CHAPITRE XI
Mlla de Lépinière fat transportée dans une chambre du château de Primelles, où la nourrice Ursule s'occupa de la déshabiller et de la mettre au lit, avec l'aide de la vieille Jeannette Labrande et de ses filles Francine et Marion. Stupide d'épouvante, Margot Larçonnière était tombée en pâmoison dès qu'elle eut vu tout le sang qui inondait la jeune fille et avait collé sa chemise au corps. Quant à Mme de Primelles, le mauvais état de sa santé l'obligea à ne pas quitter sa couche. On dut se contenter de cette excuse, et sur les quatre paysannes retomba toute la charge de cette blessée qu'on avait craint de voir passer de vie à trépas au premier moment. Les soins intelligents de ces simples femmes des champs réussirent à ramener la vie dans ce corps frêle que l'on avait cru tout d'abord inanimé pour jamais.
Quand le vieux médecin de Lunery arriva
L'i NCOMF A II \ BLE FLOR1MOND
lOf sa mule Toineau à deux heures du matin. Catherine n'avait pas repris complètement connaissance, mais la vie luttait contre la mort, ce qui se sentait à l'irrégularité du pouls. Deux autres médecins, accourus de Bourges, ne purent que constater, au lever du jour, l'état de la blessée, sans oser donner de L'espoir. L'apothicaire qu'ils avaient amené maniait ses dm gués, et le curé de Primelles, à genoux dans un coin avec son sacristain, priait, en attendant d'administrer les derniers sacremr mourante.
C'est alors que, d- 1 1 porte soigneuse-
ment close, on entendit des coups pr< des cris et des menaces. Louis-Antoine, qui s'était sauvé en sautant par une fenêtre de la chambre où Robert de Hustigny se flattait de le tenir enfermé, menait un tapage infernal et menaçait de se tuer si on ne lui ouvrait pas. Aux éclats de cette voix tour à tour suppliante et furieuse, M11' de Lépinière remua légèrement. La pâleur affreuse de ses joues disparut pour faire place à une teinte rosée. Elle entrouvrit les yeux, se guinda sur ses coudes, releva li tète et murmura :
— Est-ce toi, mon Louis-Antoine?... Ah!
viens, viens ici près de moi !
Un débat s'éleva alors entre les trois médecins. Si le plus vieux était d'avis qu'on obéit au désir de la blessée, puisque, seul, le son de cette voix avait pu réveiller la jeune fille de la
léthargie fatale où elle paraissait s'enfoncer, les deux autres prétendaient que l'émotion pouvait tuer tout net la malade. Et, «à l'appui de leurs dires, ils montraient l'appareil de bandes disposé autour du cou et du buste et sur qui, à chaque effort de Catherine et en dépit de la charpie et du cérat, s'élargissaient des taches pourprées. « Les blessures se rouvriraient et la patiente s'éteindrait, privée de sang, ainsi qu'une lampe sans huile. »
Le curé de Primelles se rallia pourtant à l'opinion du médecin de Lunery. Il obtint que Louis- Antoine serait introduit, à cette condition qu'il garderait le silence et se retirerait aussitôt qu'on le lui ordonnerait. Le jeune baron, ainsi prêché à travers la porte, promit tout ce qu'on voulut. S'échappant des mains de son oncle, qui, mal aidé par Robert de Rustigny, s'obstinait à le vouloir retenir, il entra sur la pointe de ses pieds déchaussés, encore tout mouillé par Feau du fossé où il avait barboté pour s'évader. Ses pauvres vêtements ruisselaient moins d'eau que son visage de larmes, et il sanglotait si fort qu'aucune parole ne pouvait sortir de sa bouche. Il tomba à genoux près du lit, tendit les bras vers celle qui était tout pour lui en ce monde, et sa face bouleversée criait dans son mutisme un tel désespoir que tous les assistants courbèrent la tête, frémissants d'émotion.
Catherine alors parla :
— Louis-Antoine, dit-elle d'une voix si faible qu'on en pouvait à peine percevoir les accents a deux pas de la couche, mon cher Louis-Antoine, ne te désole pas ainsi!... Vois, je te reconnais, et même je me sens déjà mieux depuis que tu M 11 près de moi — Tu le vois, je suis entourée de soins... et en train de guérir... Il y a si longtemps que je suis couchée ici... Cela ne serait rien si une bête ne me mordait la tête... Non, non, tu m'attendras, et je volerai encore à l'oiseau... avec toi, Louis- Antoine... Oui... à l'oiseau... Pourquoi me frappe-t-on toujours sur le cou?... Ah!... Louis...
Un hoquet rompit sa voix qui s'élevait, chantante, avec le délire. Catherine devint encore plus blanche qu'elle n'était quand on la releva près du fossé. Ses mains jouèrent de l'épinette sur la couverture; sa tête roula entre deux oreillers : elle s'évanouit. Les femmes lancèrent avec leur vinaigre, leurs plumes flambantes, et le curé emmena Louis-Antoine. Il le portait presque, car l'enfant se pouvait à peine soutenir. L'oncle Bouteiller l'entraîna dans sa chambre et commanda qu'on lui changeât ses vêtements, car ses dents claquaient de fièvre.
Louis-Antoine avait appris d'un petit berger courant le long du fossé le malheur de M,le de Lépinière, sans pouvoir savoir qui l'on accusait de cet assassinat. Le patour parlait d'une
chute de cheval. D'autres gens étaient venus qui l'avaient emmené sans répondre aux questions de Louis-Antoine. Cela se passait aux premières heures du matin, car le beau sommeil de la jeunesse avait empêché Louis-Antoine d'entendre quoi que ce fût des scènes de la nuit. Quand il voulut sortir de sa chambre, il s'aperçut qu'elle était fermée. Il cogna en vain, personne ne lui ouvrit. Alors il sauta par la fenêtre dans la douve et rentra par la cuisine. En vain son oncle et l'écuyer Robert s'étaientils mis à ses trousses. Courant derrière Marion, qu'il voyait chargée de charpie et de bandes, se diriger vers la chambre, ordinairement inhabitée, du rez-de-chaussée, il avait failli entrer derrière elle. Et c'est contre cette porte brusquement poussée qu'il s'était évertué à frapper. Pendant que la pauvre maison de Primelles s'agitait dans l'inquiétude et la crainte, Marguerite, obstinément barricadée chez elle, roulait dans sa tête malade les projets les plus contradictoires et les plus insensés. La prudence réussit cependant à se faire écouter de ce cœur, meurtri encore plus par l'orgueil que par l'écroulement de ses rêves amoureux. Convaincue de l'indignité de Florimond, puisqu'elle n'avait rien perdu du drame furieux qui s'était déroulé sous sa croisée, elle ne s'apitoyait pas sur son bonheur ruiné, mais s'exaspérait d'avoir été ainsi trompée par celui qu'elle avait institué son maître et son roi.
4oo l'incomparable fl<
Marguerite de Primelles avait compris que son oncle, en brûlant ses lettres, ;nn ;an tissait Im preuves matérielles de sa haie. D autres preuves ni rependant : les lettres de
Florimond. Elle les prit dans son corsage, car elle n 'avait pas voulu s'en séparer pour l'uir. <t les consuma à la flamme d'oiM chandelle. ; à une elle les détnrittt, sans se donner la joie a mère et stérile de relire cette correspondance passionnée où M. Àimeri d'Olivier avait ji sans compter, les lieux communs et le pathos de la galanterie des ruelles.
Marguerite piétina les cendres de sa passion
l 'àtre de la cheminée, aussi froid que son
cœur de liseuse pédante, et se jura de n'avoir
désormais plus commerce avec homme sur
e, de ne plus croire à l'amour.
initié, et de se retirer dans un monde tout intérieur, éclairé par ses seules réflexions. Dans son égoïsme farouche de vierge précocement vieillie par l'expérience des désillusions, elle t trouvé du plaisir à voir Florimond houspillé par ses gens: elle en avait trouvé plus encore à voir Catherine de Lépinière tomber sous l'épée de Florimond. Elle avait reconnu dans ce crime abominable l'inexorable vengeance d'un Dieu de justice qui protège les amours des créatures supérieures et préserve celles-ci des écarts déshonnêtes. Car l'indignité manifeste de Florimond fortifiait M11' de Primelles dans cette idée qu'elle seule possédait la no-
l'incomparable florimond /»oi
blesse et la délicatesse des sentiments qui élèvent l'humanité au-dessus des vains préjugés et des lois hypocrites des convenances.
Son orgueil monstrueux, peut-être comparable à celui d'un poète, n'avait pas, néanmoins, tué en elle cet esprit de finesse qui fait rarement défaut aux personnes de son sexe. Aucune inquiétude pour sa sûreté ne vint troubler ses réflexions morales. Elle savait l'oncle Bouteiller trop brutalement chevaleresque pour la dénoncer à sa mère ; elle savait aussi que le secret serait gardé par tous les témoins de la nuit, parce que ces témoins, suivant à la vérité le châtiment d'autres offenses, ignoraient la nature autant que les détails de son intrigue. Seule, Catherine...
Ah! oui, la Catherine détestée!... Mais, d'abord, elle devait être morte à cette heure, ou , tout au moins , elle n'en valait guère mieux. . . Et puis Catherine n'avait pas d'intérêt à parler. Restait Françoise ColbertP... Sans doute!... Mais cette servante, irrévocablement compromise dans une affaire où le beau rôle n'était point pour elle, et qui ne détenait aucune preuve de ses bons offices, n'irait pas chanter aux quatre coins du royaume cette aventure, demeurée à l'état d'ébauche, et dont demain personne ne se soucierait.
En tout cas, MIle de Primelles regrettait sa chambrière Colbert, pour cette raison principale que, si cette fine mouche fût demeurée à la
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maison, elle, Marguerite ne serait point
irée sans nouvelles. Car Marguerite ne se préoccupait que de Marguerite, et le monde commençait et finissait avec sa discrète personne.
Pas un seul instant II* de IVimelles ne fut tourmentée par cette idée qu'elle avait trahi ses devoirs de fille noble. — Qu'elle se fût h abuser par un homme méprisable, à cela auion n'était opposable. Toutefois elle objectait qu'erreur ne fait pas compt- et <jiie la dupe est toujours supérieure à l'imposteur,
quoi qu'en édicté le tribunal de la belle soei et quand cette dupe est Marguerite de Prî nielles en personne. Quant à nourrir un sentiment de gratitude pour Catherine de I/pinn re, qui s'était impudemment substitu.V ;, elle pour la sauver, Marguerite s'en serait gardée comme d avaler du poison : f De quoi s'est mêlée cette évaporée, cette virago champêtre?... Et qui m'assure qu'elle ne cherchait pas à obliger Florimond à l'épouser en rendant ainsi son enlèvement manifeste?... Qu'elle vive ou qu'elle crève, je ne m'en soucie pas, non plus que de Florimond, d'ailleurs. Si mon oncle l'a tué, c'est un malheur dont je suis déjà consolée. »
Ml,e de Lépinière vécut. Quatre jours après la nuit terrible où l'épée de Florimond, heureusement amortie par les boucles de sa chevelure, avait balafré son cou, sans offenser les grosses veines, pour entamer profondément la
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clavicule et labourer le sein droit, on put la transporter à la maison de M. de Montenay sur des brancards. Elle trouva à la Vergne la marquise de Creulles avec ses femmes de service et aussi Gilette Léchanson et Maroie Lenatier. Les hôtes de Primelles l'avaient accompagnée dans ce voyage d'une petite lieue qui dura deux grandes heures, tant on tenait à éviter les cahots à la blessée. L'oncle Bouteiller gardait la droite avec M. de Montenay, et Louis-Antoine n'arrêtait pas d'aller de l'avant, pour revenir en arrière, essoufflant son bidet à tous crins et trompant son impatience par un perpétuel mouvement. Les rideaux de cuir de l'appareil porté par deux mulets étaient en effet tirés pour que la poussière n'incommodât point Catherine. Et la pire douleur de Louis- Antoine était de savoir son amie si près de lui sans pouvoir ni lui parler ni la voir.
Trois mois passèrent avant que Mlle de Lépinière fût capable de sortir. Pendant ce temps, elle ne reçut à la Vergne aucune visite, ni de Bourges ni d'ailleurs. Seuls ses amis de Primelles, M. de Montenay et sa parente Mm* de Creulles eurent accès auprès d'elle, et Louis- Antoine, qui passait désormais à la Vergne les journées consacrées naguère à marauder du côté de Tonlieu. M. de Mauny d'Anrieux n'était point de son côté demeuré inactif. On le vit arriver un jour porteur d'une petite damejeanne artistement clissée d'osier. C'était un
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baume qu'avait fabriqué sa gouvernante Mai ion, baume de Hollande, entre tous souverain pour la cicatrisation des blessures et bien supérieur à cette cm d'arquebuse dont on a certainement exagéré les mérites. Le rien I m cin de Lunery, homme bizarre, très épris de nouveautés, n "hésita pas à appliqua ce remède. Les résultats furent merveilleux. Alors Marion chargea II. de Mauny dune seconde bouteille, Celle-là renfermait un conli il distillé par la dame avec on ne savait quel élixir de noyaux de fruits etaussi des jus dli iam-
pêtres odorantes et dont les esprits subtils auraient rappelé un mort à II \ i«
Ainsi soignée et droguée, Catherine M tarda pas à se sentir plus vaillante. Elle se levait, marchait par les chambres, appuyée sur Maroie ou sur Louis-Antoine. Et le cuisinier de la marquise de Creuiles, qui avait transporté ses casseroles et ses épices dans la petite maison de M. de Montenay, abondait en ingénieuses inventions. Ses coulis, ses bisques et autres potages embaumaient la maison. Il consentit à donner quelques recettes que Catherine adressa à Marion avec une mallette pleine de cols et de manchettes en point coupé.
Quant à l'attaque dont Mlie de Lépinière avait failli demeurer victime, il n'en fut jamais question. Une singulière complicité liait les langues. Jamais secret ne fut mieux gardé. D'ailleurs, personne ne savait au juste ce dont il retour-
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nait. L'on disait : « l'accident de la demoiselle ». Et l'on évitait d'en parler. De Florimond, de sa mère, l'on n'avait pas de nouvelles, non plus que de Cottebleue du reste, ni de ses complices. La chronique scandaleuse et amusante de Bourges ne trouva pas de quoi s'enrichir dans le drame de la nuit du i3 juillet. L'année n'était pas écoulée que l'histoire de Florimond tombait dans l'oubli. Au surplus, on ne s'en était que peu inquiété. Personne ne songea à établir des rapports entre l'absence du jeune homme et la maladie de M1,e de Lépinière. La marquise Julie vivait à Paris avec son fils, à ce que l'on disait. Et encore l'on n'en était pas certain. Et enfin aucune plainte ne fut portée contre les gens de Primelles.
Et pourtant ni M. de Montenay ni Louis- Antoine n'ignoraient de qui venait le coup. A force d'interroger Jeannette Labrande, de la câliner, de la corrompre par de petits cadeaux, et surtout de la tenir au courant de la santé de Catherine, il finit par savoir une partie de la vérité. Mais cette partie était pour lui la principale : Catherine avait été frappée par Florimond.
Dès lors, l'assiduité dont il donna des preuves en ses exercices d'escrime, les progrès vraiment extraordinaires qu'il fit, étonnèrent Robert de Rustigny et charmèrent M. Le Bouteiller : « Il comprend enfin son devoir, disait celui-ci. Le gentilhomme a été long à s'éveiller
I INCOMPARA
en lui. En fin de compte il -illé, c'e>t l»1
principal! » Et Robert de lui>tigny de se glori- (ier : (( Je puis «'lie fin «l'un tel élève... Le jeune homme mord, monsieur... Il mord à la noble science des armes... Si vous aviez vu. ce matin, — car maintenant il prend leçons matin et soir, — l'estocade de pied ferme dont il m'a arrêté quand je portais l'épée liante larmes, monsieur, vous en auraient jailli des yeux... J'en porte encore les marques... Quelle botte!... N'importe qui serait tombé sous ce coup, tant il fut fourni avec dissimulation et souplesse!... Coup de spadassin, in digne de la doctrine académique. ... Possible... iMais pour mettre un homme par terre je n'en connais pas un pareil... Happelez-vous que c'est ainsi que Thémines tua jadis le marquis, aîné du cardinal ministre... Ah! oui, monsieur, il ira loin, le jeune homme, il ira loin! » La nouvelle de cette éclatante conversion parvint jusqu'à la baronne de Primelles. Vivant toujours en recluse dans sa chambre, loin de tous et de tout, on la vit. presque avec effroi, arriver un jour dans la salle des exercices, avec ses guimpes monastiques et ses longs habits de deuil. Silencieuse et grave, elle ordonna par un signe à l'écuyer de continuer d'enseigner son fils, et, assise sur un pliant qu'avait apporté Margot Larçonnière qui tremblait de peur au choc des épées, elle assista à la leçon tout entière. Les approbations fréquentes du vieux
baron étaient reçues par elle avec des regards où se lisait une fiévreuse reconnaissance. Quand la séance eut pris sa fin, Mme de Primelles, saisissant Louis-Antoine par les épaules, l'embrassa sur le front avec une tendresse dont l'enfant se sentit étrangement pénétré. Les pleurs de sa mère mouillèrent son visage, se mêlant à la sueur qui en découlait. Et la baronne, toujours muette, froide et sereine, ainsi qu'une image taillée dans le marbre, regagna sa cbambre.
Elle y reçut MUe Marguerite de Primelles, qui lui demandait audience par la bouche de la petite Francine, attachée à sa personne comme servante depuis que Françoise Golbert s'était envolée aux bras de M. Clément Malompret. L'entretien de la mère et de la fille, tenu sur un ton glacial, fut bref etcompendieux, comme si, aux yeux de ces deux femmes pour ainsi dire étrangères l'une à l'autre, les paroles eussent une valeur telle qu'on ne dût les prodiguer sans péché. Marguerite exprima à sa mère son ferme propos d'entrer en religion. Avant de faire profession, elle passerait un an ou deux au couvent des Augustines de Bourges, où l'on pourrait l'utiliser pour l'instruction des jeunes pensionnaires.
Mme de Primelles n'éleva point d'objections. Elle répondit à Marguerite que le projet lui apparaissait raisonnable et qu'on s'en occuperait.
V>S l'nCOMPARABLB FLOR1M
— Du moment que votre humeur ne vous porte pas vers le mariage, rien ne peut être meilleur que ce parti auquel vous vous J'eusse préféré vous voir contrat 1er union avec M. de Montenay, qu'on m'a dit avoir du goût pour vous. Mais je ne veux poini - on-
ti.iinliv. As.mt 11 choix entre ce gentilhomme, qui est riche et de bonne maison, et M. de Mauny <1 Vnrieux, qui. je le sais, vous re- < lu n ht\ vous auriez pu vous décidai pour le premier, car de M. de Mauny l'on jâM pu peu beaucoup à propos de sa gouvernante. Faacore n «t ». point la un prétexte suffisant. Toute femme qui se respecte doit savoir en supporter. N'en parlons plus! Pour observer les convenances, j'en touchât*] DO mot à mon oncle Houteiller. En tous cas, aujourd'hui comme demain, vous avez mon approbation. Allez, je vous donne permission de vous retirer.
Et Marguerite de Primellcs, aj >ir baisé
la main de sa mère, était rentrée chez elle, cependant que la baronne, agenouillée sur le carreau, — car. par mortification, elle ne se servait point de son prie-Dieu, à moins qu'elle ne fût malade, — priait, attendant que le ciel l'assistât de ses lumières... A grand'peine se retenait-elle de supplier le Souverain Juge d'exaucer des vœux qu'elle n'osait point formuler. Car ces vœux n'étaient que d'homicide et de vengeance.
Et c'est pourquoi cette femme, encore jeune,
l'incomparable florimom) 4og
se consumait lentement, pareille à ces braises dont on ne distingue pas l'incandescent éclat, mais seulement le revêtement gris et velouté sous quoi elles ne s'arrêtent de brûler qu'à l'heure où toute leur substance tombe, réduite en cendres.
L'automne finit, puis ce fut l'hiver qui ensevelit tout sous la neige. Chacun vécut claquemuré. Seul, dédaigneux des frimas, Louis-Antoine continuait de courir entre Primelles et la Vergne, où Catherine, sur pied et tout à fait brave, s'amusait à chasser avec celui que les gens du lieu, dans leur langage innocent et bienveillant, n'appelaient pas autrement que « son petit mari » .
Mais quand les souffles capricieux du printemps eurent fondu cette neige que méprisait Louis- Antoine, Mlle Marguerite de Primelles dénonça sa ferme intention de se rendre au couvent de Bourges. Et Catherine offrit de l'y mener, avec sa mère, dans le carrosse qu'elle fit tirer de sa remise au château de Bannes. Mme de Primelles accepta cette offre que Marguerite aurait volontiers éludée. D'ailleurs tout était devenu indifférent à la jeune fille. Le voisinage de Catherine pendant quelques heures ne lui semblait pas bien pénible, puisque la présence de sa mère empêcherait cette étrangère de se livrer à des réflexions déplacées. Au fond, la seule chose que Marguerite de Primelles ne pardonnait pas à Catherine de Lépi-
4lO OMPARABLE FLORIMOND
nière, c'était de ne pas avoir péri sous l'épée de riorimond et, g ce contre temps, d
demeurée maîtresse d'un secret quelle D pas dû pénétrer.
Les trois femmes partir. -ut. après la semaine de Pâques, avec quatre chevaux, un cocher, deux petits laquais placés derrière le coffre, et Margot Larçonnii iv. qui prit place dans la voiture avec les maîtresses. Comme Ion voyaen plein jour et que jamais le pt] - D "a\ ait été plus tranquille, l'on ne prit point d'escorte. Alita d' Archelet et Robert de I lustigny devaient se rendre à Bourges, à cinq heures du soir, avec quelque huit laquais armés, pour le retour. Louis-Antoine travaillait l'escrime à Primelles, l'oncle Bouteiller souffrait de la goutte. M Montenay était parti pour Blois, appelé par des affaires, et M. de Mauny d'Anrieux rhttttit du coté de Vatan. Quant au château de Bannes, il montrait tous ses volets joints, ses portes fermées, et la rumeur courait que Florimond et sa mère étaient partis pour l'Autriche sur l'ordre du marquis, pour lors en résidence à Vienne.
Or il advint, en traversant le bois de la Corne, que le carrosse, empêché par le mauvais état de la route, fut entouré par une bande de cavaliers dont les mauvais desseins apparurent évidents. Ces hommes, masqués, se coiffaient de grands chapeaux dont les vastes bords rabattus eussent suffi, à défaut de leurs perruques de toutes couleurs, à leur cacher la mine. Deux se
l'incomparable florimond 4 i i
placèrent en travers du chemin, arrêtèrent les chevaux en les prenant au mors. Un troisième menaça le cocher de son pistolet, cependant que d'autres, demeurés derrière, effrayaient les petits laquais, qui, sautant à terre, s'enfuirent vers la couture de Vernillier et crièrent si fort que le reste des agresseurs, hésitant, accomplirent mal la besogne dont on les avait chargés. Chacun d'eux brandissait, en effet, un flacon de verre rempli d'un liquide noir ; et ils cherchaient à en frapper au visage les quatre femmes serrées dans la voiture.
Sans se laisser troubler par cette audacieuse attaque et au risque de se faire défigurer, MHe de Lépinière se jeta devant Mme de Primelles et la couvrit de son corps. Margot Larçonnière, tombée en pâmoison, embarrassait M,u Marguerite, qui, machinalement, se couvrit les yeux de ses bras croisés, opposant l'épais tissu de ses manches renflées aux coups dont on lui menaçait la tête. Les bouteilles, mai dirigées, parce que leurs porteurs, pris entre le remblai et les moyeux des roues, étaient obligés de travailler leurs chevaux pour les garder des atteintes, se brisèrent contre les portières et les cadres des fenêtres, mêlant leurs débris coupants aux éclats des glaces qui volaient de tous côtés. Les jets d'encre retombèrent en pluie sur les quatre femmes, et les malandrins se bousculèrent pour gagner au pied.
La scène ne dura que quelques minutes.
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ce au sang- froid et au courage du co< Jacquin Navelier. le carrosse s » tait remis à rouler. Dressé sur son siège, son long fouet au poing, Jacquin. qui avait servi dans lespiqui méprisa le canon <ie l'arme 1 :.i ju <■ -ur lui. La portée de cuir et de corde tressés ton m sina un huit, atteignit l'homme, qui hurla. aveuglé par le coup qui lYhorgna à demi, et tira au hasard, en même ten lonture,
exaspérée par le fouet, l'emportait après deux écarts qui faillirent le déiarçonner. Cramponné à la orinftre, d rant du sang, le
Irùle ne disparut pas si vite que Jacquin ne pût mettre un nom sur le museau tind <m<lommagé. Et ce nom fut celui d< Briand IVrrasset, premier cocher de la marquise de lia nues.
A la détonation rendue ainsi innocente, pondit une autre, aussi forte. Ml,# de Lépin; saisissant vivement un des deux grands pistolets de carrosse qui dormaient dans les bottes à la portière de gauche, tira dans le cheval d'un des bandits aux bouteilles, et si heureusement que la bête s'abattit et que l'homme, atteint à la cuisse, demeura engagé sous son barbe, la tête portant contre la roue droite de derrière. Jacquin, continuant de fouailler, sangla alors à toute volée les braves qui prétendaient immobiliser son attelage. Sous la force des coups, masques, chapeaux, perruques s'éparpillèrent, les chevaux pointèrent fous de douleur, les hommes se laissèrent emmener, tournant le
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dos au cinglant orage, et le coche recommença de rouler après une violente secousse.
Les cris de rage des bandits se doublèrent par les exclamations d'horreur des femmes, lorsque la tête du cavalier abattu fut broyée par la roue. Du crâne qui péta avec un bruit sec giclèrent des fragments de cervelle. Mlle de Primelles en fut couverte et se renversa évanouie.
Du côté de Vernillier, une huée montait. Bientôt un gros de paysans brandissant des volants, des fourches et des faux, dévala sur la route, avec les petits laquais maniant chacun un grand bâton. Redoutant que cette canaille ne leur fît un mauvais parti, les cavaliers, qui l'épée à la main s'apprêtaient à piquer dans la voiture, tournèrent bride et s'enfuirent à toute vitesse vers la Chapelle-Saint-Ursin, pour gagner sans doute la route de Tours. Mais ils ne s'enfuirent pas si vite qu'un coup de faux ne tranchât le jarret d'un barbe. On entendit des malédictions, des ordres : « Sauvez M. de Tourouvre! Briand, Rénier, holà, vous autres! Que Briand le prenne en croupe, c'est encore lui le mieux monté ! »
Catherine reconnut la voix, celle de Clément Malompret. Elle ordonna à Jacquin de s'arrêter et descendit. Le cheval blessé par elle et l'homme tué gisaient à cinquante pas derrière. Mllc de Lépinière s'en approcha. L'un des petits laquais, écartant la chevelure postiche empouacrée de sang, découvrit la face disloquée qui
Mait rire hideusement au soleil. Et le garçon ne se trompa ni sur la personne ni sur la condition du défunt :
— C'est Cottebleue. le porteur d'exploits, qu'on disait parti pour Paris ï
Quant au cheval, il portait sur la hanche la marque des écuries de Bannes, un double I moulin. Les paysan- dirait que le barbe, en h iin de crever derrière la haie, en présentait une semblable. Et ces braves gens regrettaient de n'avoir pu assommer quelqu'un de ces l>;m dits de grands chemins : « Ils avaient si vertueusement joué de l'éperon, iprèf avoir relevé leur compagnon, qu'un tourbillon de pouss chassé par le vent ne les eût pas gagnés en vitesse. » Et le cocher Jacquin, qui visitait ses bêtes et les trouvait heureusement sans blessure, affirmait que les perruques et les masques dispersés sous son fouet lui avaient monti mine de Richard de Mallenay et de Gracien Larotte, gredins réputés parmi les donneurs d'étrivières de Florimond et anciens soldats aux gardes.
On s'empressait autour de Marguerite de Primelles, toujours évanouie. Margot Larçonnière risquait un œil et soupirait à fendre lame. Mmo de Primelles dégrafait sa fille, on jetait de l'eau à la chambrière, on lui bassinait les tempes, et l'encre ainsi étendue d'eau noircissait les visages de ces femmes. On eût dit d'autant de négresses. Catherine, dont le front lais-
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sait suinter le sang sous cet enduit sombre, déclara n'avoir besoin de rien. Enfin l'on se remit en route. Les quatre voyageuses arrivèrent à Bourges dans un état à faire peur. Personne cependant ne vit le dégât dans les rues de la ville. Car du coche les rideaux ne furent tirés que lorsque les portes du couvent se furent refermées sur lui. Les religieuses se réjouirent à voir qu'aucune de ces dames n'était blessée. On les lava, les changea de vêtements, sans du reste déployer une curiosité déplacée au sujet de leur aventure, « la prudence commandant toujours de ne pas chercher à atteindre le fond des choses » . Et la supérieure chercha si peu à l'atteindre qu'elle ne vit pas que M1,e de Lépinière avait ramené bien en avant ses boucles sur son front, que coupait, d'une façon désormais indélébile par la vertu de l'encre dont elle était imprégnée, une balafre allant du sourcil jusqu'à la racine des cheveux. Dirigée par la haine et plus ferme que celle de ses complices, la main de M. Acresin de Tourouvre avait frappé assez juste. S'il n'avait pas été, au moment utile, froissé par le cheval de Clément Malompret en danger lui-même d'être écharpé par la roue de l'avant-train, il eût encore mieux fourni son coup, et M,le de Lépinière eût été marquée atrocement pour la vie.
Telle fut la manière dont la marquise Julie annonça à ceux de Primelles son retour et celui de l'Incomparable Florimond en ce Berry où
»!»i I. 'INCOMPARA 'RIMOND
l'on allait, du moins dans certaines maisons, jusqu'à se bercer de l'espoir qu'on ne la reverrait jamais. Depuis plus de huit mois, il n'était plus question de !!"• de Bannes, non plus que de son fils. On avait oublié les commérages du mois de juillet, et personne ne se doutait à Bourges que Florinood avait passé deux moil à Chézal-Benoît entre la vie et la mort et que la m venue de Paris tu boni de bCOU
jours, l'avait soigné de ses mains, déguisée en ursuline tout comme Nicole Deleuze et deux servantes engagées à Paris. Ces filles, qu'on ne laissa pas sortir un seul jour du petit < h/.teau, repartirent avec Julie et Nicole quand Klorimond put être transporté sans danger. I )n régla leurs gages à l'entrée du faubourg Saint-Marcel, avec licence de chercher fortune à leur goût.
Lorsque Florimond avait été de son
arbre, dans cette clairière de la Table où il faillit périr sous le fouet, son corps inerte n'était plus, de la nuque aux reins, qu'une plaie sanglante. Cottebleue ne valait guère mieux. Des autres fustigés les blessures s'annonçaient moins graves. Aussi, après le départ des bergers qui rendirent à chacun la liberté de ses membres, les plus dispos se rhabillèrent tant bien que mal et accomplirent cette dure besogne de transporter Florimond et Cottebleue sur leurs bras jusqu'à Chézal-Benoit.
Là se passa une scène singulière. Autour du maître et du porteur d'exploits toujours inani-
l'incomparable floiumond 417
mes et allongés sur la table de la cuisine, un débat s'engagea où l'un accusait invariablement l'autre de lâcheté, voire de trahison, sans jamais s'attribuer l'apparence d'un tort. M. Clément Malompret mit fin à ces invectives, tout à la fois prudentes et passionnées et par-dessus tout contradictoires, en donnant d'autorité l'ordre de mettre le baron sur son lit. Et là, aidé par Françoise Golbert, que les événements de la nuit avaient remplie d'une salutaire terreur, il commença par bassiner, avec du vin aromatique et de l'huile, le dos excorié de son maître. Le bon Samaritain ne dut pas, en son temps, oindre avec plus de précautions le voyageur qu'il rencontra dépouillé et navré par les voleurs. A des voleurs, pareillement, il décida de faire honneur des blessures qui déshonoraient le baron. Mais encore cet honneur ne leur reviendrait que si la justice se mêlait d'informer. Lorsqu'un premier pansement et l'ingestion de précieux et généreux cordiaux eurent rappelé Florimond à la vie, sans qu'il eût pour cela retrouvé sa connaissance, Clément, le laissant à la garde de Colbert, réunit toutes les victimes et tous les acteurs plus heureux du drame de la nuit et leur soumit son idée. Ceux qui, à l'exemple de MM. de Tourouvre et de la Butière, s'étaient courageusement enfuis au premier acte et avaient, de ce fait, conservé intactes et leurs lombes et leurs épaules approuvèrent la sagesse des dispositions de M. Clément.
4l8 I.INCOMPARABLE FLOR1MOND
Cottebleue, à moitié fou de souffrance, puis calmé à force d'eau-de-vie, murmura, toujours allongé le nez sur la table de la cuisine, qu'il t en efTet plu expédient de se taire. Il avait gardé, dans son ivresse, assez de lin A lit é pour nommer un barbier de Lunery capable de i ser tout le monde a bas prix, capable aussi de garder à bas prix le silence. On l'envoya aussitôt chercher, et M. Clément, avec l'aide de MM. de la Butièrc et de Tourouvre, écrivit une belle lettre à la marquise. H chargea 1 1 cien Larotte, brave* alerte et déterminé, ancien soldat aux gardes, de la porter à Paris. Gracien partit après avoir appris par cœur une relation de l'affaire, œuvre de Clément, qui mettait chacun à l'abri de l'accusation de couardise.
11 sera toujours temps, avait dit Clément, de dire la vérité à la patronne quand elle sera ici. Chacun en racontera ce qu'il en sait. A elle d'établir la vérité. Et, quand le diable y serait, d'ici là nous aurons bien trouvé quelque chose!... »
Ces messieurs ne trouvèrent rien du tout, lorsque, trois jours après, arriva la marquise, escortée par Nicole Deleuze, Ottavio Piccolomini, M. Aimeri d'Olivier et les femmes de service. Une vraie lionne en fureur se rua sur Tourouvre, La Butière, comme sur Clément Malompret, quand elle connut l'état où se débattait Florimond malgré les emplâtres, le
baume et le cérat du barbier de Lunery, renommé pour sa discrétion. Aux explic #r>ns confuses de La Butière et de Tourouvre, occ pés seulement de se disculper et de rejeter l'un sur l'autre les mauvais résultats de l'expédition de Primelles, se mêlaient les insinuations perfides de Clément et d'Aimeri d'Olivier. En somme, ces gens ne cherchaient qu'à s'entredétruire, et Julie ne comprenait qu'une chose, c'est que, par la faute de tous, son fils se trouvait en danger de mort. Et nul ne voulait lui raconter exactement comment Florimond avait été mis en cet état. La gangrène était à craindre, et le délire n'abandonnait pas le blessé. Julie, épouvantée par ces sinistres symptômes, arrêta qu'il fallait trouver coûte que coûte un médecin, et que celui-ci ne fût pas du pays. A M. de Tourouvre échut la délicate mission de partir pour Paris et de ramener un chirurgien également capable de panser les plaies et de se taire. Nicole Deleuze était trop experte en fait d'aventures rares et secrètes pour ne pas tirer d'embarras le piteux cavalier qui ne savait à quelle porte frapper. Elle lui indiqua la bonne adresse. Mais cela demanda huit jours, et la fièvre maligne ne laissait pas à Florimond un seul instant de répit. Les éclats de sa voix, tour à tour plaintive et furieuse, remplissaient la petite maison, où l'on vivait les uns sur les autres dans la crainte des gens de justice. L'on redoutait également les visites, la curiosité des
4ao l'incomparable florim
voisins, des chasseurs, des marchands ambulants. Il était cependant nécessaire de s'approvisionner. Mainte chose utile faisait défaut, notamment les cordiaux et les drogues. Des hommes de confiance établirent un va-et-vi. nt (ntre Chézal-Benoît et le château de Bannes. De celui-ci partaient des domestiques pour Bourges. Ils en rapportaient leurs emplettes à Bannes, et d'autres domestiques les y prenaient r les porter à (lie '/al Benoit. On ne marchait que la nuit ; à la maison on tenait tous les volets clos : les vivres étaient reçus à la porte du pont, sans qu'on laissât entrer persoi
\I Yimeri d'Olivier, déguisé en vieux suisse, s'abaissa jusqu'à remplir l'office de portier. Sa prudence était si grande qu'on se sentait en sûreté dans un logis gardé par un homme de cette qualité. A l'exemple du lièvre, et comme lui rongé par la crainte, le poète de Florimond ne dormait que d'une oreille, et son sommeil était empoisonné par des rêves où la police le tourmentait sans merci. Sous leurs habits et leurs guimpes de religieuses, Julie et Nicole n'avaient pas une condition meilleure, et elles se désolaient en veillant le misérable Florimond, craignant à toute heure de le voir expirer entre leurs bras. Quant à Françoise Colbert, maudissant ses folles déterminations, elle soupirait sous la crainte de Clément Malompret et de tous.
Les hôtes de Ghézal-Benoît diminuèrent
bientôt de nombre. Car, à mesure qu'un homme était guéri de ses coups de fouet, il repartait pour son village. Là, il racontait n'importe quoi. Les valets de Landry Vaillard, dûment payés, allèrent jusqu'à s'accuser d'intempérance. Ils prétendirent que des racoleurs les avaient circonvenus à Bourges, enivrés, enfermés, bref, qu'ils avaient couru les pires dangers. La femme de Cottebleue reçut, par les soins de Clément, une somme d'argent et une lettre de son mari lui annonçant que le baron de Chézal-Benoît l'avait emmené à Paris, où il s'occupait de lui acheter une charge d'huissier.
On emmena en effet Cottebleue à Paris, mais seulement à la fin de l'automne, quand on put transporter Florimond en carrosse. Durant trois mois, le jeune baron demeura pour sa mère un sujet d'inquiétudes constantes. Sa jeunesse et sa vigueur triomphèrent à la fin du mal qui le clouait sur son lit de douleurs depuis l'été passé. Et, en tout semblable aux serpents, qui, aux premiers rayons du soleil printanier, sortent de leurs retraites souterraines, gonflés de venin et ayant fait peau neuve, il ne rêva plus que sang et massacre. Il dénonça sa ferme intention de retourner au château de son père et d'exercer une prompte et rigoureuse justice contre ses ennemis.
La marquise Julie n'eut garde de traverser ces desseins. Altérée de vengeance au moins au-
432 I *I NGOMPARABLE FLORIV
tant que son enfant ohéri, i peu près sûre de l'impunité puisque l'aventure de Primelles paraissait tombée dans l'oubli, die activa le part pour Bannes. iMais, bien conseillée par Aimeri d'Olivier, elle se résolut à n'y rentrer que de nuit, et à tenir, aussi longtemps que possible, son arrivée secrète, de manière à pouvoir ourdir ses trames en pleine sécurité. l'Ile réussit au delà de ses désirs. Par un espionnage actif, elle connut les projets de Catherine et de M ' de IVimelles. Ce fut elle qui arma les laquais et Tourouvre de bouteilles d'encre et les paya généreusement, et d'avance, pour cette belle besogne.
Quand elle eut appris de Tourouvre et de Clément l'heureux succès d'une attaque où le seul Cottebleue avait succombé, sans compter deux chevaux, Julie, sans se préoccuper des suites possibles du guet-apens, courut annoncer à son fils cette première victoire. AntntM Florimond s'écria, en se frottant les mains, que, pour terminer tout cela à la plus grande gloire de la maison de Bannes, l'heure était venue de provoquer le jeune Louis-Antoine et d'en finir avec lui.
— Gardez-vous-en bien! fit M. Aimeri d'Olivier en se bourrant le nez de tabac. Gardezvous-en bien! Ce serait mal jouer. A peine revenu, voulez- vous reprendre la poste avec tous les sergents du Berry, puis ceux du royaume sur les talons?
La marquise pria Aimeri de s'expliquer. Et
celui-ci, qui ne détesta jamais se faire valoir, développa un raisonnement en trois points sur l'inopportunité d'un défi.
— Attendez plutôt que le cartel vienne de l'ennemi. Vous aurez alors pour vous les apparences du bon droit... Patience, écoutez jusqu'au boutl Le tour plaisant des bouteilles d'encre eut cela de fâcheux que vous le signâtes d'un trop lisible paraphe. Tout le monde sait, soyez-en certains, que le malencontreux Cottebleue était à votre service. Des chevaux laissés morts sur le chemin les marques ont dû se déchiffrer facilement; et chacun peut, en commentant la plaisanterie qui n'est — soit dit sans vous offenser — pas nouvelle, assurer que la cavalerie sortait de chez vous. Que les pécores aient été défigurées, le mal n'est sans doute pas très grand, mais ces pécores ne sont pas à ce point abandonnées que des parents ou des amis ne se lèvent pour défendre leur cause.
Florimond sourit avec une hautaine affectation :
— Jolis parents ! Le vieux Bouteiller, pareil à un héron sans plumes, et le jeune Louis-Antoine, oiseau qui n'a pas encore muél
— Il y a aussi, continua M. Aimeri d'Olivier, M. de Montenay, qui est le tuteur de M,le de Lépinière.
— C'est ma foi vrai, je n'avais pas pensé à celui-là! dit Florimond. Mais je me moque de lui... et des autres!
'ji'i l'incomparable FLOKIM
— Vous croyez-vous, mon cher Florimond,
à ce point sur de votre bras, affaibli comme vous l'êtes pai la maladie, pour allronter cet homme de guerre encore jeune, et qu'on souvent dépeint comme coin, tgeni et solide?... Y avez-vous songé ?
Et. rentrant sa tète dans son rabat à glan M. Aimeri d'Olivier s'offrit une prise, puis se caressa le menton.
Florimond recommença de sourire d'un air itageux et superbe. La marquise se taisait. Au fond, elle était désolée. Malgré l'indulg< quasi imln .'•< -île de ses yeux de mère, la vérité les venait impitoyablement dessiller. Aimeri d'Olivier trait raison!... Oui, à l'instar des serpents j)rintaniers, Florimond avait changé de peau. Et Julie savait dans quel état était cette peau. Le dos de Florimond à peine cicatrisé, mais couturé, labouré dans tous les sens, semblait habillé de baudruche rougeâtre. Florimond avait donc changé de peau... Mais des serpents, sortis de leur vieille enveloppe, avaitil la force, l'énergie et les dents cruelles? Hélas! A regarder ce corps amaigri, ces épaules déjà voûtées, cette mine pale et atone, Julie se demandait s'il aurait la vigueur de mordre pour tuer par son venin. Elle se demandait encore si son fils était toujours l'Incomparable Florimond des anciens jours, et l'impitoyable bon sens lui répondait que non.
Un silence gênant régna alors sur ces trois
l'incomparable florimond 4a5
êtres, qui, avec des sentiments à coup sûr bien différents, se défiaient également les uns des autres. Des grattements sous quoi cria la porte le rompirent. C'était M. Clément Malompret qui portait sur un plateau une belle lettre scellée de cire bleue. Et, avant que de l'ouvrir, Florimond reconnut les armes, d'azur à trois têtes de loup arrachées de gueules, qui sont de Montenay. Il rompit le cachet, lut et apprit que Jean Ludovic de Lastour, comte de Montenay, l'assignait à trois jours de là, avec l'épée et la dague, à la corne du bois de la Borne, où il l'attendrait à huit heures du matin, assisté de M. Lucien -Timoléon-Hannibal de Mauny d'Anrieux et de M. Pamphile-André d'Archelet. Et M. de Montenay terminait sa lettre par divers souhaits et formules de politesse, avec le désir d'éviter à M. Florimond Pontaillan la peine de s'en retourner.
!\lG COMPARABLE FLORIMOND
(II VPITRE XII
— Si vous m'en croyez, monsieur, nous mettrons ici pied à terre et ferons, en mar- I li ait, ces quelque cent pas qui nous séparent de l'endroit où l'on se battra. Dérouiller ses jarrct> t l une bonne chose. Hien de plus mauvais qu< ver. les jambes raides, sur un terrain que l'on n'a pas reconnu. Et puis, nous trouvant en avance, nous pouvons choisir nos places, tourner le dos au soleil pour attaquer, en un mot prendre nos avantages.
Pour déterminé que se montrât toujours M. de Tourouvre à rompre en visière a M. de la Butière, il dut reconnaître que celui-ci parlait le langage du bon sens, et il engagea Florimond à suivre ses conseils. Le baron de Chézal-Benoît eût désiré étonner ses adversaires par la pompe de ses chevaux et de ses laquais. Mais, comme il s'agissait d'un duel qui serait bien probablement sévère, le jeune homme,
tout en ne doutant pas un seul instant de sa victoire, résolut de multiplier les chances heureuses ; et il se rallia à l'opinion des deux braves dont l'expérience, en semblable matière, n'était assurément pas douteuse.
On descendit donc de cheval, et, laissant bêtes et gens de livrée sous le commandement de M. Clément Malompret, Florimond et ses seconds se dirigèrent à petits pas vers l'espace découvert qui précédait l'avenue principale du bois de la Borne, où devait se donner le combat contre M. de Montenay. M. de Tourouvre, toujours prudent, s'assura que chacun avait conservé sa dague; car c'est un malheur fréquent que de perdre cette arme au mouvement du cheval, surtout quand la lame en est aisée dans son fourreau, comme il convient pour les poignards usités dans les duels.
— Nous sommes beaucoup trop en avance, fit Florimond en consultant sa montre, et par ta faute, Tourouvre! Pourquoi nous as-tu obligés à partir aussi tôt? Attendre ici trois mortels quarts d'heure ne me plaît point. J'ai envie d'envoyer un laquais à la Vergne, pour annoncer à ces messieurs que nous sommes à leur disposition.
M. de Tourouvre n'était pas de cet avis. C'est pourquoi M. de la Butière se rangea du côté de Florimond : « On ne peut ainsi faire le pied de grue. Et, avec votre congé, j'irai moimême les chercher. »
4a8 I. INCOMPARABLE FLOKIMOND
— Inutile de se déranger : les voie ;idit Toutoun
Trois cavaliers, en effet, apparurent au bout de l'avenue. Mais, outre qu'ils venaient d'une direction opposée à celle de la \ oigne, qui était sur la droite, c'est -à-dire au levant, tau aspect n'avait rien de commun avee MM. de Montenay et de Mauny d'Anrieux. Assez j vrement montés, on eut dit que ces inconnus étaient là pour figurer les trois âges principaux de U \ie. Celui qui tenait le milieu avait la btrbi Manche d'un vieillard. A sa droite chevauchait un jeune homme, proque un enfant. et à sa gauche un homme dans la pleine force de l'âge.
— La peste soit des fâcheux! grommela Florimond. Est-ce que par hasard on nous mettrait sur le dos des sergents de justice?. .
Tourouvre, qui, depuis l'affaire i bouteilles d'encre et la mort malheureuse de Cottebleue. ne dormait pas du sommeil du juste, essaya de chasser ces sinistres préoccupations :
— Ne croyez-vous pas plutôt que ce Montenay, redoutant les suites funestes d'un impertinent défi, ait adopté ce misérable expédient pour nous éloigner d'ici et préserver, par conséquent, sa peau à défaut de sa réputation?
— C'est à n'y rien comprendre, dit alors La Butière, qui, à cause des bords étroits de son chapeau en pot à beurre, tenait la main au-
dessus de ses yeux, regardant avec attention ces nouveaux venus. Les voilà qui laissent leurs chevaux aux gens de leur suite et se dirigent vers nous... Ah çà! mais... je ne me trompe pas!... C'est l'antique Bouteiller avec son oison de neveu Primelles, et un quidam sans importance.
M. de Tourouvre s'écria alors :
— Le quidam n'est autre que Robert de Rustigny, l'écuyer meneur de Mme de Primelles... Que cherchent ici ces imbéciles?
— J'ai bien envie, répondit Florimond, de leur faire administrer par les valets une volée de bois vert, pour leur apprendre à me déranger et à traverser mes terres sans ma permission...
— Prenez garde! murmura Tourouvre. Si j'en crois ce que je vois, les trois gentilshommes sont mieux accompagnés que nous... Et c'est bien à nous qu'ils en veulent.
— Attendons-les sans faiblir, mes amis, et montrons-leur, au besoin avec le tranchant de l'épée, si le plat n'y suffît point, combien peu nous faisons de cas de leurs personnes. Foi de Florimond, à la première parole malsonnante, je coupe les oreilles du vieux, et vous ferez autant aux autres!... Quel malheur que ce duel avec Montenay m'empêche de déconfire icimême ce nigaud de Louis-Antoine ! ... Il ne perdra rien pour attendre... Eh quoi?... Ils osent s'adresser à moi?... Que disent-ils?
43o l'incomparable florimond
— Ils (lisent, répliqua une voix jeune, re et vibrante, ou plutôt je dis que je
te clouer à un de ces arbres comme un oi-
i de nuit. Entends-tu. Pontaillan. méchant
ni! Insulteur de femmes, mets-toi en
use, «pic je ne te frappe pas désarmé ainsi
que (On pèN assassina jadis le mien !
I Moussant encore plus de stupéfaction que décolère Florimond se retourna pour ordonà M. de Tourouvre d'appeler les valets. Celui-ci n'en eut pas le loisir, car M. Le Boutoillcr marchait sur lui, l'épée et la dague dégainées. Quanta M. delà lluiière. pressé par Uohcrt de llustigny, il avait tiré ses armes du fourreau et commencé de parer les coups d'un min mi qui le poussait avec méthode de manière i IVloigner de Florimond. Celui-ci cria alors, sans cesser do ricaner :
— Ah ça! mais!... C'est un guet-apens!... Holà! Clément et les autres, à l'aide!... Et qu'on m'assomme cette canaille, sans plus tarder!
— Si ta valetaille remue, drôle, les miens la mettront en charpie. Tu parles de guet-apens? Ou'il te souvienne du 1 3 juillet passé, impudent bâtard, baron de boutique!... Allons, qu'attends-tu? Devrai-je te faire bailler des coups de bâton, comme naguère, au carrefour de la Table? Défends-toi, ou bien je frappe!
Et Louis- Antoine, ayant ainsi parlé, menaça Florimond de son épée et de sa dague tendues.
l'incomparable FLORIMOND /|3l
A ces mpts « le carrefour de la Table », le fils de Julie sentit le sang affluer à son cœur. Un moment, il craignit d'étouffer. Malgré le brouillard qui obscurcissait ses yeux, malgré les pulsations qui martelaient ses tempes et lui donnaient envie de hurler, d'écumer, de mordre, il se raffermit sur ses jambes tremblantes, empoigna son épée et sa dague, et, adoptant une garde purement défensive, essaya sur Louis- Antoine la force de son terrible regard. Mais il ne put longtemps se contenir et accabla le jeune baron des plus grossières insultes, prodiguant de préférence la boue de ses outrages à Mme de Primelies et à sa fille.
Ce fut en pure perte. Muet et attentif, l'enfant le chargeait si résolument, et sans commettre de faute, que Florimond dut rompre la mesure. Le désavantage des armes était d'ailleurs pour lui. Obéissant à cette mode qui voulait qu'on portât l'épée française large et assez courte, en mépris de la longue et raicle épée espagnole mesurant quatre pieds et demi du pommeau à la pointe, le baron de Chézal- Benoît ne pouvait pas gagner sur Louis-Antoine, parce que celui-ci, s'en tenant aux coups de temps, l'arrêtait à chaque attaque, sans croiser. Et la dague ne valait rien contre cette lame démesurée qui se remettait toujours, en dégageant, dans la ligne. La haute taille de Florimond lui devenait aussi une cause d'infériorité dans la lutte, et surtout la roideur de
43a [INCOMPARABLE FLORIN
son échi Bran! encore de l'allreuse mor-
• rivières maniées par Marin. Trop occupé de défendre sa vie pour songer à autre chose, il se taisait à cette heure, mail il voyait derrière Louis-Antoine, à quinze pas pe l'odieuse figure de ce Marin qui le dévisageait avec impudence. Recaler devant oe cb quelle honte! Plutôt mourir, m I î Et
Florimond se décida à tuer Louis Antoine. ■ lût -il ronltl en même temps transpercé. Donc, I un coup d'allonge que lui détacha celui-ci, il essaya de l'enferrer par um estocade de pied t True. 60 ^c rasant à terre, la jambe gauche complètement développée an Klori-
mond, pour son malheur, ne put assez ployer les reins, et il tomba si lourdement de côté, sur sa main gauche tenant toujours sa dague, •qu'il se foula à demi le poignet.
Atteint au front, aveuglé par son sang, il se rit de ses armes et se releva furieux pour se ruer à corps perdu sur Louis-Antoine, taillant presque au hasard, tant la rage, le désespoir et par-dessus tout l'humiliation l'emportaient. Reculant juste assez pour garder la mesure, Louis-Antoine lui opposa une contreattaque, la main haute, en portant le pied icfae en avant et en recevant sur sa dague le revers qui l'aurait certainement mis hors de combat s'il ne l'eût ainsi paré. En même temps, il détacha avec son épée un fendant sur le genou de Florimond, qui baissa la pointe de sa
l'incomparable florihond 433
dague pour se couvrir. Louis-Antoine saisit le moment avec un merveilleux à-propos. Il cava la main, passa par-dessus le bras gauche de son adversaire, et lui donna de côté dans la gorge. La pointe entra, suivie de deux pieds de fer, coupant sur son passage et la voix et les vaisseaux qui charrient la vie.
Le baron de Chézal-Benoît ouvrit la bouche sans qu'un seul son en sortît. Ses bras lâchèrent rapière et poignard, battirent à vide, et Louis- Antoine, ayant retiré son arme en tournant trois fois la lame dans le cou du moribond pour bien indiquer que son désir n'était pas de l'épargner, l'Incomparable Florimond chut à terre, de côté, tel un bœuf égorgé. De son col en point coupé à rosaces jaillissait une masse de sang vermeil qui vint se mêler à celui de M. de Tourouvre. Celui-là gisait, décoiffé de son feutre à panache, le crâne fendu par un maître estramaçon fourni par le vieux baron de Mordicourt, qui essuyait gravement sa lame ébréchée et ruisselante aux basques du pourpoint de sa victime. Ce que voyant, Bérenger de la Butière, qui ferraillait sans ardeur avec Robert de Rustigny, lui demanda poliment s'il n'en avait pas assez : « Pour lui, il s'estimait grandement satisfait d'avoir tenu tête, sans trop de désavantage, à un maître de cette qualité. »
L'écuyer de Mme de Prunelles n'avait pas à ce point soif du sang de ce gentilhomme entre-
OMPARABLB FLORIXIOND
tenu «ju'il prétendu l'obliger à continuer le combat. 11 laissa donc partir \l. <!e la Huti <|ui. sans demander son i joignit Clé-
I les valets de Bannes, témoins indi rentsou découragés d'un drame dont ils avaient pu suivre les moindres détails. M. de Mont«nay arrivait alors dans le bois de la Rorne avec M. de Mauny d'Anrieux, Andn d'Archelet et une suite de laquais armés assez nombreuse, tant il nourrissait peu de confiance > la gentilbommerie de Florimond. Il \it le corps de celui-ci allongé dans l'allée près de M. de Tourouvre. dont les dernières convulsions secouaient encore les membres.
— Qu'est-ce ceci, dit-il, et qui s'est substitué à moi pour punir ce méchant bâtard dt vilaines actions?. . . Vurait-il été assassiné, d'occasion? La perte sei
— Eh! mon ami, fit M. Le Bontetllar, qui embrassait Louis-Antoine, voilà monsieur i neveu, cet autre David qui abattit le petit Goliath de Bannes. Il vous répondra mieux que nous là-dessus.
— Serait-il possible?... En vérité, Louis- Antoine, as-tu mis par terre ce fendeur de naseaux?... Çà, parleras-tu?
Mais, repris par sa timidité sauvage, le jeune baron de Primelles rengainait son épée et sa dague. On ne put ni le retenir ni lui arracher un mot, et il courut à son cheval, sauta en selle, et tous le perdirent des yeux tant il poussait sa
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monture vigoureusement du côté de Primelles.
— Holà! mes enfants, cria le baron de Mordicourt, courez après lui et me le rattrapez, sans tarder ! . . . Que les mieux montés galopent, en prenant les raccourcis, et atteignent avant lui le château ! ... Je crains que sa pauvre mère, en le voyant apparaître ainsi brusquement, ne soit tuée par un coup de sang, car la joie est souvent plus lourde à supporter que la peine... Et c'est assez de deux morts aujourd'hui I... Montenay, je vous défie à la course! Avec ma vieille bique qui me porta aux Ponts-de-Cé, je prétends entrer le premier dans Primelles !
Bientôt il ne resta plus dans l'allée que les gens de Florimond, empressés autour des deux cadavres. On les guinda chacun sur une selle couverte d'un manteau : on les y attacha, jambes et bras ballants, et le funèbre cortège regagna au petit pas le château de Bannes, où la marquise et M1Ie Deleuze, en compagnie de M. Aimeri, attendaient le retour de leur enfant chéri. Elles purent assister à ce retour du haut de la principale terrasse, reconnaître les deux corps jetés en travers des chevaux. Julie poussa un cri si horrible que M. d'Olivier en faillit perdre le sentiment. 11 trouva cependant le courage de recevoir la marquise dans ses bras et de la porter, avec l'aide de Nicole Deleuze, jusqu'à la porte de l'escalier, où les iemmes la reçurent.
Fuyant le concert de gémissements, de soupirs et de pleurs qui s'élevait maintenant de
436 l'incomparable plorimond
tous les coins du château, M. Aimeri 1 OU courut à sa chambre, appela son val afl lui commanda de tout préparer pour 1< part. S'étant assuré la protection du prince de Carancy lors de son dernier séjour à Paris. M. d'Olivier fallait Tels les rats .jui
s'enfuient \i\<mentde la maison qui broie, le poète quittait le château, où la ruine semblait prêt de s'abattre. Il partit si rite qa il m
WÈÊÊÊ pM Ml a<lirux à l.i marquis»*, par pure discrétion . sans doute. Et M. Bérenger de la Butière. montrant une pareille diligence. parut de son côté sans demander audierx congé.
Julie n'eût pas été. certes, en état de receN leurs consolations. Serrant entre ses bras, avec une opiniâtreté de folle, le corps inanimé de son fils que l'on avait posé, tout botté et éperonné, sur son lit, elle le défendait, avec une obstination muette et farouche, contre Nicole et les femmes de service, qui prétendaient le laver et le changer de vêtements. Insensible au sang coagulé, à la fange, qui souillaient cette face, ce cou, ces cheveux blonds dont les pareils n'existèrent point sur la terre, elle demeurait la bouche collée sur ce visage, dont un ricanement arrogant et sinistre altérait les traits et dont les yeux fixes la regardaient avec une expression furieuse où se lisaient aussi et l'angoisse et la stupéfaction. Telle se présenta sans doute la tête de la gorgone Méduse quand elle
se sépara du tronc pantelant sous le coutelas de Persée.
La marquise Julie passa plusieurs heures ainsi, sans que prières ni remontrances pussent l'arracher de cette couche où dormaient de l'éternel sommeil l'orgueil et l'amour de sa vie. A grand'peine put-on obtenir qu'elle s'allongeât sur un lit de repos pendant que l'on procédait à la dernière toilette du mort. Vers le milieu de la nuit, elle tomba dans une sorte de léthargie. Puis les mouvements désordonnés, Foppression de sa poitrine, le désordre de sa figure prouvèrent que si Julie avait retrouvé la vie elle n'avait pas gagné le repos. Ni les calmants ni les saignées ne purent apaiser ses transports. Le délire l'étreignait avec ses cauchemars plus effrayants encore que la triste réalité. Sans doute le Souverain Juge voulut-il que la femme adultère et homicide vît repasser sous ses yeux béants d'horreur sa vie d'impudente audace et ses fautes jusque-là impunies. Elle vit son premier mari assassiné par ses soins; elle vit son fils tué en duel grâce à ses machinations haineuses.
Qu'elle fût la cause de cette mort, en douter ne lui était pas permis. N'avait-elle pas, croyant avoir rangé de son côté toutes les bonnes chances, et cette fois ne prenant conseil que d'elle-même, ménagé cette rencontre entre Florimond et Louis- Antoine? Que M. de Montenay demeurât vainqueur de Florimond, et la
V'-s l'incomparable FLORIMOND
vengeance contre les Primclles tombait dans l'eau! Julie n'était pas -qu'a croire om
M. de Montenay pût ta * Florimond. I rouvre et La Butière, Clément et les la«j sauraient, au besoin, l'en empêcher. Mais 1 de faiblesse de Florimond était à ce poi que la victoire pouvait très bien se décidt i faveur de son ennemi
Julie s'ingénia donc h mettre 1 nd dans
l'obligation de se battre avec Louis-Antoine avant que M. de Montenay n'arrivât sur le rain. « La mort de ce petit drôle — car pour elle la défaite finale de Louis-Antoine ne faisait pat question — retardera certainement le duel avec M. de Montenay. s'il ne l'empêche pas définitivement en obligeant I lorimond à sV gner du royaume. Venant en forces au bois de la Borne, Florimond pourra dicter sa voloi crier au guet-apens, que sais-je?... De Louis-Antoine mort, on prendra d'autres «1 sions... Et, au diable. Tourouvre trouvera I quelque faux-fuyant! Sans plus m'expli^ qu'il ne conviendra, je lui en toucherai deux mots... Quant au moyen d'amener le frère de Marguerite en présence de Florimond une heure avant Montenay, rien de plus simple. Tourouvre saura bien presser mon fils en fa nuant que La Butière ne souhaite rien tant que d'arriver en retard, pour éviter le combat, si possible. »
L'espionnage auquel se livrait la valetaille
qui entourait Florimond permettait à la marquise de presque tout suivre, jour par jour, de ce qui se passait à Primelles. Et elle suppléait pour le reste, grâce à sa finesse toujours aiguisée de frais par la haine. Julie savait bien et depuis longtemps quelle femme était la baronne de Primelles et combien son impassible et dévote attitude réussissait à masquer une nature à la vérité plus altérée de vengeance que ne le furent de sang, dans l'héroïque antiquité, ces âmes plaintives qu'Ulysse dut repousser de son épée quand il sacrifia aux mânes du fameux devin. Mme de Primelles ne songeait qu'à venger le meurtre de son mari. Pour cela, elle préparait son fils par les exercices de l'escrime, n'attendant que le jour où ce jeune homme — qui n'était encore, au vrai, qu'un enfant — pourrait combattre avec quelques chances de succès contre Florimond. Bien informée par Clément Malompret, qui tenait ses renseignements de Françoise Golbert, Julie savait encore combien Louis-Antoine était peu versé dans la science des armes, ou, du moins, elle s'enfonçait dans cette opinion qui flattait ses désirs, sans tenir compte de ce que lui avait raconté récemment Aimeri d'Olivier, toujours au courant des diverses rumeurs qui couraient le pays.
(( On répète partout, lui avait dit Aimeri, que le jeune baron de Primelles fait, depuis peu, d'extraordinaires progrès dans l'escrime. Son écuyer Robert de Rustigny en raconte des
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choses étonnantes : que ce Louis-Antoine atteigne à l'âge d'homme, et il sera rangé parmi
plus dangereux. »
Julie avait relégué ce propos dans l'on 11 i i les autres uérages dont la favorisait ce ga-
r scandaleux qu'était M. <l'OJi\ !a ne
lui revint à la mémo pour l'exciter à ;
sévérer dans son projet : a Raison de plus pour attirer Louis- Antoine dans ce piège où son orgueil ou celui des siens le poussera, puisqu'on le considère comme un champ i leur. Écrasons le serpenteau dans l'œuf, avant que le dard ne lui ait poussé I »
tfud inée, Julie écrivit un bille!
«pi < 11.' ch.irgea Nicole de recopier. Cci sonne avisée fit mieux. Elle calqua sur une vitre cette écriture avec un crayon, puis la traça par-dessus à l'encre, détruisit avec la
les traces de la mine de plomb et obtint ainsi une calligraphie OUEim d'un cara< singulier :
et Madame, l'amour profond que nous avons tous ici de votre race et que nous héritâmes de nos parents, qui furent, en leur temps, les fidèles amis des vôtres, nous commande de vous aviser de diverses choses touchant cette maison de Bannes pour laquelle nous ne saurions nourrir les mêmes sentiments. L'on tient pour certain, madame, que dans trois jours, ce prochain samedi d'avril, le jeune Florimond
l'incomparable florimond 44i
Pontaillan, se disant baron de Chézal-Benoît, rencontrera à huit heures du matin, dans la grande avenue du bois de la Borne, le comte de Montenay, qui l'a assigné. L'on a encore pour chose certaine que ledit Pontaillan, malade et endolori des suites d'une aventure remontant à l'été passé, ne pourra guère résister avantageusement à M. de Montenay, dont la vigueur et la vertu ne sont ignorées de personne. L'on est sûr enfin de cette particularité que Pontaillan, dans la crainte que son adversaire ne doute de son courage, arrivera une bonne heure d'avance dans le bois de la Borne.
(( Si le jeune baron de Primelles, votre fils, l'y désire joindre, rien ne lui sera plus aisé. Qu'il vienne à sept heures et demie du matin, et il aura le temps de tirer l'épée à la mémoire de son père. Pontaillan sera assisté par ses gentilshommes domestiques Tourouvre et La Butière. Votre fils trouvera aisément qui leur opposer.
« Un guet-apens n'est pas à craindre. Qui peut, d'ailleurs, empêcher votre fils de marcher bien accompagné? Ceux de Primelles ont déjà prouvé qu'ils ne redoutent personne. Toutefois la prudence ne se doit point confondre avec la lâcheté, et un gentilhomme qui se respecte ne doit point aller sans un grand nombre de gens.
« Les conditions où nous vivons nous défendent de signer cette lettre de notre nom. Mais
t|| l'incomparable florimond
nous pouvons vous assurer, madame, de notre t dévouement et du gran j ni nous
tient de voir votre maison reprendre le lustre que lui méritent et vol et vos
Et, comme si la fortune se plaisait à favoriser la réussite de ses desseins, Julie reçut à point nommé un courrier de M"* d'Âlloigny, qui lui apportait une lettre indifférente. Nicole paya généreusement cet homme do lm<V. qui accepta de porter le billet anonyme, secrètem Iles. Il le jeta vivement, sans descei de cheval, dans le guichet du portier, après avoir heurté à l'huis. Le vieux Roquelin Saboureao reçut la missive, mais le courrier avait déjà repris son chemin ; et le portier, sans reconnaître exactement les couleurs de la livrée des Alloigny, put dire en toute sincérité à M"* de Primelles qu'il connaissait cela pour appartenir à la bonne noblesse de Bourges.
La baronne de Primelles lut avec soin ce billet. Puis, selon sa coutume, elle s'al/ dans la prière, pensant y trouver la fin de ses irrésolutions comme aussi la suprême consolation de son incurable tristesse. Ne sachant pourtant se décider, elle allait demander à son oncle Le Bouteiller de lui donner son avis, quand, à ce moment. Louis-Antoine passa dans le couloir. Voyant dans cette rencontre un ordre venu d'en haut, la baronne prit son fils
par la main, l'emmena dans sa chambre et, sans autre explication, lui tendit la lettre. Quand Louis-Antoine eut fini de lire, il saisit le poignet de sa mère, baisa doucement ses longs doigts fluets et dit :
— Madame, sauf votre bon plaisir, je veux aller au bois de la Borne et mettre par terre ce Pontaillan. Il m'est odieux comme à vous. Bénissez-moi, s'il vous plaît, Dieu m'assistera sans doute en cette affaire.
Mme de Primelles eut cette force de demeurer debout, quoique les murs de sa chambre tapissée de nattes parussent danser autour d'elle. Elle attira sur son cœur l'enfant qu'elle envoyait peut-être à la mort, sut retenir ses larmes, et l'embrassa avec autant de froideur qu'elle put opposer à l'amour dont son cœur meurtri débordait. Elle murmura, très vite, pour que son fils ne pût remarquer l'altération de sa voix :
— C'est bien, Louis-Antoine! Vous êtes un Primelles... Je n'attendais pas moins de vous!
Et, comme le jeune baron se retirait, elle le rappela, prit sur le coffre de chêne sombre, où elles dormaient depuis près de dix ans dans leur bourse de chamois, l'épée et la dague que portait le baron de Primelles le jour où il fut tué par le marquis de Bannes, et les mit aux mains de son fils, qui les emporta, frémissant. Si grands furent ses soins à porter cette relique, encore qu'il ne cessât de penser un seul instant
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à Catherine de Lépinière, blessée au cou, puis marquée au front par la bouteille <!< tu n\ m Louis-Antoi jà engagé dans l'esc.»
n ritendit pas un bruit sourd dans la chambre de sa mère. Demeurée seule chez elle. Marie- Célc rançoise de Saudrea, baron n
de Primclles. tomba de son haut et tout de son long sur le carreau. Elle ne devait plus se i ver que pour languir, vérifiant ainsi les «1 de son oncle le baron de Moi ri : « Ma
nièce Françoise est un tabernacle de ver' mais oe n'est malheureusement pas un* femme énergique. »
Julie létait-clle davantage à cette ban Grand besoin lui en eût été, pourtant, car l'aveugle hasard se complaisait m l'accabler de ses coups. Tous port.t lori-
mond, marqué au front, saigné au cou pas enterré dans la chapelle de Bannes. <] marquise recevait une mauvaise nouvelle : le marquis de Bannes avait été tué du côté de Badti par un coup de canon, croyait-on. Et ce coup ne fut pas le dernier. Les Caumont La Force faisaient saisir le château et tous les autres biens du défunt. Julie la Drapière n'a\ ut plus ni parents ni amis.
Seule contre tous, qui la protégerait? Aucun homme ne répondait d'elle, et l'on parlait d'instruction criminelle pour des affaires passées. Le testament du marquis, dont on eut connaissance six mois après ces catastrophes, ne men-
tionnait la marquise que pour bien établir la séparation de ses propres d'avec les biens de Bannes sur quoi on lui déniait tout droit. Le château lui-même, sa demeure, était, par le fait même du trépas de Florimond, attribué à Mlle de Lépinière. Et celle-ci, avec une méprisante condescendance, donnait à savoir que la marquis e-drapière pourrait y séjourner tant qu'elle voudrait jusqu'au prochain mariage de la propriétaire légitime.
En attendant, les propres de Julie étaient saisis, menacés par des créanciers brusquement sortis de l'ombre. Un vol d'ailes noires, une rumeur de croassements se resserraient autour d'elle. M. Marcelin de Vaux, qui venait d'acheter un titre de baron et de liquider, du moins ostensiblement, son officine de procureur, intervint avec chevalerie et prit le parti de la Drapière, dont il n'avait jamais désespéré de faire une baronne de robe, car il parlait d'acheter une charge dans la magistrature, à Blois. Nicole Deleuze poussa fortement à la roue pour que cette belle alliance vînt justifier celle que l'écuyer Piccolomini brûlait de contracter avec elle.
Quant aux affaires de Primeiles, le cardinal ministre entendit les régler lui-même, car il ne se souciait pas de voir les Gaumont acquérir ainsi une pareille puissance territoriale dans le Berry. Il procéda d'après sa méthode ordinaire, qui consistait à humilier les grandes maisons
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et à élever les petites à condition qu'elles i sent et gardassent tout de sa main. Non contint de délivrer a Louis-Antoine des lettres d'al» li tion pour le meurtre de l'Incomparable M
il commanda qu'on lui am< ■ hé-
ros de la campagne» et sa Catimini», dont il écouta l'histoire sans rire yeux.
— Je veux, dit-il. tout en cares ni-
chée de chats qui s'ébattaient parmi ses papiers,
l que ces enfants soient mariés. A 1 plaise, qui nous débarrassa de ces Bannes. la souche des Tiiin* lies reverdisse et coi tout le Berry de ses rameaux! Arrangez-vous, messieurs de la Force, pour que ces cases d'échiquier, qui composent leurs biens et les vôtres, disparaissent et laissent la place a des domaines mieux ordonnancés! C'est affaire à vos notaires et à vos hommes de loi. et l'on rachètera les justices. Mettez-y de la boi
é! Vous pouvez pompier sur la mici Que Primelles joigne Lépinière et que Bannes re chez soi! Et, encore, que l'on m'envoie pour un an ce Louis-Antoine porter le mousquet dans une bonne compagnie! Il en reviendra lieutenant, je suppose, et on le mariera alors... En tous cas, qu'il ne tire plus IV hors du service du Roy I
M. Le Bouteiller, si l'on eût suivi son avis, aurait plutôt poussé son petit-neveu vers un évêché, car la mollesse des temps lui semblait
peu favorable au développement des caractères. La guerre qui incendiait l'Allemagne, sans que la France s'y pût utilement mêler, ne lui disait rien. N'ayant connu que la guerre civile, il la jugeait seule bonne, ne croyait pas une autre possible, et tenait les temps pour révolus.
— A porter le mousquet, ce garçon n'ira pas loin... Toutefois, avec une pareille femme?... C'est Thalestris ou Penthésilée, à moins que ce ne soit les deux ensemble!... Mais je vous le demande, ami Mauny d'Anrieux, ne marieronsnous pas aussi cette sotte Marguerite, ma petitenièce, avec notre MontenayP... Il l'a bien méritée par sa patience.
M. de Mordicourt ne vit point ce vœu exaucé. Mlle de Primelles s'enferma dans son couvent de Bourges, où elle vécut avec ses romans, peut-être aussi avec le souvenir de l'Incomparable Florimond, dont ses lectures réussirent sans doute à effacer les mauvaises qualités à ses yeux. Cette jeune personne vécut ainsi jusqu'à ce que la grâce la touchât. Alors elle prit l'habit. Et cela n'arriva qu'en l'an 1649. M. de Montenay avait été tué depuis longtemps au milieu des Weymariens ; M. de Mauny d'Anrieux avait épousé sa gouvernante Marion, la Hollandaise venue de la guerre ; et Louis-Antoine de Primelles, toujours protégé par sa chère Catherine, qui l'accompagnait fidèlement dans ses campagnes et ses garnisons du Piémont, était
148 l'incomparable plommosd
capitaine de gens de pic passe de se t
nommer mestre de camp. Tant il est vrai qu'il n'y a point, M ce monde, de bien pluspréci (ju 'mu' bonne femme.
Paris, 3 mai I .'II.
Achevé d'imprimer le deux juillet mil neuf cent douze