CHAPITRE I
séculaires qui les entouraient et les ombrageaient, écourté par une hardie percée diagonale, les rues Saint-Dominique, de Lille et de l'Université, le noble faubourg, triste et maussade, n'était guère recherché par les parvenus de la fortune. Il gardait avec un soin jaloux son aspect sévère et semblait défier toute transformation, toute tentative d'Hausmannisation.
Mais tout cela est bien changé depuis quelques années, et le quartier n'a plus rien de son ancien caractère. Devant l'invasion des hommes d'argent, les gens titrés ont transporté ailleurs leurs pénates. Ils ont cessé de se parquer dans cette région particulière, et l'on a vu des princes royaux se faire construire des demeures presque dans les terrains vagues de Chaillot...
Les différentes classes sociales ont cessé de se distinguer par ce que les zoologistes appellent leur habitat. Tous les mondes se sont un peu mêlés. Il n'y a plus un abîmée infranchissable entre le faubourg Saint-Germain et le faubourg Saint-Honoré, entre la Chaussée-d'Antin et les Champs-Elysées. Les architectes se sont chargés d'opérer la fusion des races et des castes. La naissance et le million ont dû confondre leurs deux orgueils; et l'achèvement de cette large voie courbe dont la Seine forme la corde a imposé à la première le voisinage du second.