CHAPITRE X
bituerait peu à peu à cette existence nouvelle. S'il avait honte de lui-même quand il lui arrivait de sortir dans la rue; s'il rougissait de chagrin et d'humiliation en voyant les regards de pitié que lui lançaient les passants, en constatant le mouvement instinctif d'effroi que son seul aspect produisait sur les étrangers, il était sûr de trouver un refuge, une consolation dans les bras de sa femme.
La rupture était définitive entre M"* Dauviller et son père. Elle ne l'avait pas revu depuis le jour où il avait refusé de lui révéler la retraite de l'enfant d'Huguette. Pas une lettre n'avait été échangée entre eux, et c'était indirectement qu'ils avaient eu des nouvelles les uns des autres.
Mais la mère outragée ne renonçait pas à sa vengeance. Si elle avait dû, d'abord, se consacrer sans réserve à son cher malade, elle ne désespérait pas de finir par retrouver les traces de la petite créature qu'elle haïssait. Il y avait, d'ailleurs, dans cette recherche un mobile intéressé. Elle tremblait que M. Dupuys^ qui ne pouvait légalement laisser aucune part de sa fortune à l'enfant de l'inceste, ne l'avantageât de son vivant et ne détournât ainsi une fraction de son héritage.
Sous le prétexte très plausible et tout naturel de déménager et de faire transporter à Tours le mobilier garnissant l'appartement loué pendant la maladie de Maurice, elle partit pour Paris, se pro-
mettant de profiter de l'occasion pour se livrer à une enquête. N'avait-elle pas déjà un point de départ ? N'avait-elle pas appris à l'hôpital môme que le petit être avait été déclaré à la mairie du douzième arrondissement, inscrit sous les prénoms de Maxime- René, et qu'il avait été confié à une nourrice de la rue Copeau ?
Là, il est vrai, on lui avait affirmé ne rien connaître de cette affaire. Mais peut-être serait-elle plus heureuse en s'adressant à la Préfecture de police.
Son titre de grand'mère, qu'elle n'invoquerait pourtant pas sans répugnance, justifiait amplement ses démarches.
Maurice ne s'était point opposé à cette séparation de quelques jours, et n'avait aucunement manifesté le désir d'accompagner sa femme. Elle était partie, bien tranquille ; le caractère volage de son mari ne pouvait plus guère lui causer d'appréhension.
Ce fut justement pendant cette absence qu'il reçut un matin, à sa grande surprise et à sa vive émotion, une lettre de M^'* de Tagny. Elle lui était apportée par une vieille servante toute dévouée à Huguette, et qui avait fait exprès le voyage. Elle devait chercher une occasion favorable pour la lui fi^ire remettre secrètement, en mains propres. M""^ Dauviller, comme elle l'avait appris des voi-