employé.., cela ne peut appartenir qu'à vous... Vous paraissez si ému, que vous ne vous souvenez peut-être pas... 11 y a un quart d'heure, j'ai trouvé un sac égaré par un voyageur, et sur lequel j'avais lu un nom et une adresse ; or, je viens de voir sur vos bagages exactement la

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