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LA METAPHYSIQUE DE L INCONSCIE

L'inconscient est donc activité spiritue çaut suivant des lois internes ou caLégori comme manirestationsfondamentales,voloi sentation. Il n'y a pas, comme pour Sch une différente répartition de la volonté et • sentation et une contradiction entre elles • mann approuve Fichte, Schelling et Hegel f l'activité universelle comme développant temps et dans un même tout, volonté el ^tation. Pas de volonté sans une représentai ;• inconsciente, sans doute, mais réelle, com: vent les actes instinctifs et réciproquemen Dans la nature vivante, l'inconscient se de difTérentes manières; rien n'est plus eu dier à ce propos que la façon dont se ri blessures chez les animaux inférieurs.

chez ceux-ci, des phénomènes de régé se produisent avec ampleur, tandis qu'e dans la série d'évolution des vertébrés, ce rescence se limite graduellement. La puist ratrice est moindre, où la conscience est loppée. Elle est plus étendue dans les inférieurs. Ici, l'inconscient supplée etrépa sures qui pourraient entraîner la destriic pp. 125 et suiv.).

L'étude de l'instinct fait paraître aussi tères de l'inconscient. « L'instinct est, dit une activité appropriée à un but, sans du but 11 (ibid., p. 68). Il ne s'expjiqu l'action mécanique des centres nerveux ; pourquoi ne fonctionne-t-il pas toujours?

se fait-iJ qu'il reste souvent latent et attenc ment pour se manifester les circonstances quelles il pourra s'insérer en réussissant gnantson but? Enfîn, le mécanisme n'es les variations de l'instinct et la plasticité qi à s'adapter.

Sa rapidité et sa Bûreté sont surprenantes et nous voyons l'instinct se développer avec précision chez des animaux dont l'inteltig:ence est restée à un très bas degré. Souvent même il est, chez ceux-ci, estraordinaire. H est impossible de ne pas admettre dans l'instinct une connaissance inconsciente. Représentation inconsciente et volonté inconsciente, tels sont les caractères qui s'y manifestent. Et ces caractères se retrouvent dans Tinstinct, lorsqu'il se produit chez les hommes, dans les cas de double vue, de pressentiment et de clainoyanCe. C'est avec la même soudaineté et la même précision qu'il impose ses données à la conscience (ibid., p. 89).

Mais il ne faut pas recourir à ces cas particuliers pour mesurer l'étendue de l'instinct chez l'houime et se convaincre de l'activité inconsi:iente qu'il traduit : le domaine des sentiments est particulièrement instructif à cet égard, depuis l'amour maternel jusqu'à tout ce que nos sympathies et nos affections recouvrent d'actes qui seront à tout jamais inconscients pour nous. D'une manière générale, la stimulation organique qui accompagne le plaisir, te trouble qui est répandu dans toute peine sont des manifestations de la volonté inconsciente, qui réunit ici des états organiques avec des états psychiques {ibid., pp. 210 et suiv.}.

Si l'on recherche dans l'activité psychique lesdiffé- ■ rentes manifestations de l'activité inconsciente, on les trouvera d'abord dans la synthèse de la connaissance sensible. La notion d'espace, qui rend possible la représentation d'objets situés en dehors de nous, est formée d'éléments qui, en eux-mêmes, restent inconscients ; inconscient aussi, l'acte qui les fusionne et les unifie {ibid., pp. 295 et suiv.).

Le langage est une nouvelle preuve de l'activité inconsciente. 11 se forme naturellement, instinctivement. Or, il ne pourrait exister, sans l'application

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des catégories qui sont les lois logiques internes de l'ioconscient. Beaucoup de philosophes, à commencer par Platon et Aristote, doivent la découverte de leurs catégories à l'étude du langage, et les notions de verbe, adjectif, substantif et toutes les autres notions de 'la grammaire conduisent à la connaissance des catégories (ibid., 256). Le langage est si bien lié à l'inconscient, si directement issu de lui, que la conscience, en le modifiant, lui enlève beaucoup d^sa vie, de ses nuances et l'appauvrit. L'intelligence n'est pas créatrice, comme l'inconscient, mais simplificatrice.

Passons au raisonnement. Sa forme extérieure n'explique rien de son application. La forme du raisonnement est la même pour l'homme intelligent et pour le sot ; la différence entre eux vient de ce que l'un applique le raisonnement quand et où il le doit. Mais qu'est-ce qui le guide en cela? Ce n'est pas une activité consciente, c'est l'inconscient. Le raisonnement n'est qu'un moyen, le sens juste et le travail créateur de l'esprit font tout. Or, ceux-ci sont inconscients. C'est ce dont on se convainc en étudiant la manière dont s'agencent les associations et dont surgissent les souvenirs.

Ce qui donne à la pensée sa vie et sa portée, c'est | le coup d'œil de l'intuition. L'intuition est, dans son fonctionnement même, inconsciente; nous n'en saisissons que les résultats. Son importance dans les ' mathématiques est extrême {ibid., p. 272-4), et ce n'est pas seulement dans l'invention qu'elle éclate, mais elle dirige le raisonnement. L'homme trouve ainsi dans sa conscience des résultats dont il n'aurait pu suivre le développement. L'inconscient en cela agit d'une manière indépendante de notre connaissance et il n'obéit pas à notre appel ; il travaille en nous et nousiivre ses résultats.

La volonté à son tour se rattache à l'activité incons- j

Dglizac^yGOOglt:

I dente et ne se conçoit pas sans elle. Même ses manifestations les plus èlevéesnous échappent. Comme telle, elle est toujours inconsciente. Nous rjous apercevons de sa présence par ses produits et par ses concomitants conscients; il faut entendre par U les motifs dontnoos nousrendonscompte, maisquenous ne déterminonsaucunement, car ils nous sont suggérés par une vie psychique extrêmement complexe et . en majeure partie inconsciente ; ce sont aussi les sen- ' timents qui accompagnent et suivent l'exécution d'un \ acte volontaire ; puis, ses effets, c'est-à-dire les I résultats de l'acte lui-même; enfin, la représentation du but, le contenu de la volonté. Car ce qui caracté- ; rise la volonté, c'est le passage d'un étal présent à. un létal à venir. Elle exige donc et la représentation de l'état présent et la représentation de l'acte à accomplir {Vnb., p. 103; Mod. Psyck., pp. 65 etsuiv.).

Cette représentation peut être plus ou moins consciente; elle peut aussi ne pas être consciente du tout. il y a un inconscient relatif; ainsi, bien des mouvements peuvent être accomplis par des centres sousjacents, avec un état de conscience qui échappe à notre conscience centrale. C'est là une hypothèse qui rappelle, on le voit, le poiypsychisme de Durand (de Gros). POurl'être conscient, la représentation, dans ce cas, est inconsciente, mais, peut-on ajouter, relativement inconsciente. En remontant à des mouvements qui se produisent dans des systèmes plus élémentaires ou plus mécanisés, on arriverait à des manifestations inconscientes de représentation et de volonté. Si l'on envisage avec le métaphysicien l'activité inconsciente en soi, universelle, volonté inconsciente et représentation inconsciente s'y unissent inséparablement ; la représentation iiiconsciente alors n'est autre que l'idécabsolue ou encore l'idée en tant qu'activité; et comme telle, elle est inconsciente.

Pour en revenir aux volitions des hommes, voici

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une preuve de l'itnportance de l'inconscient: quand | nous prenons une décision, les véritables motifs qui nous y engagent sont inconnus à la consciencç. Ils I sont psychiques pourtant, mais inconscients r ce sont / nos sentiments, nos habitudes, nos tendances, tout ce qui constitue notre caractère ainsi que les éléments physiologiques du tempérament. Nous agissons et c'est après avoir été poussés inconsciemment à agir dans un sens déterminé que nous forgpons des motiTs conscients et tâchons de justifier ou d'expliquer notre action (fnô., pp. 279 et suiv.). Aussi devons- 1 nous reconnaître l'importance de cet ensemble de tendances que l'on résume par le terme de caraclère I et avouer que l'inconscient y joue un rôle, prépondérant. La conscience influence les actions sans doute i en accentuant certains motifs, mais elle est incapable j de dire la réaction qui s'en suivra, comment cette i réaction se passera, en un mot de diriger notre acte. ^ L'acte émane de l'inconscient {ibid, pp. 229-30).

La création artistique, comme Scheliing l'avait fait entendre déjà, ne va pas sans une grande part d'inconscient. C'est en somme l'inconscient qui est créateur. Grâce à cette donnée, mise en rapport avec ce que nous savons de l'inconscient métaphysique, il est possible à Hartmann de proposer une solution au problème du beau : on se demande d'où vient le beau : est-ce de notre manière de sentir ou d'apprécier les choses? de nos facultés à nous? Est-il possible que nous trouvions tant de choses admirables dans la nature et capables de nous donner un sentiment de beauté sans qu'elles soient véritablement belles? Si la nature n'est qu'un mécanisme, un ensemble d'actions physico-chimiques, obéissant à la seule causalité, sans arrangement ni disposition harmonique, il est impossible d'expliquer qu'elle puisse en ellemême avoir quelque beauté. Mais si elle est, comme notre propre conscience, le produit d'une activité

inconsciente universelle, qui nous empêche d'admettre que cette activité, en suggérant à notre conscience l'enthousiasme de la beauté, n'ait pas.vraiment réalisé la beauté dans la nature et dans tes organismes ? {ibid. p. 348). De plus, ne constatons -non s pas que cette beauté présente une ordonnance logique? Et n'avons-nous pas vu que les lois logiques ou catégories sont les lois internes de l'activité inconsciente?

Pour terminer cette revue des produits de l'inconscient dans notre vie mentale, l'inconscient encore est source de toute divination mystique- Ce n'est pas le raisonnement conscient qui nous inspire les vérités métaphysiques, mais l'intuition. Toute l'histoire de la philosophie nous montre que l'eiTort des penseurs consiste à traduire le contenu mystique de l'intuition en un système rationnel accessible aux consciences.

Nous donnerons, pour résumer, les quelques propositions par lesquelles Hartmann synthétise sa doctrine, et nous n'oublierons pas qu'il s'agit ici d'unp doctrine métaphysique, essayant de fusionner des ensembles de faits et des raisonnements philosophiques. Ne nous attachons pas trop à la forme dogmatique et un peu ridicule du métaphysicien allemand et considérons ces singuliers énoncés comme le résumé d'une recherche qui vaut plue en elle-même que dans son expression finale.

« 1° L'inconscient forpie et maintient l'organisme, répare les dommages internes et externes, guide avec finalité ses mouvements et sert d'intermédiaire à la volonté consciente.

B 2° L'inconscient donne dans l'instinct à l'être ce dont il a besoin pour sa conservation ; la pensée consciente ne pourrait y suppléer; par exemple il donne à l'homme les instincts pour la compréhension . des perceptions sensibles, la formation des langages et des états, etc.

« 3° L'inconscient conserve les espèces par Tins-

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tinct sexuel et l'amour maternel, tes ennoblit par la sélection dans l'amour sexuel et conduit l'espèce humaine à travers l'histoire, sans se tromper, vers le but de sa plus complète perfection,

>• 4° L'inconscient guide souvent les hommes dans l'action par des pressentiments et des sentiments, là où ils ne sauraient se tirer d'afl'aire par la seule pensée consciente.

V 5" L'inconscient actionne le processus conscient de la pensée par ses suggestions, en petit comme en grand, et conduit les hommes, dans la pensée mystique, au pressentiment d'unités supérieures, suprasensibles.

« 6" Il rend les hommes heureux par le sentiment du beau et la production esthétique (iôirf. , pp. 355-6).

« Que l'inconscient dépasse véritablement tout ce que produit la raison consciente, c'est ce que l'on peut non seulement attendre dès l'abord de la clairvoyance de l'inconscient, mais nous voyons que cela se réalise dans toutes les natures heureuses, qui possèdent naturellement tout ce que d'autres doivent acquérir avec peine, ., » [ibid., p. 356).

Mais, ajoute Hartmann, i< se laisser aller •> à l'inconscientprésente de graves inconvénients : on risque de manquer de critère et de s'abandonner trop aisément à la fantaisie ou au hasard. La conscience nous appartient en propre, nous y sommes mieux à l'aise que dans l'inconscient, qui est incompréhensible pour nous, étranger et comme divin. On règle aisément la conscience d'après des principes. 11 n'en est pas de même de l'inconscient. Mais la raison qui juge et critique est improductive, tandis que l'inconscient est créateur. En lui réside la source de la vie. Une philosophie qui voudrait l'étoufTer tomberait dans un rationalisme marécageux.

Ces propositions sur l'inconscient ont été complétées par d'autres, qui se trouvent dans les volumes

„Googl.

«nivants de la dernière édition de la Philosophie ées Unhticussten, publiée do vivant de Hartmann, Aux caractères précités de l'inconscient s'ajoutent eneore les suivants : tandis que la conscience peut être atteinte soit par ses organes, soit par les commotions du sentiment, on ne peut parier de maladies de l'in- -conEcient, pas plus qu'on ne pariera de fatigue à 'propos de lui. Les organes se fatiguent, l'activité inconsciente pas. Cela se conçoit, puisqu'elle est ■uctivité essentiellement. Des particularités de l'instinct, on conclura que l'inconscient n'hésite ni ne -doute et que, pour lui, le résultat et le processus qui .produit le résultat, émanent d'un seul et même acte. L'inconscient ne se trompe pas non plus. Comme il est activité absolue, il est toujours tout entier préseni dans chacun de ses actes; il n'est donc pas réduit à se servir de la mémoire, comme fait ta -conscience. Enlin, dans l'inconscient volonté et représentation sont unies, comme nous le savons déjà. L'inconscient saisit la vie partout où il le peut; il -cherche à réaJiser ce qu'il veut avec un minimum ■de force dépensée; il est tout puissant, . tout présent el doit être considéré comme connaissance absolue et sagesse absolue {Unb., II, n" 1 et III, pp. S95 et 312).

Les premiers caractères de l'inconscient, ceux dont nous avons traduit les définitions, sont plutAt obtejQus par une généralisation de certaines données t)ioIogiques et psychologiques. Ceoï que Hartmaim ■y a ajoutés depuis relèvent plus directement de sa ■-conception métaphysique.

Nous n'avons pas à présenter de critique de ces conceptions des grands philosophes allemands, pour Ja simple raison que nous avons cite leur œuvre à

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LA MÉTAPHÏSIOUE DE l'INCONSCIENT

titre de documeotatiOD historique et psycl Noue nous contenterons de relever les fail quels ils ont attiré notre attention.

Tout d'abord, ils ont fait ressortir avec I tivUé dans tout ce qui procède de la vie Pensée et esprit ne sont pas des résultantes, formes (l'activité qui ne se déduisent de rie Vouloir les expliquer par une certaine ifi la matière ou par des combinaisons d'élén chiques, c'est vouloir composer le plus moins, le supérieur avec de l'inférieur et se ner à ne rien comprendre de la vie spiritue objection a été répétée trop de fois et acci d'ai^uments trop irréfutables pour que i giODS à refaire une démonstration que à's faite si bien.

La métaphysique a tenté d'étendre la no tivité empruntée à l'observation de la vif an delà des manifestations proprement giques. C'était son droit. Toute métaphysiq baser, inévitablement, sur une psychologie la métaphysique est la recherche de ce qu^ chologique et chez l'homme et dans l'uni a donc supposé que toutes les choses reci vie, reïistence et la durée d'une force i d'une puissance analogue à celle que nous »

en nous-mêmes. Et comme cette puissance démontrable et que son évidence provient ( son intiniment plus forte que toutes le démonstratives, à savoir le sentiment dire( diat, l'affirmation de soi, toute métaph; fonde sur une intuition et consiste à pén moyen de cette intuition, le sens et la ' réel. Ainsi procèdent Leibniz, ainsi Ficht ling, Hegel, ainsi Schopenhauer et plus ri Ravaisson et Bergson.

Or, le principe intérieur et immanent de

ne peut être que spirituel; je désigne par là une activité semblable à celle que nous éprouvons en nous, directement. Rien ne s'oppose à ce que cette activité spirituelle ne reçoive, par après conp, une interprétation et qu'on ne trouve à sa présence dans le monde une explication qui dépasse l'expérience. An psychologue il suffira de reconnaitre cette activité et de savoir que l'activité dynamique inconscieiite qu'il observe en lui existe jusqu'à un certain point partout où l'on peut statuer l'existence de sujets; ainsi se trouve vériHée par la psychologie la conception dynamiste et individualiste de Leibniz.

Activité inconsciente se complète par évolution créatrice. Si tout ce qui vit relève de cette activité, il faut admettre qu'elle passe par une série de phases et réalise lea différents degrés d'une poussée intérieure qui se traduit en créations déterminées. On peut concevoir ce mouvement soit comme l'expression d'un développement rationnel en même temps qu'inconscient, et considérer avec Schelling, Hegel et Hartmann la nécessité d'expliquer dans un sens synthétique mouvement et pensée, évolution et idée, volonté et représentation. On peut aussi avec Schopenhauer admettre que la volonté déborde la représentation ou, avec Bergson, que le côté intellectuel est plus superficiel dans l'évolnlion vivante que le côté émotif et mouvant, plus profond et plus vrai.

Sans doute, ainsi que nous l'avons fait observer précédemment, les systèmes empreints de métaphysique dépassent l'observation ou, plus exactement, mettent en lumière certains caractères observés, les grossissent, les accentuent et s'efforcent de développer, d'un principe explicatif, l'ensemble des déductions qui- permettent de dresser un tableau synthétique des choses. Le psychologue n'en doit pas moins faire son profit et recueillir les résultats de ce procédé d'accentuation. Aussi, à prendre exactement la ques-

tioQ, nous avouerons que ies différents systèmes philosophiques résumés dans ce chapitre avancent un certain nombre de thèses qu'une psychologie. fondée sur l'expérience accueillerait volontiers, quitte à les vérifier par ses méthodes et à les employer en les restreignant aux faits qui sont de son ressort.

L'inconscient créateur des métaphysiciens se rapporte, psychologiquement, à la fois à V inconscient dynamique et â Vinconscienl dans l'acte de l'esprit. Il présente certains caractères de l'inconscient dynamique : la force créatrice, la richesse des tendances multiples, ta soudaineté, la facilité à produire, la nature intuitive, l'invention. Il se rapproche, d'autre part, de rineonscient dans l'acte de l'esprit par l'unification logique : l'acte de l'esprit, avons-nous vu, consiste à appliquer de manière inconsciente un fonctionnement logique et synthétique; il arrive à se reconnaître en se manifestant: il produit des résultats, remonte de ceux-ci à leurs conditions et en même temps réfléchit Bon action. Les métaphysiciens ont étendu ces caractères aux principes d'ordre qu'ils découvrent dans toute organisation, tout système naturel : les caractères logiques et l'harmonie sont communs à ceux-ci et à l'activité mentale, et cette activité unificatrice est inconsciente dans un cas comme dans l'autre.

F. Ravaisson-Mollien, dans son célèbre écrit sur l'Habitude, détermine, avec une pénétration des plus remarquables et une grande force, les rapports entre l'habitude et l'activité consciente. Celle-ci seule permet d'apprendre le comment et le pourquoi de l'habitude.

L'œuvre de Ravaisson est issue d'un effort original de penser, qui opère sur des faits et des idées pris

dOb L INCONSCIENT

d'une part dans les observations des vitalîstes, d'autre part chez Aristote, les néo-platonicteas, Leibniz et Kant, ainsi que chez Maine de Biran. Il Ber^it tout à fait erroné d'y trouver un écho ou une influence de Schelling. Ravaisson n'a pas été inQuencé par le romantisme allemand.

Son ouvrage sur l'habitude implique tout un système qu'il nous serait impossible d'envisager ici dans son ensemble. Nous devons en recueillir ce qui est utile à notre sujet, en nous contentant d'indiquer quelques idées directrices. L'inconscient dont nous trouvons l'origine dans Ravaisson n'est pas du tout le même que celui des métaphysiciens allemands : il ne concerne en elTet ni le dynamisme psychique, ni l'acte de l'esprit, mais uniquement le passage de la volonté au mécanisme par l'intermédiaire de l'habitude.

L'habitude est un moyen terme mobile entre la volonté et la nature. L'activité de l'être vivant a sa source dans des mouvements involontaires, où le sujet ne se distingue pas encore de l'objet, mais agit sous l'impulsion d'un désir, provoqué par l'excitation extérieure. Ce désir est l'instinct primordial; l'acte et son but ne sont pas encore distincts ; c'est l'état de nature. Si l'acte de l'être rencontre un obstacle, cette résistance exige un renforcement du mouve- ■ ment que l'être accomplit, et de cette manière naît l'effort, point de départ de la volonté. Alors se développe, avec la volonté, l'idée de l'objet et du but;

Mais inversement, l'habitude transforme en mouvements instinctifs les mouvements volontaires et tend ainsi à rejoindre la nature. « En descendit par degrés des plus claires régions de la conscience, l'habitude en porte avec elle la lumière dans les profondeurs et dans la sombre nuit de la nature. » En d'autres termes, le passage de la volonté au mécanisme par l'habitude constitue ce qu'on appelle le

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subconscient ou l'automatisme psychologique, k Dans l'homme, le progrès de l'habitude conduit la conscience, par une dégradation non interrompue, de la volonté à l'instinct, et de l'unité accomplie de la personne à l'extrême difTusion de l'im personnalité. »

En cela, le subconscient ou automatisme est de la conscience à l'état dilTus. Ce terme ne désigne pas quelque chose d'Inexplicable par la conscience, mais les formes d'activité subconsciente portent toutes le caractère de la conscience.

Cette thèse, Ravaisson l'étend de la psychologie à la métaphysique et il y trouve uji principe valable pour tout ce qui existe. Si, dans l'homme, il n'y a qu'une seule force, une seule intelligence comme principe de toutes les fonctions et de toutes les formes- de la vie, il en est de même dans la série des règnes, des genres et des espèces. En renvoyant à Stahl et en s'appuyant sur sa doctrine, il écrit : « La dégradation de la volonté et de la conscience dans la série graduée des fonctions vitales ne doit donc être aussi que le signe de la disparition graduelle des conditions de l'entendement et de la volonté réflexive, dans l'identité d'une même âme n .

Et Ravaisson précise : " La forme la plus élémentaire de l'existence, avec l'organisation la plus parfaite, c'est comme le dernier moment de l'habitude, réalisé et substantiflé dans l'espace sous une ligure sensible. L'analogie de l'habitude en pénètre le secret et nous en livre le sens. Jusque dans la vie confuse et multiple du zoophyte, jusque dans la plante, jusque dans le cristal même, on peut donc suivre, à cette lumière, les derniers rayons de la pensée et de l'activité, se dispersant et se dissolvant sans s'éteindre, mais loin de toute réflexion possible, dans les vagues désirs dos plus obscurs instincts.

« Toute la suite des êtres n'est donc que la progression continue des puissances successives d'un seul et

même principe, qui s'enveloppent les unes les autres dans la hiérarchie des Termes de la vie, qui se développent en sens inverse dans le progrès de l'habitude. La limite inféneure est la nécessité, le destin si l'on veut, mais dans la spontanéité de la nature ; la limite supérieure, la liberté de l'entendement. L'habitude descend de l'une à l'autre ; elle rapproche ces contraires, et en les rapprochant elle en dévoile l'essence intime et la nécessaire connexion » {loc. cil., pp. 28-29).

Il n'y a donc rien ici de ce que nous avons appelé inconscient dynamique. L'on établit sur les rapports de volonté à automatisme par l'intermédiaire de l'habitude, un système de gradation et de dégradation, de double escalier, conduisant d'un côté, du mécanisme à la liberté, de l'autre nous faisant redescendre de la conscience à la nature.

Que devons-nous penser de ces tentatives métaphysiques? Est-il possible de dégager, de l'étude expérimentale des fonctions inconscientes, des principes généraux dont on puisse faire usage dans une conception idéale de l'univers ?

Il est évident d'abord que nous disposons d'un nombre de faits bien et dûment constatés, beaucoup plus considérable quen'en connaissaient les métaphysiciens du premier tiers du xix' siècle, quand ils élaborèrent la notion d'inconscient. Hartmann, beaucoup plus rapproché de nous, a pu, au cours de sa longue existence de philosophe, se tenir au courant des connaissances nouvelles et accroître du triple son ouvrage fondamental sur la Philosophie de l Inconscient, dont la première édition remonte à 1869. Mais même dans ses dernières éditions, les recherches importantes faites en psychologie n'ont pas trouvé la place qui leur

Dglizac^yGOOgit

LA META l-HÏSl QUE DE l'jnCONSCIENT 369

revient. Beaucoup de ces recherches sont dues à la psychologie Trançaise, que Hartmann semble ne pas avoir connue.

En réalité, on peut dire que le problème de l'inconscient, tel que l'élaborèrent les métaphysiciens, s'est peu à peu limité; son contenu a été déterminé plus exactement ; il s'est spécialisé : ce problème relève de la psychologie et c'est comme nous l'avons fait, au moyen des méthodes psychologiques les plus diverses, qu'on parvient h l'éclairer. Qu'ensuite il puisse être ntilisé par l'esprit métaphysique, cela n'offre aucun inconvénient ; tout problème psychologique conduit à des problèmes métaphysiques, par le fait que, naturellement, nous nous posons la question de savoir jusqu'où s'étend dans la nature la forme particulière d'activité dite activité mentale, que les psychologues ont pour tâche d'étudier. La psychologie, comme l'ont très bien vu des esprits aussi dissem^ biables que Dilthey, Wundt, Stuart Mill et Bergson, représentant les écoles les plus divergentes, est le seul fondement sérieux et solide des sciences morales, aussi- bien de la métaphysique que de la logique, de la morale proprement dite, de l'étude sociale de l'humanité et de l'esthétique. C'est une vérité que seulsquelques abstracteurs de quintessence attardés et quelques logiciens chagrins contestent encore. Commencer par des considérations abstraites et vouloir en déduire des principes pour la psychologie serait absolument inacceptable et au surplus, d'une méthode stérile.

Ainsi donc, le problème de l'inconscient est devenu un problème purement psychologique et c'est à la psychologie tout d'abord qu'il appartient de le résoudre, avant qu'on puisse en induire une idée métaphysique. Nous avons vu à quels résultats nous sommes arrivés; nous pouvons légitimement nous demander si l'inconscient dynamique, l'inconscient automatique

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et l'inconscient dans l'acte de l'esprit ont leur correspondant d'abord dans d'autres degrés d'iatelligeDce que l'esprit liiimain, ensuite dans d'autres systèmes qo'un système mental, par exemple dans un système mécanique. Si l'on découvre des analogies, est-il possible de les attribuer à une seule et môme tendance f On voit que le problème dont il s'agit ne peut se résoudre a priori, mais qu'il se pose d'une manière inductive.

De même que l'on admet chez les animaux des manifestations d'intel licence, on doit bien aussi admettre des manifestations inconscientes : ainsi, il est reconnu que certains animaux rêvent ; on remarque aussi cbei eux des mouvements automatiques d'expression et des mouvements automatiques d'adaptation : ce sont 1& des faits qui appartiennent, les derniers à l'inconscient psycho-physiologique, les deuxièmes au subconscient, les premiers à l'inconscient dynamique. L'uniScation des sensations en une représentation semble se faire aussi chez l'animal, mais sans doute d'une manière moins abstraile que chez l'homme; les synthèses d'impressions se font vraisemblablement sans l'aide du concept, mais pourtant il y a bien synthèse, puisque les animaux identifient les individus, voient et reconnaissent les autres animaux et l'homme, s'effraient des mouvements que font autour d'eux les corps qui se déplacent. Cette synthèse, celle de l'acte de l'esprit dans notre psychologie, doit donc avoir son analogue an moins dans l'intelligence de tous les animaux pourvus d'un système nerveux centralisé, quel que soit le type de ce dernier.

Les états afi'ectifs existent incontestablement chez euxet leur activité doit être plus inconsciente encore que chez l'homme ; car ils sont, plus encore que pour ce dernier, attachés aux réactions organiques et ne peu- , vent s'associer à des idées, et il parait hors de doute qu'aucun animal ne pense ni par concept ni par idée.

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mais uniquement par synthèse d'impress hles. La vie alîective des animaux est donc tive, dépend directement des réactions de 1 vis-à-vis des influences physico-chimiques D'autre part, elle semble moins déveiopp sens du raffinement; les nuances infmies q cience de soi ainsi que tontes les manife la TÎe sociale, depuis le langage jusqu'au ses ditTérentes variétés, créent dans l'esprit tument mconnues des animaux, même de i rapprochent le plus de l'homme. Par e leurs sentiments n'ont pas cette durée pgyc ce retentissement qui les caractérisent ci créent une richesse si profonde de tendant Ils semblent dépendre plus strictement de physiologiques. L'inconscient passionnel i est plus immédiat ; ce n'est que dans l supérieures que certains individus paraisse des affections durables. EnSn, les caractè rapprochent le plus de notre mentalité se n surtout chez des animaux qui vivent avec I subissent son influence. En tout cas, il ' saire de juger avec la plus grande prudencf tîons de psychologie animale. Les observi très difficiles en cette matière, k cause det et des fausses interprétations. 11 y a encon bons psychologues pour comprendre les an pour comprendre les hommes.

L'habitude eniin existe aussi dans le rè( «tmème, avons-nous vu, dans le règne vé semble s'étendre aussi loin que la vie, ma mèines limites qu'elle. Un corps inerte n'ac une plus grande aisance à accomplir un n la centième fois que la première. Chez vivants, l'habitude aide l'individu dans 1' «t dans la lutte pour l'existence. Elle c( <]uelque sorte un système de résistance i

elle, l'animal serait privé : rapidité plus grande dans la perception, le mouvement, l'association des sensations et des souvenirs, formation iTun fonds d'acquisitions fixées et stables, empêchant que l'individu ne soit entamé par les actions du milieu : ce sont là de puissantes barrières élevées contre la dissociation et la dispersion. L'on a eu raison de dire que les habitudes se produisent dans le sens de la conservation de l'être.

Ces habitudes se transformeat on instincts et aident non seulement l'équilibre individuel, mais cet équilibre plus complexe qu'est l'espèce I elles apparaissent ici comme le résultat d'une adaptation et d'une sélection antérieures, venant de loin ; ce résultat seul fait partie, par les sentiments qu'il éveille, de la conscience de l'animal. Mais la cause de ces sentiments est et reste inconsciente pour l'animal. C'est encore un groupe considérable de faits qui. se répattissent entre l'inconscient automatique et l'inconscient dynamique.

L'inconscient psychologique semble donc exister partout où il y a vie psychique. Ses différentes directions cependant ne se produisent pas indifféremment partout et toujours. Tout en admettant que l'inconscient automatique se manifeste sous forme d'habitude chez des animaux très simples, il nous est difficile de déterminer exactement où commence l'habitude psychologique proprement dite, par conséquent l'inconscient automatique ou subconscient. Quand nous le constatons à coup sur, avouons que c'est déjâ^sous une forme très développée et par des observations isolées, permettant difficilement de généraliser.

Il est plus compliqué encore d'identifier l'inconscient dynamique. Quand et comment débute-t-il? Nous pourrions difficilement le dire. 11 semble au surplus très différent chez l'homme de ce qu'il est, même chez les animaux supérieurs, si l'on- en juge

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sur les quelques observations prises du dehors; avec la vie sociale, laogage, morale, art, droit, sciences, l'actiYité humaine se diversifie à l'inllni, et avec elle les sentiments, les idées et tout ce qui peut travailler inconsciemment en nous d'une manière véritablement dynamique. Il est impossible de réduire à d'autres formes l'inconscient dynamique humain; mais s'il existe chez les animaux, n'est-il pas possible d'en chercher l'origine dans les instincts? Dès lors, comme l'on n'est pas sorti des hypothèses quand ou parle de l'instinct et de ses modes de transmission, l'on doit attendre, pour l'inconscient chez l'animal, d'être mieux informé.

L'inconscient dans l'acte de l'espril n'a rien non plus de réflexif chez l'animal. Cet acte qui se fonde sur lui-même, s'approfondissant à l'infmi,' faisant passer sans cesse l'inconscient de la pensée dans le domaine de la conscience sans que jamais la pensée ne puisse se fixer en termes délinitifs, est propre à la personnalité humaine. Le mouvement de l'esprit est inépuisable. Notre conscience, avec son besoin de détermination, ne peut envisager ses divers aspects que successivement. Mais avec chacun de ces aspects nous avons l'intuition de la présence, en n'importe quelle représentation, de tout ce système que nous appelons le système de l'esprit. Nous avons l'intuition "de sa présence, mais cette vision est brève et la part d'inconscient qui y entre, fait qu'elle ne peut se dépouiller d'un caractère émotif très marqué. En vaut-elle moins pour la connaissance? Nous ne le croyons pas; la connaissance ne doit pas nécessairement se limiter à une expression abstraite, froide et décolorée.

En résumé, si l'on étudie la question par son côté objectif, les conditions physiologiques et sociales du développement de la conscience différencient par certains caractères importants l'activité mentale de l'homme de celle Jes autres vertébrés; si l'on pré-

rère l'analyse psychologique, oq voit, avec plus de précision en quoi ces dittérences consistent, pour les diverses fonctions de la vie psychique; en limitant spécialement celte recherche aux fonctions inconscientes, nous venons de voir, et ce qui marque la distance entre l'évolution psychologique chez l'homme et chez les animaux, et le fonds commun & la séno des vertébrés.

Ainsi donc, on considérera avec raison que les différentes manifestations de l'inconscient se rencontrent au moins chez les animaux doués d'un système nerveux centralisé, mais que ces différentes manife»talions y sont plus ou moins développées, en comparaison avec l'homme : ce dernier semble avoir un inconscienl dynamique plus riche et un incontcixnt dans l'acte de l'esprit développé d'une manière très différente, à cause de la conscience réfléchie et de toutes les conséquences qu'elle eutraine.

Il est très difAcile, pour de& organismes comme les végétaux et pour les animaux dits inférieurs, de savoir avec précision quoi que ce soit de leur vie psychique. On commence à se douter que celle des plantes pourrait être plus développée qu'on ne l'a supposé jusqu'aujourd'hui. C'est exclusivement par des recherches précises et par le progrès des méthodes et des procédés expérimentaux qu'il sera possible d'arriver à de nouvelles connaissances sur cette matière.

Reste la question de savoir si l'on est en droit de supposer dans d'autres systèmes, par exemple dans un système mécanique (le système solaire, un système quelconque de forces en équilibre, dans la cristallisation, etc.) quelque chose d'analogue à de l'inconscient. Pour cela, il faut supposer que ces systèmes soient l'expression d'un travail psychique. Car it n'y a inconscient que là où il y a vie psychique. A'moius qu'on appelle inconscient ce qui est privé de conscience, comme le minéral. Mais alors, le sens du mot

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LA UÉTA PHYSIQUE DE l'iSCONSCIENT 375

est modifié et l'on ae raisonne plus sur les mêmes faits, c'est-à-dire sur des faits qui, échappant à la conscience individuelle, agissent cependant sur la vie mentale de l'individu.

Il faudrait, pour que les systèmes mécaniques fussent de la pensée inconsciente, qu'on les considér&t comme la fixation d'une activité antérieure dans laquelle il y aurait eu de la volonté, à l'analogie de ce qui se produit dans les mouvements fixés par l'habitude. Or, rien ne permet de trouver ce processus dans un système mécanique, qu'il soit naturel ou artificiel. Pour qu'il y ait la moindre vie psychique, il est indispensable d'abord qu'il y ait vie, c'est-àdire constitution de masses individuelles ayant des propriétés spéciales, assimilation de substances hétérogènes en une substance analogue à l'individu, réaction individuelle, reproduction d'autres masses vivantes ayant les mêmes propriétés que l'individu dont elles émanent; c'est là un minimum requis pour qu'il y ait un rudiment de vie psychologique. Rien d'analogue dans les mécanismes. La continuité nous échappe entre ce qui est psychique et les mouvements qui ne peuvent être ressentis intérieurement.

On ne peut donc, par un simple raisonnement analogique, prétendre que tout ce qui se meut ait une vie psychique, un sentiment intérieur, sous prétexte que nous avons un sentiment intérieur qui double notre activité.

Une autre condition de la vie mentale semble être le temps qui doit s'écouler entre l'excitation extérieure et la réaction du sujet. A parler objectivement et en envisageant les conditions de structure, dès qu'il y a une réaction organique et vivante, ce temps existe; et plus il croit dans la série animale, plus nons constatons la présence de fonctions importantes servant d'intermédiaires entre excitation et réaction ; plus aussi se développent les centres nerveux.

En dehors de ces conditions organiques, admettre une manifestation psychique consciente ou inconsciente semble impossible. Si l'on prétend établir un rapport entre des systèmes mécaniques naturels et une activité d'ordre psychique, il faut reconnaître que celle-ci ne peut ressembler en rien à la vie mentale qu'étudie le psychologue. La thèse ne prendrait un sens qu'appliquée à on être beaucoup plue puissant que l'on suppose doué de toutes les manifestations de la force et de la vie et auquel on attribue la création et la direction des mécanismes naturels : ce sera Dieu, l'Ame universelle, l'ftme des choses, l'élan vital.

Ceux qui jugent, après examen des faits, qu'il est indispensable d'admettre un être métaphysique de ce genre, lui accordent certaines propriétés psychologiques qui sont nécessairement empruntées à la psychologie de l'homme, soit à sa conscience; soit à son inconscient.

Les métaphysiciens dont nous avons parlé dans ce chapitre ont fait un usage curieux de l'inconscient, et c'est à ce titre que nous les avons étudiés. Sans vouloir aucunement nous prononcer ni sur leur doctrine, ni sur l'opportunité de ce genre de métaphysique, nous les avons étudiés à cause de l'intérêt que trouve la psychologie dans les caractères de l'inconscient qu'ils accentuent. Chaque système de métaphysique, avons-nous dit, est, pour le psychologue, le grossissement de certains aspects de la vie mentale préférés par l'auteur de ce système, parce que sans doute son tempérament le porte à les mieux éproaver. H La métaphysique, écrit Bradiey ironiquement, mais avec profondeur, consiste à trouver de mauvaises raisons pour justifier ce que nous croyons par instinct; mais découvrir ces raisons n'en reste pas moins un instinct. »

Fichte met en lumière ce qu'il y a d'actif dans la vie mentale et reconnaît que l'acte de l'esprit, considéré

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LA MÉTiPHïSiQiiE DE l'inconscient 377

en soi comme activité créatrice, est spontané, affirmatif, ne pourrait s'arrêter d'agir. Il y a donc en lui un élan intérieur qui ne relève pas de la conscience et qui est en quelque sorte plus profond que celle-ci. De plus, la distinction du sujet qui connaît et de. l'objet connu, distinction indispensable à. la conscience, est postérieure à ce mouvement actif venant du dedans de l'être. L'activité de celui-ci est donc inconsciente.

Schelling ensuite considère comme nécessaire d'admettre une semblable activité non seulement dans l'homme, mais dans toute la nature; elle serait en elle-même à la fois inconsciente et consciente. C'est encore la notion d'activité qui prédomine ici. Il est intéressant pour le psychologue de constater comment ces notions d'activité et d'inconscient, empruntées à l'acte de l'esprit, sont projetées dans la nature et ■ transformées de réalités concrètes et mentales en principes universels.

Hegel, qui s'entend à combiner des idées avec une grande ferce dialectique, donne au monde la tournure de sa pensée à lui ; c'est le mouvement logique des idées qui le frappe. Mais ce mouvement ne dépend-il pas des rapports entre les idées elles-mêmes? La conscience n'est que l'application de ces rapports. Leur lien logique interne est inconscient. Cet inconscient se développe à travers les diiîérents degrés de l'oi^anisation, depuis les systèmes mécaniques jusqu'aux manifestations supérieures de l'humanité. Ici, ce n'est plus tant l'activité qui est mise en avant, mais l'ordre : et c'est encore une notation psychologique s'étendant par la projection même que le métaphysicien en fait, qui sert de fondement à tout le système et, par conséquent, nous intéresse ici : Hegel a été frappé de ce que l'ordre qui préside à la vie mentale (dans les associalions d'idées et les raisonnements, par exemple) reste très souvent inconscient; nous ne le constatons qu'après coup par l'analyse de ses produits. Dès lors, il

étend, par analogie, cette constatation ; partout où i( y a un ordre logique, n'y a-t-il pas aussi quelque chose d'analogue à l'inconscient dans l'acte de l'esprit, à savoir un ordre logique quï s'ignore ?

Schopenhauer étend à toutes choses sa propension à considérer la volonté comme mue par une force qu'elle ne domine pas et à mettre en opposition cette volonté et la conscience. Les raisons psychologiques qui nous expliquent son système sont plus nombreuses, son esprit est plus inquiet, plus chercheur, moins dogmatique, beaucoup plus artiste que celui de Hpgel. Aussi les influences qui l'agitent sont-elles plus multiples et ressenties avec «ne intense vivacité. Platon, les mystiques, le bouddhisme, Spinoza, Kant, Goethe, les moralistes français dialoguent passionnément sur la scène de son imagination. Il y a peu de spectacles plus intéressants et sa métaphysique fournit d'excellents documents an psychologue.

Sous la forme un peu lourde et souvent <> philistine », selon le terme allemand, que Hartmann donne à^es théories, on retrouve, grossis démesurément, certains caractères authentiques de l'activité consciente. Quand il nous affirme, par exemple, que l'inconscient nedoutepas,nesetrompepaset ne se- fatigue pas, que fajt-il d'autre que d'exagérer une observation précise, celle même que nous rapporte, d'autre part, Beaunis sur l'aisance du travail mental inconscient et les services qu'il rend à ceux qui savent s'en servir? Mais ces propriétés sont, chez le métaphysicien, accentuées et jointes à d'autres qui subissent les mêmes transformations; elles Unissent par constituer un bloc compact et substantiel auquel on aura recours pour en tirer non pas quelque chose de nouveau, mais les , matériaux mêmes qui ont servi à construire l'édifice. Avec plus de délicatesse et de tact, Ravaisson essaie d'expliquer, par le passage du conscient 4 l'automatisme observé en psychologie et désigné par le terme

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LA MÉTAPHïSIQCE DE L'I^C0^3CrE^T 379

d'habitude, les rapports entre la conscience et la nature en général. Sa métaphysique aussi part d'une généralisation de lois psychologiques, elle puise évidemment son intérêt dans le psychologique et le vivant et elle nous fait voir certains processus de l'activité psychique agrandis démesurément, en s'efforçant de les projeter au delà des limites de l'observation.

Tous ces systèmes répondent sans doute h une propension de la pensée humaine à unifier, ^ simplifier; ils cherchent à ramener soit à. un type d'activité unique, soit à plusieurs types d'activité présentant des rapports bien ordonnés et, par conséquent, relevant, eux aussi, d'une unité, un ensemble très complexe de processus différents. En ce qui regarde l'inconscient, ils en étendent la portée au delà de ce qu'il nous est donné, soit de constater, soit d'induire légitimement, ils n'ajoutent donc que des hypothèses à la seule connaissance précise de l'inconscient, celle que nous font acquérir les méthodes de la psychologie. D'autre part, ils intéressent le psychologue à titre documentaire.

Pour prolonger Tinconscient dans les systèmes mécaniques naturels, il faudrait supposer d'abord qu'il y a dans ces systèmes quelque chose d'analogue à la vie mentale et qu'ensuite les systèmes mécaniques, biologiques et psychologiques sont faits sur le même pian, c"est-à-dirc qu'ils possèdent tous une intériorité. Or, c'est là une hypothèse que rien n'autorise. Car comment connaissons-nous les systèmes mécaniques constitués dans la nature ? Par l'action, en nous y adaptant, tant bien que mal, au moyen de nos sens et de nos appareils moteurs, ou encore par te raisonnement, en imaginant des calculs etdes hypothèses pour expliquer leurs mouvements. Mais les calculs progressent et les hypothèses se déplacent ; nos théories de la matière évoluent avec rapidité, car, à chaque observation importante, de nouvelles suggestions naissent dans notre pensée.

Les points de vue auxquels dous nous plaçons pour apprécier le inonde extérieur deviennent chaque jour plus nombreui. L'activité universelle nous apparaît singulièrement riche et multiple. Nous voudrions l'enfermer dans nos formules : nous n'y réussissons guère. Formules et hypothèses n'ont qu'une valeur provisoire. On l'a répété cent fois, on ne le redira jamais assez.

Au point de vue du psychologue, qui a pour devoir de ne point l'oublier, les généralisations métaphysiques sont intéressantes sous certains rapports : d'abord, nous venons de le constater, par l'expérience à laquelle elles donnent lieu et dont nous avons fait notre proQt au sujet de l'inconscient; ensuite par la critique que chaque métaphysique dirige contre les autres, sans en excepter les métaphysiques honteuses qui se développent sous le couvert d'apparences scientifiques : elles maintiennent ainsi un éveil et ud doute salutaires. Elles enseignent au philosophe comme au savant que, s'il s'agit d'idées générales, le propre de l'esprit humain est bien plutôt de poser les problèmes que de les résoudre.

Les solutions viennent, d'une part, de ce que nous apprennent les choses et, d'autre part, de ce que nous sommes en état de créer nous-mêmes : et c'est daos cette dernière forme d'activité que réside notre plus beau rôle. Mais nous avons vu tout ce que la création implique d'inconscient. Les activités les plus vivantes, l'inconscient dynamique et l'inconscient dans l'acte de l'esprit, y collaborent. Créer n'est pas uniquement affaire de conscience claire, de combinaisons plus ou moins habiles d'idées; c'est avant tout affaire de croyance, d'enthousiasme et de divination. Ces belles qualités, qui constituent l'invention, ne sont pas réparties à tous dans la môme mesure, A leur intensité chez un homme, on juge de la valeur réelle de celui-ci.

TABLE DES UATIÈBES

t III. — L'inconscient antomatlque ,

Historique. Recherches de Chevreul. Le pendule enregistreur. Eipériences de Ch. Richet, de Gley, de Binet el Fécé, etc. Etude de ces mouvements dans l'hystérie. Expériences typiques.

- La pathologie du subconscient..

importance de la question. La désagrégation mentale dans riiystérie (Pierre Janel). Le rôle des états afteclils dans ce phénotnène (Sollier). Etude graduelle de la dissociation : dans les <s catalepsies partielles u ; puis dans la distraction ; c«s de dissociation plus marqués encore ; 1 expérience classique de Binet ; autres exemples. Cas dune iausse angine de poitrine consécutive à un rSve subconscient (Farez). Une nouvelle observation de ïoi^ ton Prince, avec trois expériences de conlrftle.

^ !S. — La double personnalise 51

Cas cités par Cti. Richet. Un cas curieux (Bourru et Burot), avec dissociations psychologiques et physiologiques correspondantes. Le cae de Féiida. lin exemple de, Pierre Janet. Fugues el double personnalité. DÏBérences entre un véritable dédoublement et une seconde existence sans désagrégation (avec un exemple de Féré). Les cas célèbres dnélène Smïth (Flournoy), de Hiss Beauchamp (Horion Prince), etc. Jugement de Héricourl.

g j. — H^pereoniuilûafion et fausse TCconiuiissance Uï

I. Dépersonnalisation. DéEnition de Ribot, de Dugas et lloutier. Différence avec la pathologie du subconscient. Pa^ de dédoublement. Obamiationfi d'un malade qui aiinole l'œuïre de Dugas et Moulier. Les cas signalés par Heverocb. L'apathie.

II. Fausse reconnaissance (le « déjà vu », « àéik ïécu «). Description. Importance de la genèse du lait, que les auteurs n'ont pas envisagée suUisamment. Difficultés d'interprétation. ClassJIication de Ë. Bernard-Leroy. Discussion. Le cas du D' E, Laurent. Théorie de H. Bergson. Autres théories (Pierre Janet, Grasset, Dromard et Albés). In témoignage de Paul Bourget,

Cbafitre IV, — Antomatisme at sTnthéie 73

§ 1. — Qu'est-ce que la synthèse dans la oie tnentaleî 74

Dîtiérencc entre fait mécanique et fait conscient. Notion de synthèse mentale. Les éléments et la synthèse dans l'activité spirituelle. Dînérence entre synthèse chimique et synthèse .mentale. Le dynamisme psychologique. Erreurs

Dgl.iec.ïGoO'^le

TABLB DES H\TIÈRE;S 3

Pa dune psychologie inlplleclualiste CoDlradicLons de lby> poihése de la lonscien e épi phénomène Rapports étroits

tre La ejnlh^se de la iic mentale âlémpnlaire a la plus

Leibmz Synthèse et inconscient Descanes, Locke e mz Latiivité de lespnt Linlmi et Iincinsciet fniJanceB

Kam Kant lontre Hume Ce qu exige tout énoncé d meni Logique et spthè=e '>\iitlièse et scieni Ltibniz à Kant Lnilicatton mentale Aperception c n la n taie

\Vl\dt Eléments et actes Wundt et le

nisles La réaction du sujet La Jonction centrale au point de vue psycho-phisiologique Théorie ie lapircepiion Ses caractères Aperception et syntlièse Aperception et lolonte Volontarisme

HosrFDiNG Personnalité mentale Relation et ijQthèse \donté

W jAMEa Sa pulémique a\ec I asaocndonmsmc La con tinuilë de la ne mentale

PiLLBA.-) Eléments Pt SI nthèse Heaciion individuelle Systé matisalion tnaliste Importance de 1 inconscient et du ton afFectil Les manifeslitions motrices

Pierre Ianet La synthèse mfntale Totahsation Autoniii tisme et sjnthèse Lnité et multiplicité dan'; la svn thèse Le subconscient et la méthode pathologique Les caractères de la svnthèsc Le nueiu mentdl et ses uscil laiions Le sens du réel Synthèse et création

Bcsuniê de ce ipii précède

Bercson et ta méthode intuitive, sa critique de l'inlelleclualisme et du mécanisme. Sens de l 'automatisme chez Bergson. Ses origines, sa portée. Vie mentale prc^rement dite. Activité et dynamisme. Les tendances et le qualitatif. La durée. L'acte libre.

Une citation de Renoijvier et Phat.

g ô. — Synthèse, automatisme et psychologie concrète

l'sage des notions de synthèse et d'automatisme dans U Itsychologie ; au point de vue des lois de l'esprit ; ensuite au point de vue des types concrets, des caractères. La tradition des moralistes IrançfliB classiques. Paulban et les s\'nthèses concrètes. Un eiemple choisi dans Vauuenargùes. Le moyen de renouveler la psychologie con-

384 TABLE DES UATIÈRES

Chae-ithe V. — L'incoD scient djoamiqne. (Importance primordiale dn problème. Ses lubdiTiiiona). ... il2

§ t. — laconicieM latent aclil Ifâ

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