‹ L'incesteChapitre 79 sur 212 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le jeune substitut fut introduit, s'avança d'un pas oblique avec force courbettes :

— Me pardonnerez-vous, monsieur, mon indiscrétion et mon importunité ?... J'avoue qu'en venant passer aux Sables les premiers jours des vacances judiciaires, je n'eusse jamais espéré... Mon étonnement, avant-hier soir, en vous apercevant au casino avec M"^ de Tagny, n'était égalé que par la joie immense que me faisait éprouver cette rencontre si fortuite, si providentielle...

— Rencontre bien étrange, en effet, monsieur !

— Je suis un peu fataliste, je ne vous le cache pas... Et puisque le hasard se chargeait de nous remettre ainsi en présence, j'aurais cru manquer à tous mes devoirs si je n'étais venu vous rendre visite...

— Et vous avez bien fait, monsieur ! répondit M. Dupuys avec un sourire cérémonieux...

Ce début de l'ex-soupirant était assez habile. H écartait tout d'abord le spectre désagréable de l'agent matrimonial dont le hasard n'était que le complice...

— Il n'est décidément pas trop bête, ce garçon-là! pensa Huguette qui avait l'oreille collée à la serrure...

Après les banalités d'usage, et dès que la glace eut été rompue, Tournays, qui n'ignorait pas que les moments étaient comptés, que cette entrevue

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allait être décisive, qu'il fallait emporter la place par surprise, ou opérer une retraite désastreuse ; TournaySjS'nrmant de courage, dit tout à coup avec une certaine solennité :

— Monsieur Dupuys, me permettrez-vous d'être sincère jusqu'au bout, de vous ouvrir mon âme tout entière ?

— Parlez, monsieur; je vous écoute.

— Vous comprenez bien, monsieur, ce que je voudrais... ce que je n'ose vous dire...

Et il baissait la tête avec une tristesse affectée, rougissait, se troublait.

— Mes sentiments n'ont pas changé ! continuat-il. Ce que j'étais il y a an; ce que j'étais il y a huit ou neuf mois, quand vous m'avez reçu pour la dernière fois, je le suis encore aujourd'hui. Et le sort, apparemment, me défend de renoncer au rêve que j'avais osé concevoir, puisqu'il prend soin de me ramener, à mon insu, en face de JVP^^ Huguette !... Oh ! ne me raillez pas, M. Dupuys.

— Vous railler, mon cher monsieur André!...

— Ne m'en veuillez pas de revenir une fois de plus à la charge, de vous ouvrir mon cœur... Et-ce ma faute si ne suis pas maître de ses battements ?... Ne voyez-vous pas que j'aime plus que jamais M^^^ de Tagny?... Combien je serais heureux si vous vouliez bien m'accorder sa main ! . . .

M. Dupuys s'attendait bien à cette conclusion. Il

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