CHAPITRE XIII l6l
accueillit la demande avec bienveillance. Mais il était indispensable qu'il la transmît à la principale intéressée. Il ne dissimula point que sa petite-fille éprouvait pour le mariage la plus vive répugnance, qu'elle avait refusé récemment de très beaux partis, qu'elle manifestait depuis quelque temps le désir d'entrer en religion; que pourtant il tenterait auprès d'elle un dernier effort. Il l'invitait, du reste, à revenir le lendemain, et qu'il pourrait lui donner alors une réponse définitive...
André se retira radieux. Le vénérable M. Dupuys n'avait pas su cacher la satisfaction secrète qu'il ressentait de cette démarche.
— Allons ! L'affaire est dans le sac ! murmura-til, dès qu'il eut franchi la grille de la villa. J'en étais sûr! Mieux vaut pour elle, en somme, un mari comme moi qu'un inconnu déniché dans une agence matrimoniale!... Seulement, j'ai le droit de me montrer plus exigeant, et je ne me contente plus des deux cent mille francs de sa dot primitive. Je vaux bien les six cent mille francs dont m'avait parlé l'intermédiaire... Evidemment le vieux ajoute quatre cent mille francs de sa poche... Enfin, nous nous entendrons toujours sur le chiffre. Je suis désintéressé, moi!
Huguette n'avait même pas attendu le départ du prétendant pour faire décommander les chevaux de poste : et quand elle rentra dans le salon, et que le
grand-père se mit à lui raconter les détails de l'entretien :
— C'est inutile ! dit-elle. J'étais derrière la porte; j'ai tout entendu.
— Et que comptes-tu faire ? Que décides-tu ?... Si tu le préfères, réfléchis jusqu'à demain matin...
— A quoi bon! c'est tout réfléchi...
— Alors tu refuses ?
— Non! j'accepte, répliqua la jeune fille d'un ton délibéré et avec autant d'indifférence que s'il se fût agi d'un achat insignifiant.
— A la bonne heure ! Bravo mon enfant ! fit M. Dupuys en l'embrassant... Je serai désormais tranquille sur ton avenir. André te rendra heureuse...
— Heureuse ou malheureuse, ce n'est pas la question... Autant lui qu'un autre!... Et il a sur tout autre un avantage, c'est qu'en m'épousant, il n'aura pas plus d'illusion sur moi que jen''en ai sur lui...
— Oui, oui, tu as raison... C'est justement ce ce que je te disais avant-hier... Cependant, je t'en prie, tâche de n'être pas trop froide avec lui...
— Sois sans crainte..., je ferai de mon mieux. Et puis, dans tous les cas, ma dot ne lui paraîtra jamais froide. Songe que c'est surtout ma fortune qu'il épouse... Qu'importe? Je veux me marier;