‹ L'Incident HohenzollernChapitre 109 sur 159 · Voir, plus loin, pages 226 et · texte numérisé non relu

Voir, plus loin, pages 226 et

Après la séance du 15 juillet, le Journal des Débats écrira : «... Nous renonçons à des discussions désormais inutiles... le drapeau est engagé; nous nous apprêtons à le suivre. » Ce journal est aussi français que ceux de l'Empereur. Mais il a écrit le 7 : « L'annonce de la nouvelle candidature au trône d'Espagne a causé en France une surprise qui ne nous semble pas justifiée et une certaine irritation qui nous paraît au moins prématurée », et c'est John Lemoine qui signe l'article. Le 12, c'est Ernest Bersot qui parle d'hésitations que n'ont pu dissiper ni la déclaration de M. le ministre des Affaires étrangères, ni les acclamations de la droite, ni les déclamations d'un certain nombre de journaux, et il ajoute : « Nous avons des raisons de penser qu'une partie de la nation est dans le même état que nous. » Il dit encore très finement « qu'en consultant la presse, l'on pourrait croire que l'opinion est surexcitée quand elle ne l'est pas ». Le 10, le rédacteur du Premier Paris donne un avertissement salutaire : « Que le Gouvernement soit bien convaincu que les journaux qui paraissent souhaiter la guerre et qui l'appellent de leurs vœux ne représentent pas l'opinion publique. »

Après la déclaration ministérielle du 6, un journal catholique, le Français, remarque : « Est-il sage de la part du Gouvernement français d'engager ainsi, dès la première heure, toute sa politique? »

Le thème du Bulletin du jour n'est pas différent dans le Temps du 7 juillet : « Ce n'est pas une raison pour que l'on se départe de la politique expectante qui convient seule à la situation et qui est peut-être encore le meilleur moyen d'empêcher la réussite

définitive de la candidature du prince prussien. »

Le 16, l'alsacien Nefftzer écrira : Aujourd'hui nous trouvons la Prusse trop grande et nous voulons lui donner une leçon, le succès militaire est probable : nous devons l'espérer et nous croyons que nous pouvons l'espérer sans forfanterie. Mais les résultats politiques seront, nous le craignons, illusoires. Dût la Prusse voler en éclats, on ne ramènera jamais l'Allemagne à son ancien état d'impuissance et de morcellement. Nous avons pu contribuer à l'en faire sortir, mais nous ne pourrons jamais l'y faire rentrer. »

Ces articles sont sérieux, graves peut-être ; les rédacteurs raisonnent un peu mieux que celui du Gaulois qui exulte après la déclaration ministérielle du 6 : le Gouvernement a vengé la France. « Si ce dernier affront avait été toléré, s'écrie le journaliste très parisien, il n'y eût plus eu une femme au monde qui eut accepté le bras d'un Français. Maintenant l'honneur est sauf. »

Claveau, assagi par l'âge et l'expérience, a raconté plus tard * comment il faisait des mots dans le Peuple avec des jeunes gens qui confondaient la blague avec la politique. « Si le Père Antoine n'est pas de moi, il est d'Hector Pessard, aussi animé que nous et qui, dans je ne sais plus quel journal, déclarait chaque jour la guerre à la Prusse. Nous demandions si le Gouvernement français allait tendre au Père Antoine le rameau d'olivier. »

C'était évidemment très spirituel, et ces jeux de mots faisaient fureur sur les boulevards. Il est fâcheux

1. Souvenirs politiques et parlementaires d'un témoin, I, p. 339, Paris, 1913.

qu'ils aient produit de l'impression sur les ministres qui auraient mieux fait de s'inquiéter du tirage des journaux d'opposition. Le D.ombre des abonnés du Temps passait de 7.500 au 30 juin 1870 à 9.130 au 31 juillet, la vente au numéro donnait un tirage moyen de 6.500 par jour en juin, et de 7.500 en juillet. Au prix où se vendait le numéro avec le droit de timbre, un pareil tirage représente un nombre de lecteurs trois ou quatre fois égal à celui des exemplaires.

Un journal étranger, très ami de la France, Y Inde' pendance Belge, recevait de Paris des correspondances très bien faites. « D'après tout ce qui nous revient de cette capitale, y disait-on le 10 juillet, il n'est pas possible de nier que le Gouvernement français soit sur la pente de la guerre, et, ce qui plus est, à voir comme il mène la chose, et comme on parle en son nom, il devient difficile de ne pas penser qu'il marche à la guerre de propos délibéré. »

Un pareil langage qui est d'accord avec celui de tous les diplomates français à l'étranger est tout de même plus impressionnant que les plaisanteries et les fanfaronnades des feuilles mondaines ou gouvernementales.

Et, si les défenseurs de MM. de Gramont et Emile Ollivier font état des manifestations dirigées contre l'ambassade d'Allemagne pour soutenir que les Parisiens désiraient la guerre, on leur répondra qu'il se trouve toujours dans les grandes villes des braillards et des gens sans aveu pour organiser quelques désordres que les Gouvernements qui se respectent sont les premiers à regretter et à désavouer.

Il y a plus. L'opinion de Paris n'est pas toute l'opinion. On lit bien dans les rapports des préfets sur l'esprit public des notes comme celle-ci : « L'élan patriotique qui s'est manifesté dès les premiers jours va croissant... l'état de l'opinion est excellent1. » Ou encore : « Les populations ont approuvé, sans hésitation, la politique du Gouvernement2. » Ou encore : « Jamais l'opinion publique n'a ratifié avec tant d'enthousiasme la politique du Gouvernement 3. »

Gomme c'est vague, et que ces fonctionnaires sont peu bavards ! A côté de ces rapports du mois de juillet destinés à prendre place dans des cartons et qui déjà ne sont pas très belliqueux, il y avait ceux du mois précédent qui l'étaient moins encore. Un honnête homme, qui avait servi l'Empire comme magistrat et comme ministre, écrira : « Le ministre de l'Intérieur avait les rapports de ses préfets, qui constatent presque tous un ardent désir de la paix dans les provinces et surtout chez les populations rurales *. » M. Ollivier lui-même avoue qu'au-dessous de la portion politique de la nation, la masse agricole restait paisible, beaucoup plus préoccupée de la sécheresse, que des périls d'une royauté prussienne en Espagne 5.

Planchut m'écrit de Paris, disait George Sand, le

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