‹ L'incesteChapitre 76 sur 212 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— Vous voyez bien que le plus sage serait pour moi de rester vieille fille !

M. Dupuys savait trop que M"* de Tagny n'était pas faite pour un célibat perpétuel, qu'elle avait dans le sang des ardeurs, dans l'imagination des dévergondages qui voulaient à tout prix être assouvis et satisfaits!...

Sur quelle pente affreuse ne glisserait-elle pas? Dans quel abîme de dépravation ne risquerait-elle pas de tomber^, quand il ne serait plus là pour veiller sur elle, et que, dans la pleine floraison de ses vingt ans, elle se trouverait maîtresse de ses actions, abandonnée à elle-même, livrée à toutes les excitations de ses sens?...

— Vieille fille ! répéta-t-il en frémissant. Non ! Cela m'épouvante.

— Eh bien, alors, mariez-moi avec n'importe qui, au hasard, dussé-je être malheureuse !...

— Toutes les éventualités que nous entrevoyions tout à l'heure disparaîtraient si tu avais épousé André !... Avec lui, pas de confession à faire, puisqu'il savait tout! Pas de divulgations à redouter puisqu'il t'acceptait telle que tu étais, puisqu'il acceptait la situation!... M. Tournays, vois-tu, ma fille, c'était pour toi le salut; aussi je déplore plus que jamais...

— Ne déplorez rien; cela ne servirait pas à grand'chosc. A quoi bon ? Il est trop tard main-

tenant. . . Et à moins de me casser la tête contre les murs, ou de me jeter à la mer...

— Mon enfant ! mon enfiint ! Tais-toi, tu me fais mal!

— Rassurez-vous, bon vieux grand-père! ditelle en lui sautant au cou... je n'en ai pas la moindre envie... Il y a quelque temps c'était une autre affaire... Aujourd'hui, je suis devenue indifférente à tout. Rien ne saurait plus m'émouvoir ni me troubler. La vie ou la mort, la joie ou la douleur, me sont également indifférentes !... Et, comme je n'ai qu'une affection au monde : vous, comme je n'ai qu'une haine : M™® Dauviller, je ferai exactement ce qu'il vous plaira. Je me jetterai froidement dans les bras d'un mari quelconque, comme je me laisse enlacer, sur la plage, par les robustes bras d'un grossier baigneur !

Huguette et son grand-père, pour n'avoir plus à se trouver en présence du substitut à la cour impériale de Poitiers, résolurent de ne plus reparaître ni aux bains, ni au Casino, ni dans la ville, et de hâter leurs préparatifs de départ.

Où iraient-ils ? Ils n'en savaient rien encore. Ils hésitaient entre Vichy et Bagnères-de-Luchon.

Le surlendemain, leurs malles étaient prêtes, leurs comptes réglés avec les fournisseurs et avec le propriétaire de leur maison. Les chevaux de poste étaient commandés. Ils devaient partir deux

Page 1