CHAPITRE X
assurer qu'il n'y aurait pas de dénouement fatal, leurs prévisions étaient à la merci de complications toujours possibles.
Dans tous les cas, la guérison devait se faire attendre bien longtemps; et M. Dauviller devait rester, comme je l'ai dit, affreusement mutilé.
Sa femme se montra admirable de dévouement et de sollicitude. Elle s'était immédiatement occupée de louer un appartement à Paris, de faire venir deux de ses domestiques et d'y faire transporter son mari dès que son état le permit. Pendant de longs mois elle ne quitta pas son chevet. Le jour et la nuit elle était à ses côtés, ne voulant jamais l'abandonner, même pour un instant, à des soins mercenaires.
Sa tendresse avait puisé dans l'expiation volontaire qu'il subissait des forces nouvelles. Elle l'aimait bien plus encore qu'alors qu'il passait pour être, ce qu'il était en effet, l'un des plus beaux garçons de la ville de Poitiers. Si horrible que dût être sa laideur, elle s'y résignait avec cette abnénagation qui, chez certaines femmes passionnées, arrive parfois jusqu'au plus sublime héroïsme.
A l'avenir, du moins, elle n'aurait plus de motifs de jalousie; elle n'aurait plus à craindre de rivales! Il lui serait forcément fidèle ; si elle s'avouait avec douleur qu'il l'avait épousée malgré lui, comme contraint et forcé, qu'il n'avait jamais eu pour elle
que de la froideur et de l'indifférence, sinon de l'aversion, ne serait-il pas touché, à la fin, d'un amour conjugal que n'affaiblissaient ni le plus sanglant des outrages, ni la laideur repoussante à laquelle il était condamné ?
Pouvait-elle hésiter à pardonner à l'époux doublement et si odieusement coupable ? N'était-il pas assez cruellement châtié ? Et puis la reconnaissance ne lui assurait-elle pas la possession exclusive d'un cœur qui lui avait été si obstinément fermé ?
— Il m'appartient maintenant, et pour la vie ! s'écriait-elle avec une sorte de joie sauvage... S'il fait horreur aux autres femmes, moi, je le verrai toujours tel qu'il était autrefois ! Maurice ! mon bien-aimé Maurice, que t'importeront les répulsions de l'univers entier, si je te trouve beau, moi ! , . .
Huit mois s'étaient écoulés. Maurice était à peu près guéri. M""^ Dauviller, après avoir loué sa maison de Poitiers, avait acheté près de Tours, au bord de la Loire, une charmante propriété, où elle s'était installée avec son mari et son petit garçon. Ils s'étaient juré tous les deux de ne jamais remettre les pieds dans une ville qui avait été le théâtre de l'épouvantable scandale où avait sombré leur bonheur.
Là ils vivraient isolés, sans relations mondaines, se suffisant l'un à l'autre. Le pauvre défiguré s'ha-