Emp. lib., XIV, i, 5, pp
14 juillet, que Paris est rugissant d'enthousiasme. Ce n'est pas la même chose en province, on est consterné 4.
Michelet avait donc raison d'écrire au Rappel le 40 juillet : « Personne ne veut la guerre. Or, on va la faire, ou faire croire à l'Europe que nous la voulons. Des milliers de paysans ont voté hier à l'aveugle. Pourquoi ? Croyant éviter une secousse qui les effrayait, est-ce qu'ils ont cru voter la guerre, la mort de leurs enfants ? »
« Le souverain qui se glorifie du titre d'Empereur des paysans, écrit pareillement le Times2, ferait bien, avant de marcher sur le Rhin, de s'assurer si les huit millions de votants qui l'ont soutenu sont aussi impatients de venger Sadowa que les quelques centaines de politiciens bruyants des boulevards. »
Médiocre argument, médiocre excuse que l'opinion publique. Cela ne vaut pas.
Quelle a été dans la crise l'attitude du Cabinet français? Le témoignage de M. Ollivier est à peu près le seul qui nous permette de nous représenter les séances du conseil des ministres. Il nous a montré quelle était l'attitude du ministre de la Marine. L'amiral Rigault de Genouilly ne discutait pas; quand il avait une opinion à faire prévaloir, il disait : c'est à prendre ou à laisser.
d. Correspondance, t. VI, à M"" Edmond Adam. 2. Article cité par le Temps du 7 juillet.
Le maréchal Le Bœuf ne savait pas mieux que lui ce qu'il faut entendre par la responsabilité et la solidarité ministérielles, mais il était quelquefois étonné des incertitudes et des contradictions de ses collègues, et il les relevait sans ménagements. Le 13 juillet au matin, c'est un aide de camp du prince impérial qui lui annonce, dans l'antichambre de la salle du Conseil, qu'on a demandé des garanties. Le maréchal « bondit ». Il entre dans la salle comme un furieux, il fonce sur M. de Gramont et sur M. Ollivier. » Qu'est-ce que ces garanties? La querelle recommence et je l'ignore? Mais j'ai arrêté mes préparatifs!. . . Gela ne peut pas durer. . . Il faut absolument que je sache, ce matin, si c'est la paix ou la guerre1. »
Après le conseil, il suit l'Empereur dans ses appartements, rentre dans la salle « agité et soufflant ». jette son portefeuille sur un meuble et parle sans bienveillance des niaiseries da Cabinet qui trahit l'Empereur. C'est ce que M. Ollivier appelle avec indulgence « des mouvements désordonnés d'une âme militaire ».
Le 14, à 4 heures, le Conseil a décrété l'appel des réserves et le maréchal se lève pour aller au ministère faire exécuter le décret. A peine a-t-il refermé la porte qu'il se ravise; il rentre et dit : « Messieurs, ce que nous venons de décider est très grave, mais on n'a pas voté. Avant de signer le rappel des réserves, je réclame un vote nominatif. » « Il nous interrogea lui-même, l'un après l'autre, raconte M. Ollivier, en commençant par moi et en finissant par l'Empereur.